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Mélanges philologiques. 1. Pronunciation du C latin

Rétablir la prononciation d'une langue morte ne saurait être, -pour les esprits réfléchis, qu'un problème difficile à résoudre. Occupés à déblayer le champ de bataille où, dans nos luttes avec les langues vivantes, nous succombons jour par jour, nous rencontrons, soit des organes mal agencés, soit des sons articulés différemment d'un pays à l'autre. Mille nuances caractéristiques, précisément parce qu'elles s'imposent comme fines et délicates, paraissent comme écrasées par l'incapacité de saisir cette finesse et de la rendre délicatement. On ne s'étonne guère de ces intonations fausses, qui viennent. mutiler l'accent d'une langue étrangère que nous écorchons, et qui colorient jusqu'à l'inintelligibilité, pour les natifs, le parler de bouches qui, tout en imitant les vrais modèles, formulent avec un art exquis de vraies fantasmagories. Qui aurait oublié les embarras du savant interprète qui avait à présenter, en langue arabe, la première députation algérienne à la cour du roi des Français? Quelque expérience dans ce domaine servira bien à tempérer notre verve critique, à recommander l'indulgence envers ceux qui cherchent à parler une langue qui n'est pas la leur. Les sons exacts ne s'enseignent pas, ils ne se trouvent qu'à la merci d'une réciprocité de vie, et avec la connaissance la plus approfondie de

rhistoire d'une langue, les plus habiles connaisseurs auront de la peine à vérifier ce qui se rencontre comme douteux dans les usages établis, et à trouver la confirmation de ce qui, par lavariété qui frappe, semble incertain. En effet, parler c'est vivre, «t la vie n'est pas palpable. Vous ne retiendrez pas ce souffle mystérieux, si ce n'est par sa présence dans votre âme, par le sentiment de vie qu'y répand son énergie. Vous en éteindrez aisément la flamme par des coups de massue, mais vous ne la déterminerez point en réteignant.

Que dirons-nous s'il s'agit de fixer les lois d'une langue morte? Là, il ne reste à notre main que le scalpel pour sonder les traces de vie dans un cadavre, fût-ce un cadavre de toute idéalité. Tel est, sans doute, ce majestueux idiome dont l'histoire, comme on Ta bien dit ^ est celle de Rome elle-même. La prononciation du latin sera donc toujours pour nous plus ou moins problématique, et prétendre à une certitude absolue pour tous les détails^ ce serait une prétention, dont je ne juge capable que la suffisance puérile d'une époque qui savait se vanter de ses connaissances linguistiques, en mutilant les textes de l'antiquité par les conjectures hybrides d'une critique sans critique. Il y a. cependant de ces détails que l'histoire de l'idiome dans sa vitalité, que les connaissances des lois du langage en général nous permettent d'élucider, et sans vouloir prétendre à une scrupuleuse exactitude, nous pourrons en fixer les principes avec une assurance relative. Telle est la prononciation de la lettre c en latin.

On sait que, dans tous les pays oii Ton étudie les langues classiques, la plupart de ceux qui lisent le latin prononcent le c de deux façons, c'est-à-dire comme k devant une con-

* Feld, Les verbes irréguliers de la langue allemande, p. 4.

sonne et devant les voyelles «, o, ti, ou les diphlhongues qui en dérivent, et comme ç, avec une espèce d'assibilatioii, fort variée selon le génie de la langue que parle ordinairement celui qui s'essaie à prononcer le latin, devant e et i, ou les dipbthongues homogènes. Les philologues d'autrefois, représentants d'une époque qui, aussi dans d'autres domaines, n'a guère laissé aujourd'hui que quelques traînées de lumière moribonde, avançaient comme résultat sûr de toutes les données historiques que cette seconde prononciation était arbitraire, que les Romains eux-mêmes avaient toujours et partout prononcé le c comme k *. Les linguistes modernes incHnent souvent à la même conviction, mais, avec une modestie qui les honore, ils ne se déclarent que pour la probabilité de cette prononciation identique. Ils motivent leur hypothèse par bien des raisons, par dôs raisons beaucoup plus tranchantes que tout ce qu'on avait entrevu autrefois, par une. critique fort judicieuse de tous les pour et contre que l'érudition de notre siècle a ramassés partout où l'étude des langues classiques est en honneur. Néanmoins, par la crainte avec laqucUeils reculent tous devant l'essai d'introduire réellement celte uniformité de son pour deux et même pour trois lettres distinctes de l'alphabet, par cette chasteté de conscience qui les fait hésiter à effacer, dans une prononciation identique, deux ou trois intonations organiques, ils ont fait preuve égale-

^ VoirRamshorn, Lat. Gramm.,T. I,p.6. Grolefend, Lat. Gramm., T. I, § 171 Cependant déjà Scheller (Lat. Sprachlehre, p. 6 suiv.) donna toutes ces raisons pour en conclure avec un « hœchstwahrscheinlich», et malgré les instances de Schneider (Lat. Gram., T. I, p. 244 suiv.), malgré sa minutie dans les détails, les grammairiens prudents ne parlent plus aujourd'hui de cette identité qu'en ajoutant avec Madvig (Lat. Sprachlehre, §7) un modeste « fast», terme auquel le traducteur français (Theil, p. 5) a donné une précision illusoire par son : « ou à très peu de chose près. »

ment de leur bon sens scientifique et de leurs connaissances historiques ^ Les condamnerons-nous? Ou, cette rései^ve elle-même, expression de justes scrupules d'une conscience délicate, ne doit-elle pas nous engager à examiner de plus près leurs raisons? de voir si peut-être les résultats d'une recherche encore plus approfondie ne nous amènent point à reconnaître que cette prétendue probabilité n'est qu'une fiction, et qu'au contraire il y avait réellement deux sons différents pour la prononciation du c, suivant la place où cette lettre devait être émise dans l'ensemble des mots? Les grammairiens sont d'accord à appuyer la règle qu'entre autres Diez ^ a fixée comme loi constante dans l'histoire des langues, savoir : que les gutturales se tiennent fermes devant les voyelles naissant au fond de la bouche, a, o, w, tandis que devant les aiguës, e et ^, qui sonnent plus en avant de la bouche ouverte , elles s'altèrent et changent , soit en sibilantes , soit en palatales , pour se conformer à cette naissance. Le latin ferait-il exception à celte règle générale?

En tous cas, c'est un linguiste consommé, qui, tout en se disant favorable à l'identification des deux lettres c et A,

^ Je ne cite qu'un nom, vénéré entre tous. Max MùUer, dans les deux articles qu'il a publiés sur cette question, dans The Acadenay, 1871, p. 145 et 565, se déclare disposé à admettre que los Romains identifiaient peut-être c et k. Et cependant voici comment il s'exprime : « ï hâve never heard c pronounced as k before e and i in any school or university of Germany and France, though l believe there is hardly a scholar [l'auteur n'oublie-t-il pas Rud. de Rauraer?] who bas not declared bis decided opinion tbat tbis is the right pronunciation. » Mais il se reprend dans la note qu'il ajoute en disant : « I bear that tbis pronunciation bas been successfuUy adopted at Marlborougb Scbool. » Le savant linguiste ne savait-il pas qu'elle fleurit aussi au Gymnase littéraire de Neuchâtd (Suisse)?

