Ih. II
304 E. VON OTTENTHAL
Alpes, c'est-à-dire une partie du comté actuel de Goritz ainsi que les droits d'immunité dans un rayon de deux milles pour tous les villages que le patriarche a élevés en Frioul depuis les dévastations des Hongrois sur son sol ou sur celui du roi. Conrad II ajoute encore une grande forêt, qui borde le Frioul le long de toute la lisière des Alpes, de l'Isonzo jusqu'à la Meduna et à la Livenza ^ et qui devait être bientôt éclaircie par de grands défrichements, de même le territoire, jusqu'alors vénitien, entre la Livenza et la Piave ^.
Le patriarche était donc, sans aucun doute, de beaucoup le plus grand seigneur terrien du Frioul, et aussi le plus privilégié. Sans parler des nombreux châteaux dont l'établissement et l'acquisition se rattachent au caractère primitif du Frioul comme marche frontière en face des Slaves, des Avares et des Hongrois, sans parler également d'une immunité étendue vis-à-vis de l'autorité comtale et ducale 3, Henri 11 conféra aux patriarches les attributions judiciaires d'un nonce royal [Missas regius) pour toutes leurs possessions ^. Conrad 11 leur accorda encore la faveur du droit de battre monnaie ^.
Henri IV enfin donna à cette évolution sa conclusion définitive. Depuis longtemps il n'était plus question du Frioul comme marche frontière ; mais, pour s'assurer en vue des communica* tions de l'Allemagne avec l'Italie les passages à l'est des Alpes ^, en l'an 1077 il conféra au patriarche Sighard, son ancien chancelier, le comté de Frioul, avec tous les fiefs que le comte Louis y avait possédés, « cum omnibus ad regalia et ad ducatum pertinentibus, hoc est : placitis, coUectis, fodro, districtionibus universis ^ », c'est-à-dire le comté, y compris les droits ducaux, dans toute