‹ Mélanges Paul Fabre; études d'histoire du moyen âgeChapitre 264 sur 312 · Limoges, Haute-Vienne · texte numérisé non relu

Limoges, Haute-Vienne

2. Edouard prince de Galles, dit le Prince Noir, Cls d'Edouard III ; né à Woodstock le 15 juin 1330, mort le 8 juillet 1376 (Diction, of national biography, t. XVII, pp. 90-101).

LA FAILLITE DES BUONSIGNORl

Parmi les maisons de banque italiennes du xiu® siècle, il n'en est peut-être aucune de comparable, pour la puissance financière et la grandeur du rôle politique, à la société fondée, au plus tard vers 12S0, par les Siennois Orlando et Bonifazîo Buonsignori ^, continuée après eux par leurs descendants et les descendants de leurs associés, et communément appelée, vers la Gn du siècle, « la grande banque de Sienne »^ Major Tabula Senensis. Entrée au service de la Chambre apostolique - au temps dlnnocent IV, elle lui demeura attachée, sauf une courte interruption sous Grégoire X, jusqu'à la fin du pontificat de Nicolas IV. Pour ne rappeler que le plus mémorable des services rendus par elle à la papauté, elle a beaucoup contribué, par ses avances d'argent, au succès de l'expédition de Charles d'Anjou ^. Mais quelques années à peine après avoir été congédiée par la Chambre, elle s'effondrait brusquement, en même temps que quelques-unes de ses concurrentes de Lucques ou de Florence *. Désastre financier qui préludait à la crise, bien autrement célèbre, dans laquelle

1. La première mention que j*en connaisse est de 1250 (Berger, Les registres d'Innocent IV, n® 4815).

2. Sur les relations des banquiers en général avec la Chambre, à la fin du XIII" siècle, on peut consulter Schneider, Die finanziellen Beziehungen der florentinischen Bankiers zur Kirchevon 4285 bis 430â. J'ai fait agréer par la Faculté des lettres de Paris et j'espère pouvoir publier prochainemeot une thèse latine, De rnercatoribus camerœ apostolicœ sœculo XIII.

3. Cf. mon mémoire: Clément IV et les banquiers italiens^ dans le Compte Rendu du troisième Congrès scientifique international des cathotiques.

4. Les Ricciardi, de Lucques (cf. des lettres de Boniface VIII, Reg, Vat,. 49, fol. 311 v« et 312; et de Clément V, Registres, n" 2294-2296} ; et les Mozzi, de Florence (cf. Peruzzi, Storia del commercio e dei banchieri di Firenze, Appendice,p. 56: Reg. Clem. V, 4367-4369).

sombrèrent, quelque trente ans plus tard, au commencement de la guerre de Cent Ans, les Bardi et les Peruzzi.

Des documents conservés aux Archives d'Ktat de Sienne jetaient déjà quelque lumière sur cette faillite des Buonsignori. Le 9 août 1298 ', quelques membres de cette société présentaient une pétition aux Neuf '. Ils rappelaient d'abord Tancienne prospérité de leur maison de banque, la confiance que lui avaient témoignée beaucoup de papes, de prélats, de princes ; les services divers qu'elle avait rendus, par ses agences, à la commune de Sienne et à ses ambassadeurs en divers lieux. Tout récemment, la discorde s'était mise dans la société, et par suite de bruits perfides semés par des rivaux, une panique s'était produite, tous les créanciers réclamant à la fois leur remboursement. Jusqu'alors, on avait pu faire face aux premières exigences, et payer jusqu'à concurrence de 200.000 florins; mais bien que la banque fût en réalité solvable, la difïîculté qu'elle éprouvait à recouvrer ses propres capitaux, souvent immobilisés dans des entreprises lointaines, faisait craindre qu'elle ne fût forcée de suspendre ses paiements. Les pétitionnaires demandaient : 1** que le conseil de Sienne décourageât ceux qui propageaient la panique, et pour cela décidât que chaque associé ne serait pas tenu des dettes communes au-delà de sa part de propriété ^ ; 2® qu'on accordât un délai à la société ; 3® qu'on priât le pape d'intervenir auprès des créanciers qui appartenaient au personnel de la curie. Ils oiïraient d'accepter des liquidateurs nommés par les consuls de la mercanzia de Sienne. — Le conseil intervient en effet ; on oblige les associés à accepter pour arbitre de leurs différends le podestat de la ville et une commission de marchands ; le podestat fut chargé de contraindre à rendre leurs comptes tous les agents de la société ^. Le détail de ce qui suit n'est pas connu par les

1. Archives d'État de Sienne, Consiglio générale LIV, fol. 45; analysé dans Tommasi, Isloria di Sienay II, 441.

2. Ce collège des Neuf formait depuis 1283 la magistrature suprême à Sienne.

3. Cela était contraire à la règle générale, qui voulait que dans les sociétés du type le plus ordinaire, le type compagnia (cf. (ioldschmidt, fland' huch deS' UandeUrechls^ I, 271) la responsabilité fût solidaire et illimitée.

4. Archives de Sienne, Consiglio Générale, LIV, fol. 89 v«. MélangcM Paul Fabre. 27

documents siennois ; on verra plus loin comment Boniface VIII essaya, en effet, d'abord de sauver la société, puis ensuite de sauvegarder au moins les intérêts de la Chambre. La catastrophe n ayant pu être évitée, Clément V, en 1307, faisait séquestrer les biens des Buonsignori en Angleterre, et recouvrer leurs créances au profit de la Chambre *. Le 5 juillet de la même année, Philippe le Bel écrivait aux Siennois pour se plaindre que les Buonsignori, qui lui devaient 5i.000 livres tournois, se fussent dérobés par la fuite, et demander qu'on lui assurât satisfaction 2. N'ayant rien obtenu, malgré la bonne volonté témoignée d'abord par Sienne ^, il se vengea en faisant saisir dans tout son royaume les personnes et les biens des marchands siennois qui s'y trouvaient, et en les obligeant à répondre pour leurs nationaux. En vue d'indemniser ces victimes de la mauvaise foi des Buonsignori, le conseil de Sienne résolut enfin de faire saisir et vendre les biens de ces derniers, par le^ soins des consuls de la mercanzia *.

L'affaire n'en resta pas là. Elle eut un épilogue sous Clément VI, épilogue que nous révèlent précisément les documents que je me propose de faire connaître dans cet article, c*est-à-dire : 1** Le procès-verbal d'une enquête à l'effet d'établir le montant des créances restées dues par la société des Buonsignori à la Chambre apostolique, les noms des débiteurs et l'état de leurs biens. Ce procès-verbal forme un petit registre conservé aux Archives du Vatican où il est relié dans un volume des registres de Clément VI, n® 76 de la série d'Avignon, fol. 487- 825 ^. 2° Les pièces d'un procès intenté aux héritiers Buonsignori pour les contraindre à s'exécuter. Ces pièces ont été transcrites sur un cahier relié actuellement dans le registre Collecioriœ S83 (folios 283-298) des Archives du Vatican ^. Ce cahier, en fort

i . Registres de Clément V, n° 2296 .

2. Cette lettre a été publiée par M. Ch.-V. Langlois (Notices et documents relatifs à Vhistoire de France, dans la Revue historique, LX, 317i.

3. Le conseil avait décidé d'élire une commission chargée de raffaire (ibid.j n. 2).

Page 1