* Grara. der roman. Spracben, T. I, page 252.

lî'a pu supprimer ses doutes quant à la justesse de sa faveur, et a posé, d'une manière fort caractéristique, les bases pour des recherches ultérieures. « As I looked, dit-il, upon a refomfi in the English pronunciation of the vowels as far more important than any improvements in the pronunciation of certain consonants, my chief object was to show that somc compromise mîght be possible with référence to c, and that in allowing their weaker brethren some liberty in the pronunciation of this one letter before i and e, thorough-going reformers need not bave felt ashamed as if sacrificing an important principle. Some kind of defence, 1 maintained, might be made for allowing c before e and i to be pronounced differently front k, because the évidence that c before e or / was pronounced exactly like c before a, o, w, is not so strong as the évidence that i, for instance, was never pronounced like i in English ice. To this opinion I hold as strongly as ever ». C'est Max Mûller qui parle ainsi. Qu'il me permette de relever le gant qu'il a jeté, avec tant d'humilité, lui le géant, à nous autres PygméeSy de le relever pour combattre cette humilité même, afin que personne ne songe à abuser dé son autorité pour s'obstiner contre la vérité et la lumière.

Un mot sur l'origine, je veux dire sur la reprise de cette discussion aujourd'hui, où l'on se vantait de l'avoir liquidée depuis longtemps et d'avoir gagné des résultats clairs même aux enfants. C'est la fameuse circulaire d'Oxford qui a suscité en Angleterre le combat, en exigeant une réforme radicale dans la prononciation anglaise des langues classiques. Rien de plus naturel que cette exigence, surtout quand on pense qu'en Ecosse a toujours prévalu une manière de prononcer le latin et le grec tout à fait différente de l'anglaise, et se rapprochant plutôt de l'allemande ou

de celle qui règne généralement en Europe. Cependant la lutte a été acharnée autour de cette circulaire. Un journal fort estimé en Angleterre s'est fait l'organe des voix différentes, et c'est surtout sur le c et sur le v latins qu'a porté la discussion, toujours savante, mais quelquefois par trop individuelle. J'ai suivi avec intérêt les diverses phases de cette lutte, et je ne fais, pour ma part, que demander ici le triste privilège de déblayer encore ce champ de bataille.

Au premier abord, personne, sans doute, ne serait d'avis qu'il faille effacer une nuance de prononciation, là où l'alphabet offre plusieurs signes. A quoi serviraient donc ces signes, sinon à exprimer des nuances de son? On ne sait que trop bien qu'il faut des combinaisons souvent très artificielles et toujours équivoques, pour indiquer, par les lettres données d'un alphabet, tous les sons d'une langue quelconque. Là oii il y a plusieurs signes pour le même son, comme c, k et q dans l'allemand du moyen-âge, c'est la place qui en nuance la prononciation K Prononcer toute lettre partout de la même manière, abstraction faite de son rôle là où elle se trouve, ce serait figer le souffle vivant de la langue, si c'était une possibilité. L'oreille aperçoit une différence de son des mêmes lettres , suivant les éléments avec lesquels elles sonnent. Voilà la raison pourquoi les grammairiens romains n*ont jamais parlé d'une différence dans l'intonation du c, tout en parlant, comme Priscien, de plusieurs l, c'est-à-dire d'un exilis sonus en ille, d'un plenus en sol, d'un meditis en lectus, ou d'un n plenior en noinen, et d'un n exilis en annis, d'un aperhim sonat du m en ma-

* Schleicher, Die deutsche Sprache, p. 139.

gnus, d'un médiocre en umbra. Car les organes étaient ici plus expressifs que les règles. C'est un phénomène purement physiologique, et à cause de cela, d'une portée fort considérable. Il faudrait bien une force majeure, il faudrait des observations irrécusables de faits historiques pour nous persuader à renoncer à cette intelligence élémentaire. Si ces faits ne parlent pas avec une évidence absolue, nous serons fatalement amenés à tenir fort et ferme à la divergence de son pour des signes divergents.

Y a-t-il quelque force majeure qui nous engage à renoncer pour le latin à cette loi? ou, pour le dire aussi nettement qu'une discussion sérieuse exige qu'on pose les questions, les Romains ont-ils, oui ou non, prononcé en effet : skiskere, deskendere, et kaetera, kikero, fekit? Mais, l'histoire romaine a une évolution séculaire, et, avec la civilisation romaine, la langue romaine a bien changé. Nous rencontrons dans le Chant des Frères Arvales , dans les Inscriptions des tombeaux des Scipions, sur la Colonne Rostrale, dans les Lois des douze tables, une multitude de formes qui n'existent plus au siècle d'Auguste. Pourquoi le c n'aurait-il pas eu son histoire, semblable à celle de tant d'autres formes, des ei, des os, des od, des um, etc. ? Disons donc. mieux, les Romains ont-ils jamais prononcé ainsi? L'ont-ils toujours fait? Et si peut-être cette prononciation n'appartient qu'à une certaine époque de leur langue, quelle est cette époque? Dans quelles classes de la société romaine cette prononciation a-t-elle prévalu? Supposons alors que, le résultat de nos recherches bien établi, nous ayons pu prouver que l'identification du c et du fc a existé dans les cercles dont l'autorité ailleurs fait loi, quand nous jugeons ce qui est vraiment classique, cercles que nous grouperions volontiers autour du nom de Quin-

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tilien, devrons-nous, pour reproduire ce langage classique, prononcer suivant V exemple de celle classicité ^

Voilà bien des questions, pour arriver à une réponse très-simple. Le problème sur lequel elles portent, pourra paraître de peu d'importance. La société, comme telle, n'en retirera pas de fruits positifs et immédiats. Mais voudra-t-on méconnaître qu'il résulte d'un ensemble d'études désintéressées qui resteront partout et toujours la mesure de la civilisation? qu'il plonge ses racines dans le cœur des préoccupations auxquelles s'ouvriront finalement les horizons d'un monde lumineux? Il va sans dire, que les banales facilités dont on disposait naguère là où il s'agissait de liquider de pareilles questions, ne sont plus du goût du temps. Nous n'amverons à rien avec des hypothèses, ni avec des phrases déclamatoires, ni avec le spectre d'imposantes autorités. Notre temps s'est accoutumé à suivre, avec une docilité à toute épreuve, les conseils que , dans cette nuit suprême, Faust $'est cru de force à formuler : « Cherchez le succès honnête,» dit-il à Wagner, le chercheur du progrès dans l'art de déclamer, « ne soyez pas un fou secouant des grelots. La raison et le bon sens se produisent d'eux-mêmes avec peu d'art. Et, quand vous avez tout de bon quelque chose à dire, est-il nécessaire de faire la chasse aux mots? Oui, vos discours^ qui sont si brillants, dans lesquels vous enjolivez les vétilles humaines, sont stériles comme le vent brumeux qui murmure en automne à travers les feuilles sèches. » Si néanmoins la génération

1 La distinction de ces deux questions a été expressément recommandée aussi par M. Alexandre-J. Ellis, The Acaderay, 1871, p. 230, et si l'on n'est pas dépouillé de toute estime pour le dévefoppement historique du langage, on ne saurait procéder autrement sans compromettre la valeur d'une reproduction du latin quelconque.

actuelle doit encore s'écrier comme Wagner : « Ah ! Dieu, l'art est long et notre vie est courte >, qu'elle n'oublie jamais que ce n'est point la théorie qui saisira soit l'art, soit la vie, que « toute théorie est décolorée, et qu'il est vert l'arbre doré de la science ». Voilà où jaillit la source sacrée dont les flots apaisent la soif à jamais.

Nous faisons donc abstraction, avant toute chose, d'un fantôme qu'on a agité, de tout temps, devant les yeux des ignorants comme décision péremptoire pour notre ques* tion. On renvoie, pour fixer la prononciation latine, à la transcription grecque des mots latins, ainsi qu'à la transcription latine des mots grecs. Hélas ! on croit avoir répandu un flot de lumière sur cette épineuse discussion, et on y tient avec tant d'ardeur, que même les savantes déductions des critiques modernes > se réduisent, au fond, à ce même argument, soit à des appréciations de reproductions analogues. Cependant, à qui veut-on jeter la poudre aux yeux par une telle ai^umentation? Serait-on, pour n'aborder que ce premier élément de la discussion, seraiton d'avis de poser le grec comme normal pour le latin, à cause de la conformité de ces deux langues? Mais, il n'y a pas seulement une différence considérable entre elles, la fable, naguère complaisamment chantée, d'une provenance du latin de source grecque est aujourd'hui la risée même des enfants, c Par la comparaison rationnelle des divers parlers de l'Inde et de l'Europe, il nous est démontré que le latin n'est pas issu du dialecte éolien, mais qu'il est l'un des fils les plus importants de l'Aryen primitif, plus parfait, plus

^ On les trouve au grand complet en Gorssen, Aussprache der lat. Sprache, T. I, p. 50 suiv. Diez, Grarom. der roman. Sprachen, T. I, p. 249 suiv. SchuchQ)r4lt Der Vocalismus des Vulgàrlateins, T. I, p. 150 suiv.

sanscritique en quelque sorte que le grec lui-même * ». Sans doute, parenté y est; mais il faudrait la chercher là où elle est. Mommsen a, textes en mains, hautement proclamé le principe, d'après lequel la parenté entre le grec et le latin est \)resq\i' absolument effacée dans les formes que nous en avons, et il n'y a personne qui voudrait s'élever contre ce principe. 11 ne sera donc pas très rassurant d'opérer, pour séparer l'or des scories, avec un élément de feu caché sous (des cendres. Le dialecte éolien seul pourrait éclaircir ce qui est ohscur dans la substance de la langue romaine, ou peut-être mieux encore, l'idiome des Macédoniens % le moins grec de tous les dialectes grecs, et nous n'y trouverions guère quelque motif pour justifier une identification dans la prononciation du grec et du latin. D'ailleurs, les connaissons-nous assez pour en tirer, avec assurance^ quelques règles de prononciation perdue? Nous ne savons que trop combien de difficultés inextricables existent encore à discuter, concernant la prononciation des lettres grecques les plus connues ^ Plus on entre dans le fond de ces questions, plus on sera disposé à s'approprier la mélancolique sagesse qui a fait dire à Hamlet : « Le ciel

* Feld, Les verbes irréguliers do la langue allemande, p. 3. Ce jugement se vérifie chaque jour davantage, et quoique le phénomène grandiose des langues aryennes se complique avec les progros que nous faisons dans leur étude , il y a un fonds de vérités acquises pour toujours, et la plus sure de toutes, c'est que le latin a moins de rapport avec le grec qu'avec le Scandinave et le celtique, et qu'il représente essentiellement le caract-^re sanscrit Voir los explications de Joh. Schmidt, Die Verwantschaflsvorhaltnisse der indogermanischon Sprachen, p. 25.

• Ils ont on commun avec le latin des mots tels que l'XeÇ, /âp/.a, pipfoÇ, oxoli^o;. Voir Bergk, Gricch. Literaturgosch. , T. I, p. 60. note 29.

■ Blass, Ausspracho des Griechischen, p. 4 suiv.

et la terre contiennent plus de mystères que n'en rêve votre philosophie » .

Mais ceux qui pour la prononciation du latin se rapportent au grec, ne vont ordinairement pas jusque-là. Ils s'attachent tout extérieurement à la transcription. Les Grecs entendaient, disent-ils, les sons qu'ils rendaient et qu'ils s'efforçaient de rendre aussi fidèlement qu'ils pouvaient. Voilà le fin fond de toute leur assurance.

Nous n'hésiterons pas à reconnaître aux Grecs de tout temps et de tout dialecte une finesse d'oreille remarquable, des sensations les plus délicates. Ils devaient donc, nous semble-t-il, pouvoir distinguer nettement les divers sons d'une autre langue qu'ils entendaient parler. Rien de plus justifié que l'enthousiasme avec lequel Taine * a caractérisé cet esprit qui, transporté du raisonnement dans la littérature, a fait le goût attique, c'est-à-dire le sentiment des nuances, la grâce légère, l'ironie imperceptible, la simplicité du style, l'aisance du discours, l'élégance de la preuve. « Le Grec, s'écrie-t-il, est raisonneur encore plus que métaphysique ou savant; il se plaît aux distinctions délicates, aux analyses subtiles ; il raffine, il tisse volontiers des toiles d'araignée. En cela sa dextérité est sans égale ». S'il en est ainsi, où prendrions-nous des témoins plus fidèles pour ce qui est uniquement l'objet d'observations? Mais, si je m'avisais à tourner contre les Hellènes le mot de leur philososophe, qui dit^ : «Kax,oi [xaprupeç âvôpwirowjiv 6cp9a>.[jt.ot xai wTa Papêàpou; ^^yoiç èyovTwv? » Si nous prenions au sérieux la hautaine assertion que Tite-Live rapporte, XXXI , 29, de

^ Philosophie de Tari en Grèce, p. 37. On lira avec plaisir les remarques d'Edmond About (La Grèce contemporaine, p. 43 suiv.) sur ce caractère des hommes grecs.

• Heraclite, dans Sext. Empir., VIÏ, 126.

leur bouche : « Cum alienigenis , cum barbaris aeternum omnibus Grœcis bellum esl eritque?» Ou bien, cet enthousiasme pour la finesse de l'esprit grec suffît-il pour nous faire négliger un trait aussi éloquent que celui de l'habitude des Hellènes d'appeler barbares tous ceux qui ne parlaient pas leur langue , qui ne la parlaient pas comme eux*?

Cette habitude est un témoignage irrécusable pour le manque absolu du sens linguistique chez les Grecs, et on a pu constater ^ que les barbares semblent avoir eu plus de facilité pour apprendre les langues que les Grecs ou les Romains. Jamais un ancien Grec ne songea à s'approprier une langue étrangère, il aurait cru s'abaisser en adoptant, non-seulement le costume, les mœurs, mais encore la langue des barbares, ses voisins. Il regardait comme un privilège de parler grec, et même des dialectes étroitement apparentés avec le sien, étaient traités par lui de purs jargons. Les barbares sont pour les Grecs àyXctxyeioi, ils n'ont point de langue. Nous savons, par la légende, que les Grecs furent étonnés de la multitude de langues qu'ils rencontrèrent pendant l'expédition des Argonautes, et qu'ils furent très embarrassés faute d'interprètes habiles ». Les Pélasges, aussi bien que les Cariens, les Macédoniens, les Thraces et les Illyriens, étaient donc barbares aux yeux des Hellènes, et ceux-ci ne se doutaient pas des liens intimes qui les attachaient à ces barbares.

Eh bien, remettons aux Grecs les tablettes et le style pour consigner fidèlement leurs conceptions de ces idiomes

* Bergk relère avec raison ce poiot, le nom de barbare se rapporte essentiellement à la prononciation inintelligible.

' Mai Millier, Science du langage, trad. franc., 1 , p. 103 et l47i note.

' Alex, de Humboldt, Cosmos, T II p. 141.

barbares ! Voyons ce que c'est, en effet, que leur transcription de langues étrangères ! Figurez-vous ce que vous produiriez vous-mêmes en donnant votre transcription approximative d'une langue que vous ne savez pas ! Le chevalier Riccaut de la Marlinière, Seigneur de Prêt-au-Val, de la Branche de Prensd'or , n'aurait pu faire plus affreusement ! Et les Grecs, nous le savons, ne se sont familiarisés que depuis les guerres Médiques avec l'idée que les autres nations possédaient aussi des langues qui méritaient ce nom , sans que cette idée leur en donnât la connaissance. Thémistocle étudia le Perse, et on dit même qu'il parvint à le parler avec facilité. 11 est probable qu'il y en avait d'autres qui aiTivaient à la même aisance. Cela ne pouvait guère être fort compliqué ; car, dans le songe d'Atossa, la Perse et l'Hellade se dessinaient avec une ressemblance étonnante. C'étaient, dit Eschyle, deux sœurs d'une même race >. Mais, comment les Hellènes rendent-ils la langue de leur sœur? Vous souvient-il des monstres hideux, je ne crains pas ce mot, qu'ils nous en ont légués? Si mon but était d'être complet ici, je ramasserais des centaines d'exemples. Ex ungue leonem. J'indique et je passe.

Qu'on analyse les noms les plus connus de l'histoire. Hérodote sait bien le sens du nom que les Hébreux prononçaient (Neh. II, i) mieux Ârtachschastha, l'Ârtakhsatrà des Persans, et pourtant il l'épèle Artaxerxes. ' On prononce Dareios, Âraxes, Oxos. Examinez la liste des noms géographiques qu'Hérodote a accumulés Liv. III, ch. 90-

^ Perses, v. 185.

* Lassen, Zeitschrift fiir Kunde des Morgenlandes , VI, p. 161. Voir aussi les noms que PoU a analysés, Etym. WÔrterb. II, I, p. 61 elG9.

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97 ^ ou celle des chefs dont le Conseil des fidèles plaint si amèrement l'absence au commencement des Perses d'Es-

chyle ^, V. 18suiv. Croira-t-on que ce sont des reproductions instructives, de vraies transcriptions? Dans ce cas, on ne trouvera plus rien à dire, si le grec Satrapes, écrit par Théopompe e^arpainiç, doit remplacer le persan Athashdarpna, ou Schahderban, voire même le sanscrit Cshatriga ».

Mais c'est peut-être la parenté elle-même qui amenait ici la discordance. Les deux sœurs ne se jetaient-elles pas, l'une à l'autre, le défi, aussi bien dans le domaine de la langue que sur le champ de Marathon et dans le détroit de Salamine ? Voyons donc d'autres langues. Je rappelle les mots égyptiens tels que Apries, Memphis, Sesostris, Imouthes ; les phéniciens : Kadytis, Jamneia, Tamyros, Byblos, Tyros, Carchedon, Byssos ; ou les formes par lesquelles les Septante et les livres Apocryphes rendent les mots hébreux : Sion, Sabaoth, Salatis, Asser, Astarte, loannes, lesus. Et ceux qui écrivaient ainsi, parlaient, on le sait, les deux langues comme les leurs. Néanmoins la fluctuation des sons était constante. Carie même auteur, Josèphe, écrit, Ant. xvi, 5, 2: Kapharsaba, et Ant. xiii, 15, 1 : Chabai*zaba, pour le nom d'Antipatris. Pourquoi Ptolémée et ses contemporains n'auraient-ils pas dit Arrapachitis pour Arpakschad? On voit ici clairement la tendance de s'emparer, tant bien que mal, des sons étranges et des into-

^ Matzat, Herodots Angaben ueber Asien, dans le Hermès, 1872, VI, 4, p. 451-477.

* Ces noms ont été l'objet de comparaisons établies, pour la plupari, sur rautorilé de Pott (Ueber altpersischeEigennamen,dans la Zeitschrift der deutsch. morgenl. Gescllschaft) , par Hannak, Das Hislorische in den Persern des Aeschylos (Vienne, 1865), p. 46suiv.

» Heeren, ïdeen, T. I, p. 178.

nations plus ou moins rapprochées de l'organe grec. C'était naturel, mais, me semble-t-il, peu persuasif, quand on voudra s'appuyer sur cette autorité pour prononcer correctemeiii ces autres langues.

Ou, saurions-nous signaler une langue barbare quelconque que les Hellènes ont reproduite plus nettement? Parcourez les géographes et les historiens grecs, et vous apprécierez à juste titre leurs transcriptions des mots, soit gaulois (Diablitai, Âuantikon, Limonikoi[pourLemovices],Ordouikes), soit germaniques (Phraktoi, pour les Francs, Hermondoroi, Ourougundoi), soit scythes (Sobodokos, Scoparis, Bragos, Kùnos ^). Cherche-t-on d'autres sons barbares en lettres grecques, qu'on feuillette les Inscriptions grecques du Louvre, publiées par Frœhner, on y rencontrera les Ârlaithis, Kandebeis, Kônôneis, Peldemôs cariens, le Rhoimetalkas scythe, des noms tels que Pystamantoun, Tooneiteia, etc.

Les Romains comptaient, pour les Grecs, parmi les barbares. Quoiqu'ils eussent bien su s'assimiler ce qui était grec, et qu'ils eussent, dans un certain temps, affecté, avec un acharnement extraordinaire, à tenir à tout ce qui ressemblait à une imitation grecque, même à la manière de traiter de barbares les peuples d'autres langues, les Grecs ont appris à les supplanter sans af prendre leur langue. Grœda capta ^ dit Horace, Ep. II, i, 156, ferum victorem cepit. L'étude de la langue latine chez les Grecs dans l'antiquité n'était, d'après les intéressantes recherches de M. Egger S guère le domaine où le génie des Hellènes aurait brillé le plus. Avant l'occupation romaine, on trouverait

^ Voir les citalions de Gliick, Keltische Namen bei Caesar, p. 41 et 114, et de Latham , The Germania of Tacitus, p 41 et 91 , ainsi que CuQO, Die Skythen, p. 343 et suiv.

' Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, p. 259-276.

bien peu d'exemples d'hommes grecs qui savaient le latin. Pline (Hist. nat. XXXIV, 5) cite Hermodore d'Ephèse, qui aurait aidé les décemvirs à faire passer les lois grecques dans les XIl Tables romaines, exemple isolé et à bon droit suspect. « Depuis l'occupation romaine, et surtout sous l'empire, beaucoup de lettrés apprirent le latin et surent l'écrire. Mais c'était pour faire le métier d'interprètes, et pour traduire dans leur langue les dépêches des proconsuls, les décrets du • sénat et autres actes officiels, dont plusieurs sont ainsi parvenus jusqu'à nous, tantôt en grec seulement, tantôt dans les deux langues ». * 11 y avait d'autres, sans doute, qui s'en occupaient dans le but d'une pratique dans la vie privée. « Mais enfin parmi ces Hellènes, à qui Rome faisait tant d'avances, combien s'en trouva-t-il qui eussent Tambition de l'honorer par des œuvres originales écrites en langue latine? Peut-être le mérite d'une culture savante^ qui distinguait le latin parmi les autres langues étrangères, était-il effacé aux yeux des Grecs par un irrémissible tort, celui d'être la langue des conquérants de leur patrie. 11 semble même que la répugnance instinctive des Hellènes pour le latin ait survécu aux événements qui l'ont produite, à toutes les autres révolutions politiques ou religieuses que ce pays a traversées. La langue qu'avaient parlée le dur Caton et le grossier Mummius devait garder toujours, pour les descendants de Philopémen, quelque chose d'odieux comme la conquête et comme les premiers jours de la servitude. Aussi le latin a-t-il passé sur les provinces grecques sans y prendre jamais racine. » Et Rome , la fière dominatrice du monde, était résignée à cette suprématie du génie grec. «Car, au lendemain même de ses derniers triomphes sur les Grecs,

' Corp. Inscr. grœc, N** 1543, 1770, 2737, etc. Egger, p. 265.

elle permettait à Plaute le comique, son poëte favori, de dire (par rapport aux comédies qrecques de Ménandre) en plein théâtre [Prol. du Trinuramus et de TAsinaria] : Plautus vortit barbare.» Néanmoins Rome méprisait les Grecs, et comme son mépris pour les nations vaincues fit ailleurs bientôt place à une sombre inquiétude, il se révéla, quant aux Grecs, dans les foudres des satiriques romains qui les anéantirent. Nous ne pensons pas à poursuivre ici la lutte dans laquelle l'esprit et la langue des Romains ont enfin écrasé l'esprit et la langue des Grecs. Le dédain avec lequel entr'autres Juvéhal stigmatise tout ce qui sent le grec, les mœurs, le costume , la langue , nous montre qu'il y avait un abîme entre les deux races. Et cet abîme, vous le retrouverez dans la presqu impossibilité oii étaient les Grecs de rendre les sons latins. Deux sources abondantes jaillissent pour nous en fournir les preuves, les auteurs grecs qui, en racontant l'histoire romaine^ citent les faits et les noms en langue romaine, et les Inscriptions qui par leur caractère fixe étaient exemptes de toute influence de transformations ultérieures du langage, et deviennent ainsi des documents inaltérables.

Quant à ces documents eux-mêmes, nous ne sommes plus dans le vague, nous les connaissons à fond. La critique nous y est facile. Les expositions de Dittenberger dans ses articles : Rômische Namen in griechischen Inschriften^ publiés dans le Hermès ^ 1871, sont d'une éloquence péremptoire. Vous y voyez les transcriptions qui rendent les mots latins groupées; chaque voyelle, chaque consonne est exa- . minée à part et illustrée par une riche collection de frappants exemples. Combien d'essais variés pour rendre les mêmes sons, et les sons les plus simples ; combien de variétés éteintes sous de dissonnantes ressemblances; com-

bien de contrastes, combien de bizarreries ! Diodore seul écrit le nom de Quinctius de trois ou quatre façons : Roivto;, KofvxTioç, RiîvTo;, d'autres donnent en outre Kouivtoç, Roîv- Tioç, KoiiivrCcovoç, Kuivtoç, etc. Et les PoTi>.toç, ndirXto;, UotùI- Xtoç, 'AxoiTOVia, Ko^pÎTOt, KpidXTiç (RpiocxTivç) , Rtîpiç (Cures Strabon,p. 228, c), Ruipirai, Rupiriç, BpÉTTioç, Sepouïoç, *ouV uioç, RaueXio;, pour ne choisir que des formes qui ressemblent assez aux formes originales, les Aeuxto;, les prendrons-nous pour modèles quand nous allons imiter la prononciation latine? Parce que les inscriptions grecques substituent dans les mots romains souvent au k un 3^, et au z un a, changerons-nous dorénavant aussi notre prononciation du fc et du 2 en latin? '

Voilà donc notre suffisance singulièrement ébranlée, si l'aptitude toute particulière des Grecs à rendre fidèlement certaines nuances de l'alphabet latin devait nous guider dans nos essais de les reproduire. Au lieu de les préciser, partout les Grecs les effacent. Nous n'en doutons pas, les Grecs écrivaient: Kikeron, kensor, kentoria, patrikioi ; nous rencontrons aussi bien dans les textes du moyen-âge des formes telles que : xtêwpiov, que dans une inscription d'Ephèse le nom Rupetva pour la tribu romaine Quirina ^ Nous savons aussi que les Latins rendaient le k grec par leur c, en écrivant Cecrops, cilix, Cybele, cithara, Cypros, cygnos, cedrinus, cerasus, cera. Mais en conclurons-nous sérieusement que les Romains n'aient jamais prononcé leur c différemment du k des Grecs ? Si j'essayais de prouver l'inverse ? Si je prétendais que la transcription latine nous garantit, pour le fc grec, plusieurs nuances de sons, précisément parce que les Romains exprimaient une de ces nuances par

» Diez, Wôrterb. der roman. Sprachen , T. I, p. 125. Hermès, IV, 2, p. 216.

leur (î assibilé, et l'autre par le c guttural? Depuis qu'ils n'employaient qu'un signe pour ces deux nuances,il n*y avait plus possibilité de distinguer par la vue cessons écrits. Cependant les traces en restaient même dans l'orthographe , quand on hésitait s'il fallait écrire : decumus, mancupium, ou bien : decimus, mancipium. On a essayé d'avancer cette opinion, et pour la repousser, il faudrait plus qu'une froide ironie *. Je ne veux pas y insister. Mais il est évident que les Grecs n'avaient dans leur alphabet point de lettre pour rendre exactement la sifflante c des Romains. Leur ^ est une lettre double, égale à ^cr, leur <j ferait disparaître sous la pénombre cette nuance bien arrêtée dans l'échelle des sons latins. Ils disaient donc Zakynthos pour Saguntum, et il a fallu bien des altérations jusqu'à ce que les Byzantins eussent pu employer, sans distinction, les grecs Ç, J^ et g pour remplacer la même lettre c des Latins *. Les anciens choisissaient les sons les plus naturels à leur oreille et à leur bouche pour exprimer les sons romains. De là , malgré toute uniformité, ce certain vague dans les transcriptions grecques, qui, d'un côté, reproduisent la sifQante à des dates relativement récentes, et, de l'autre, gardent le k dans ces mêmes temps où il n'est plus permis d'avoir des doutes sur le son assibilé du c. Nous possédons aujourd'hui des inscriptions en grand nombre ou sont réellement écrites les formes avec JI et t J[ ou avec or, notamment le nom des Decii dans la forme Aa<;ioi, exactement comme Dasius se lit sur les murailles de Pompéi et dans un reste de langue messapienne ». Vaudrait-il la peine d'ajouter, comme dans

^ Voir les deux articles, dans The Contemporary, 1871, celui de M. Merivale, dans The Academy, 1871 , p 254, celui de M. Munro. • Munro, The Academy, T. II, p. 185.

' Inscript. Parietar. Pompeian.,ed. Zangeineister,p. 155,N*2439.

un manuscrit de Plutarque (Cod. Laurent. N^ 206 de Florence), le savant glossateur traduit le Veni, vidi,vici, de l'original grec, et y substitue son êwT^ei au texte svixTiaa? ou , que dans les Basiliques nous lisons : T^epTa, ivrJ^epToç, etc. ? D'ailleurs , les Néo-grecs ont toujours remplacé le c latin par leur s sonore , dans plusieurs îles par le son chuintant du c italien. * Mais nous préférons laisser dans l'ombre de telles instances sans importance réelle, puisque personne ne saurait nier que, depuis une certaine époque de l'histoire romaine, époque, peut-être, plus ou moins facile à déterminer, la prononciation assibilée du c devant les voyelles e et i était la seule connue.

Quant à la transcription avec laquelle les Latins rendent les mots grecs, elle date d'un temps où l'orthographe romaine avait repoussé la lettre fc, en la limitant à un nombre fort restreint de mots choisis. Les Romains n'avaient donc plus d'autres lettres que le c pour rendre le k grec, auquel le c répondait déjà, quand il se prononçait avec les voyelles a, eiu. Si nous n'avons extérieurement aucune garantie pour l'opinion qui veut que , forcés par la nature de leur propre idiome, ils eussent altéré ce son en l'exprimant par la sifflante, nous ne saurions refuser à cette supposition toute probabilité intrinsèque. Ou bien, ne connaissons-nous pas, pour nous servir d'une analogie moderne , la différence du son par laquelle les Français distinguent encore la même lettre ch dans des mots tels qu'orchestre et architecture, les deux issus du grec? Et ce principe ad- - mis, nous apprécierons à sa juste valeur le changement de voyelles qui accompagne, en bien des cas, cette substitution des deux lettres , pour appuyer plus distinctement ,

^ D. Bikelas, d'après la gram. et le dict. albanais de Hahn, The Academy, 1871, p. 187.

aussi pour la vue, l'intonation différente : fascinus pour êà(rjcavoç, dulcis pour yhjwjç. »

Nous pourrions en rester là. Car nous tenons en main tous les lils pour conclure à une absence totale de raisons pour l'identification des deux sons de la lettre c. Faisons cependant, pour un moment encore , abstraction des lois intrinsèques de la langue latine qui s'y rattachent, et examinons s'il n'y a pas, en dehors du grec, quelqu'autre indice d'un idiome ancien qui puisse nous renseigner sur la véritable prononciation des lettres latines qui nous occupent. Si nous demandons aux langues contemporaines, qui, les unes intentionnellement, les autres comme par hasard, ont pu reproduire quelques sons romains, quelle réponse nous donnent-elles relativement au c ? Les Romains avaient, en diverses époques, affaire, parmi les peuples européens, aux Celtes et aux Germains. Comme nous l'aurons à relever en passant, les langues de ces barbares sont plus directement parentes au latin que le grec, et nous pourrons, dans les nombreux dialectes celtiques et germaniques, poursuivre bien des traces du latin.

D'abord les Celtes. M. J. Rhys relève dans son article « Latin words in Welsh», inséré dans The Academy 1871, p. 255, le fait que les lettres c et g dans le gallois sont toujours dures, quelque voyelle qui les suive. Elles remplacent les deux le c romain. Ainsi au commencement des mots : cell, cwyr, certhain, cengl, cist, cegid, ciwed, ciwdod, cyff; et au milieu : cangell, esgyn, disgyn, diffyg, Uogell, magwyr, meddyginiaeth, pesgi, pregeth, mots tous pris dans le latin. Cela serait assez clair, pourvu que justement le contraire n'en résultât pas. Si la même lettre latine change le son en gallois selon la place qu'elle occupe dans

• Joh. Schmidt, Verwantsch. der indogerm. Sprachen, p. 54suiv.

les mots, elle doit avoir eu, pour l'oreille, ainsi que pour la bouche des Celtes, une intonation variable. Puis, ces mots offrent d'autres changements, qui proviennent d'une libre reproduction. Suivre en esclave la prononciation galloise, nous obligerait à réformer bien des choses et à tomber dans des contradictions sans nombre. Si le Gallois dit: Ewrob, pydew, Juddew, pour Europa, puteus, Judaeus, ces formes feront-elles loi pour nous? Il est vrai que les sibilantes anglaises représentent le s en gallois, mais qu'est-ce que cela prouverait pour la sifflante latine? Elle reparaît évidemment dans des formes assibilées en celtique, dans le kymrique saled * pour le latin celata, exactement comme dans l'anglais reason pour ratio, peace pour pax, search de circa. Enfin, une considération purement historique! Ces mots sont-ils en effet transportés du latin en gallois, ou dérivent-ils du celtique primitif, antérieur à toute individualisation des idiomes celtiques? Plus on les étudie, plus les langues celtiques révèlent une parenté * étroite, je dirai directe avec le latin, et leurs historiens nous manquent encore le dernier mot sur ce qui en est de leurs premières sources et des rapports par lesquels celles-ci se liaient aux autres idiomes indo-germaniques. Mais soit, acceptons ces mots comme latins ! A quelle époque ont-ils été reçus en gallois ? Avant ou après le temps, où notoirement les Romains s'étaient mis à assibiler leur c devant les voyelles e et i? Car, qu'une fois ils s'y soient mis, personne n'en doute, quoique les uns rapportent ce fait au troisième, les autres, au quatrième siècle, les plus prudents, à l'origine de la langue romaine. Nous connaissons, par d'anciens documents, sur-

1 Comp. Diez, Worterb., T. I, p. 121, etBain's Eaglish Grammar, p. 172.

• Voir Schleicher, Die deutsche Sprache, p 75.

tout deux dialectes celtiques, le gaulois et le breton, précieux débris d'un riche développement national, mais, hélas, rien que des débris. Qui dira ce qu'il y a là de pur celtique, et ce qui a subi, officiellement refoulé sous le joug des langues vainqueurs, quelque influence latine ou germanique ou grecque? Dieflenbach et Zeuss ont, sans doute, entassé des trésors inappréciables pour élucider la grammaire et le dictionnaire celtiques. JjCS inscriptions gauloises, à l'interprétation desquelles M. Ad. Pictet a apporté toute son érudition aryenne, sont venues confirmer la plupart de leurs résultats. C'est bien sur le fond de telles recherches qu'on se plait à affirmer, avec M. de Belloguet, que le gaulois n'avait pas de sifQante c. Et pourtant, même si dans les inscriptions les deux lettres c et k ne se trouvaient pas, et parfois l'une à côté de l'autre, les anciennes cartes attestent au nord d'Avignon un Senomagus, qui paraîtrait, de quelque façon, normal pour les Cenomani en Gaule et les Cenimagni en Bretagne. Que de dialecte en dialecte les intonations celtiques variaient , c'est ce qui est constaté par le gaulois {Aul. Gel. XV, 30) lancea, le 'karpda. de Diodore (V, 30), et le breton lans. Isidore écrit pour cetrae : scetra, et le scoliast de Juvénal (XI, 140) : citura (citona), tout comme dans l'espagnol moderne le bouclier s'appelle encore cetra. Le circius que Gaton et Pline regardent comme particulier à la Gaule Narbonnaise , a gardé dans le bas Languedoc * son ancien nom de Serce ou Gers. Donc, en résumé, nous chercherions en vain ici un motif pour prouver soit que le latin , soit que le gaulois , n eût pas eu sa sifflante ç.

Arriverons-nous à un autre résultat en examinant les

1 Roger de Belloguet, Ethnologie gauloise, I (Glossaire), p. 110. Gomp. Nonius Marcellus lY, p. 82, et XIX, p. 555.

reproductions de mots latins que nous rencontrons dans les langues germaniques? Les prêtres romains, dit Diez *, écrivaient en Bretagne la tenuis gutturale dans les mots saxons par c, par exemple : cène (audax), cild (infans), cyning (rex). Cela serait bien grave, s'ils avaient eu quelque autre lettre à leur choix. Mais le k romain n'existait pour eux que dans quelque musée d'antiquités ! Comment écrire, sinon par c ?

Nous serions disposés à croire que les Goths à Constantinople entendaient souvent parler des Romains, et que, cas échéant, ils pouvaient se renseigner très exactement sur les sons latins. Mais ce que je ne conçois pas, c'est que ces Goths sauvages auraient été linguistes, au point de se préoccuper, de nuances de sons , plus ou moins apercevables, et des sons d'un idiome qui n'était pas même celui de la nation au milieu de laquelle ils vivaient; que ces hordes qui, au dire des anciens, ne maniaient guère la plume, pour lesquelles le glaive était l'arme du corps et du cœur, auraient tâché d'avoir des informations précises sur les sons d'une lettre perdue. Cependant les Goths écrivaient quelquefois, et on sait de quelle importance sont les premiers monuments écrits qu'ils nous ont légués. Leur évêque Ulphilas leur avait donné, au quatrième siècle, son alphabet, et sa traduction des Saintes Ecritures. Et voilà, dans cette traduction déjà, un certain nombre de mots latins, et parmi ces mots, plus d'une transcription du c par k. On a cité, depuis longtemps et avec beaucoup d'aplomb des mots tels que : karkara, lukarn, akeits, aurkeis. Mais, comment donc? Ulphilas, élevé à Byzance, composa son alphabet de caractères runiques et de lettres grecques. Les

^ Gram. der roman. Sprachen, I, p. 250.

mots romains qu il rendait, lui étaient venus par le même canal grec. Il adopta d'autant plus facilement l'orthographe grecque, que , peut-être, la sifflante c n'existait pas dans l'ancien gothique , puisque le mot haims répond au latin ci vis. Du moins le dialecte du Nord n'en a point de traces; les anciens manuscrits en font foi. Cependant le k elle g Scandinaves modifiaient leurs prononciations devant e et /, et devenaient kj et gj, comme kerma, gerra, etc. *. D'ailleurs, si nous accordons à ces formes gothiques quelque autorité pour la prononciation du latin, allons plus loin, acceptons aussi le reste de ces intonations; disons dorénavant aurkeispour urceus, akeits pour acetum, si o^oç et le russe ùksus ne sont pas plus rapprochés, nommons les Grecs Krekos, l'Evangile Aivaggeli, acceptons les Sairok, Ainok, Saikaineias, Airmodam, Akaja, et le k pour ^ en aukan, vakan (augere, vigil). Non, Ulphilas formant un nouveau langage pour un peuple nouvellement christianisé n'était pas appelé à fixer les nuances de sons originaux pour les philologues futurs, et ceux qui se réfugient sous les ailes de son autorité, ne doivent guère avoir des raisons bien vaillantes pour appuyer leurs théories. 11 est vrai qu'Ulphilas écrivait laiktio, rendant lettre par lettre; mais un autre document gothique, conservjB à Naples, rend cautio par kautsjo, ce qui témoigne, ainsi que faskja, unkjane, pour la sifflante.

Elle est plus évidemment encore dans les dialectes tildesqu£Sy dont le développement littéraire est postérieur au gothique. Sans doute, l'ancien allemand a reçu de dehors les mots latins que nous épelons aujourd'hui : Kaiser, pour Caesar, Keller (cellarium), Kerker (carcer), Kerbel (cerfolium), Kirsche (cerasus), Kicher (cicer). Mais ce dernier mot

^ Wimmer, AltDordische Grammatik, trad. par Sievers, p. 7, §5, 1.

représente déjà deux sons, k et ch, pour le même c latin, et une forme albanaise Kyikyery \ si elle sort de l'usage ordinaire des lettres g ou C en albanais, ne pourra, malgré l'importance qu'on y voudrait mettre, jamais nous fixer sur la date, quand les Allemands avaient commencé à écrire Kicher. Qu'on les examine de près, ces mots latins ! On y reconnaît déjà les différences du génie de la langue particulière, qui s'adapte, selon ses organes, des mots venants de dehors. Tous ces sons sont amenés à l'allemand par le canal gothique. Charchàri, en allemand, est une forme tout-à-fait analogue à chirichà, et celle-ci traduit le grec xuptoxov. C'est ainsi que nous expliquerons pourquoi, depuis que les Germains étaient entrés en contact direct avec les Romains, les mots, reçus auparavant de par les Grecs, changent de forme et assument avec la-sifilante une acception changée. Tels sont les mots : Zins (census), Kanzel (cancelli), Zither (cithara), metzeln (de macellarius), Zelle (cella), Zirkel (circus) ^ Pour appuyer quelque raisonnement sur les mots, cités en premier ordre, les amis d*une prononciation k pour c auraient dû prouver qu'ils furent puisés dans le romain avant que celuici connût l'assibilation , et qu'ils y furent puisés sans intermédiaire. Le gothique aurkeis est, en ancien allemand, urzal, de urceolus, tapdis que kaurn répond au latin granum, kaurs à gravis '. Le gothique lukarn ne suppose pas un latin lucerna, mais Incarna, en usage, comme le

^ Comp. The Academy, II, p. 185-187 et p. 254.

' Il n'est pas aisé de fixer précisément Tépoque à laquelle tel et tel mot étranger est entré dans l'allemand. Voir, sur cette histoire, Tobler, Die fremden Wœrter in der deutschen Sprache, p. 18 suiv.

' Dieffenbach, Gothisches Wœrterbuch, II. p. 441-443.

français lucarne nous le prouve. Et de plus, les Allemands savent fort bien faire la distinction entre Kaiser et Csesar, Kirche et Gircus, voire même Zirkel.

Il nous parait donc établi que la solution du problème que nous discutons, doit être cherchée dans le fond de la langue latine elle-même. Les restes du latin que nous possédons, connaissent-ils la sifQante c devant e et i ? En démontrent-ils l'existence et la valeur? Et quelle est la date de ces restes, s'il y en a d'autres qui pouiTaient être en faveur d'une évidence contraire? Voici quelques-uns des monuments dans lesquels on trouve quelque évidence, les uns pour la prononciation k, les autres pour l'assibilation du c. Les premiers, à croire ceux qui les avancent comme preuves, paraîtraient d'une puissance invincible.

\^ Quand, selon le Corpus insc. Vol. I, N®844, on lit dans une inscription plébéienne : Dekembr., ya-t-il des doutes sur ce son? Cependant, comme dans le N°831 l'orthographe calendae s'est glissée, au lieu de kalend», nous devons comprendre que l'une et l'autre de ces inscriptions peuvent être entachées de quelque incorrection.

2« Une coupe de Volceium présente l'inscription KERI POCOLOM, où keri comme génitif de cerus a été établi déjà par Mommsen, Unterital. Dial., p. 133. Varron rapporte du chant des Saliens : duonus cerus et duonus ianus, et sur la tablette d'Agnone se lit : kerri, comme cerie, dans le dialecte des Sabelli. On comparera aussi : Cerus manus. (Pott, Wurzelwœrterb. I, \ p. 136.)

3^ Dans quelques inscriptions de la république, le qu est représenté par c, par ex. : secetiai, cinti. En effet, aussi les graffiti de Pompéi écrivent par c les mots inicum N° 1868 et usce N** 2437, ainsi que qu pour c, en quoservis N° 1241 et paquius pour Pacuvius. Cependant, pour

aecetiai pocolom, il y aurait la possibilité d'une autre explication, par l'influence étrusque, comme Mommsen, p. 28, note 32, l'indique.

¥ « Nous avons une preuve bien évidente et bien curieuse de cette prononciation du c dans le lieu appelé Decempagi dans la table Théodosienne, que nous retrouvons en 1274 sous la forme Taikenpoil, en 1286, Taikenpaul, aujourd'hui Tarquinpol (Meurthe) H.

5<» On écrivait, d'abord, dans des mots grecs (Dorchae, Gluchera, Philochale, Prochne), puis, plus généralement (Achilio, Volchacio, chommoda), ch pour c, soit devant a, 0, w, soit devant eeii (pache, prischae, chingsit), soit devant des consonnes (trichlinium), et Quintilien, I, 5, 20, dit: « Erupit brevi tempore nimius usus, ut choronaB, chenturiones, prsechones, adhuc quibusdam inscriptionibus maneant » . L'usage n'a pas été constant ici ^ ; on discutait sur pulcher et pulcer , et on écrivait chorda , un graffito de Pompéi, N® 2021 , même chalare. Le c s'est — cela se montre ici clairement — toujours caractérisé par sa disposition à s'assibiler », et c'est ainsi que les deux sons, le son sifflant et la gutturale, parle moyen de l'aspiration [ch), pouvaient se rapprocher l'un de l'autre et, cas échéant, être confondus par une insouciance naturelle, non seulement pour l'œil, mais quelquefois aussi pour l'ouïe. Nous savons quelle peine cette aspiration a donnée à Cicéron *.

* Gocheris, Histoire de la Grammaire, p. 213.

* Schuchardt, Vocalismus des Yulgârla teins, L p. 73, a rangé les restes do cette orthographe dans un ordre historique , et Corssen, Âussprache, I, p. 46, en a complété le nombre des exemples.

» Brambach, Orthogr., p. 287 à 291.

* Orator, 48, § 160. Il persista longtemps à prononcer: pulcros, cetegos, triumpos, Cartaginem , pour s'opposer à Tabus des façons grecques.

6<> Quel que soit le sens du mot dont le reste NKIVM est conservé dans le N<> 3067,9 des graffiti de Pompéi, le k s'y trouve devant i.

Regarderons-nous ces données comme de sérieuses instances pour la discussion dont nous sommes occupés? Alors nous devons avoir hâte d'y opposer quelques preuves du contraire, également faibles, il est vrai, mais aussi également fortes.

i^ Les copistes d'un manuscrit de Properce, en écrivant, par erreur, silices au lieu de cilices, donnent un témoignage pour le c assibilé, de même que l'incorrection de sisterna dans une inscription de l'an 528.

2° Turpilius a, d'après la citation de Nonius Marcellus, écrit: « Qui verba venaturmea, postis arscedat, et sermonem hinc sublegam.» Sans doute, les copies de Nonius sont du moyen-âge, mais toute la variété des leçons qu'elles offrent, revient au même point. Voir l'édition de Quicherat (Paris 1872), p. 378, 40.

3^ Schuchardt a fait , de documents de différentes valeurs, un recueil de formes, comme : sirpus, sio, selere, siet, septrum, pour les formes correctes, écrites par 5c, exactement comme, au contraire, les copistes écrivaient, en 587,scitamet scitas pour les formes sans c;et il explique ces inexactitudes par une émission du c se rapprochant de Vs, Vocal, des Vulgaerlat. I, p. 165.

¥ En effet, ce son est constaté par bien des fautes d'orthographe : accresentes, Gresentia, cresseret, Grexes, dissesseque, lambissendo, quissant, requiisset, requiecset, requiesit, sesentis (de 301), orthographes que Schuchardt ramasse dans les inscriptions et dans les anciennes chartes, et qu'il met en face des contraires : esce, inviscere, Perscio, Roscia. Ni les unes, ni les autres ne seraient possibles sans assibilation du c établie et connue à tous.

b^ Le nom de M. Vecilius Verecundus, que Zangemeisler a copié d'une colonne de Pompéi (n^ 3130, p. 217), et qui se lit aussi sur la façade d'un tombeau à Faleri (Huschke, Zu den unterital. Dial. p. 842), ne peut guère être analysé sans que la comparaison avec Vettius des Sabins et avec Veturius en ramène à un ancien velus, legrecercx;, dans les Vedas vatsas, vatsaras (Voir Curtius, Griecli. Etymol. p. 189). En analogie avec cette formation, certains manuscrits de Virgile (Ribbeck, Prolegom. p. 241) donnent ac pour at, tétera pour caetera, turaulos pour cumulos, etquis pour ecquis, etc. Gessner, dans son Thésaurus (c), constate la permutation fréquente des lettres c et / dans l'écriture Ipmbardix[ue.

6® M. Egger a publié dans ses Mémoires d'histoire ancienne, p. 453, un document inédit, dont le titre: To ayiov <ju(iL6o>>ov ^là Te TÎiç >>aTivtx^ç xai pcopLaïx^ç y>.<ottyiç, indique l'intérêt. Ce sont les langues des Romains grecs de Byzance et des Croisés français et autres. Le manuscrit en est du 13™® siècle. Dans la partie romane du texte se lisent des formes telles que : cWkç^ xpuÇicpà, T^îoup, etc., et dans le Pater qui s'y rattache, les latines: xl eç îv t^CKok;, covricpiT^e- Toupç, xoTYÎTia, (jixouO, T6vT6TJ^îove. — Un manuscrit pareil se termine par la formule en usage : explicit, mais écrite en lettres romaïques : yïjTik\j<s\j(i.

Imbus de tous les préjugés d'une science orgueilleuse, nos critiques s'avancent à la lutte, ces arguments en mains. Mais si M. Egger, dans sa préface du recueil : Latini sermonis reliquiae, se refusait à recomposer avec la pâtissière des ruines, la double histoire des choses et des mots, dont il allait esquisser les traits, s'il appelait celle-ci une œuvre difficile, tmpomft/^ aujourd'hui, comment jugerons-nous les matériaux entassés ici pour en faire rejaillir quelque mer-

veilleuse lumière? Non, quand on réfléchit au genre de discussion qui peut se faire à l'aide de tels arguments, et en construisant l'histoire d'après les chimères de fantaisies critiques,on ne dirait guère que les combattants prennent au sérieux leur tâche de linguistes. Vraiment, unesplendide série de témoins et d'autorités dans une question de prononciation classique ! Des potiers, des hommes de la foule, dont les élaborés fourmillent de toute espèce de fautes *, des copistes de manuscrits, dont l'ignorance souvent fait sourire les plus graves esprits ! C'est ce monde qui, à Pompéi, grattait, avec des clous ou des couteaux, sur les murailles, ses impérissables coups de génie, qui écrivassait, dans les maisons, dans les rues, partout, ces épanchements de cœur, dont l'orthographe n'est certes pas le dernier objet de notre intérêt, tout en nous frappant par son caractère étrange. Nous serions tout disposés à lancer contre ceux qui verraient de mauvais œil cette latinité, la malédiction qu'un Pompéien traçait avec infiniment d'esprit sous un dessin de gladiateurs: ABIAT VENERE BVMPEIIANA IRADAM CVI HOC L^SitlRlT. En attendant, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ici que ces braves Pompéiens avaient un professeur qui, près du forum, peut-être pour signaler le niveau de ses connaissances linguistiques, a inscrit sur son gymnase , comme titre de gloire , la recommandation électorale que voici : SABINVM ET RVFVM JIDILVALEN- TINVS CVM DISCENTES SVOS ROGAT.

C'est cependant sur le fond de telles argumentations, quelque différentes qu'elles semblent, chatoyant d'une profonde érudition et d'une saine critique, que nos plus

^ Comme certains textes grecs sur des fragments de poterie antique, dans lesquels on lit xaTaYeTJjxevo; , yexpaxdvTa. Egger, Mém. de rhistoire ancienne, p. 433.

savants philologues déclarent qu'on puisse regaidcr comme démontrée ror/(/mg récente de la prononciation sifflante du c devante et i. Je n'en citerai qu'un témoignage, et je choisis justement celui-là, parce que, d'ailleurs, il serait impossible de réuni^^ les matériaux d'une discussion approfondie avec plus de soin qu'il n'a été fait ici. Voici comment Corssen s'exprime (Âussprache.l. p. 48). «Bisherhatsichalsocrgeben, dass c vor folgendem e und i bis in das scchste und siebente Jahrhundert, bis in die Zeit nach derEinwandrung der Longobarden nach Italien, noch wie k gelautet bat. Allerdings folgt dàraus nicht, dass es diesen Laut ûberall und in allcn Wôrtern solange gcwahrt bat; aber vonallen Beispiolen, die fur die assibilirto Aussprache des c vor e und i im Spiitlateinischen beigebracht wordcn sind, das heisst von Schreibwcisen, die c durch s odcr z {tz, te) wiedergeben, wie sisternac, pazc, Tzitane, Binccntce, ist doch keines mit Sicherheit frûher als im scchsten Jahrhundert nach Christus erweislich.» Et après avoir donné une langue liste de mots tirés des inscriptions funéraires dans les catacombes de Rome, il continue : « Niemals ist in diesen Urkunden c vor e und i durch ^, t^, a oder aa vvicdergegeben. Daraus folgt also, dass bis in das siebente Jahrhundert nach Christus die Assibilation jencs Lautes nur vereinzelt in der Volkssprache oder in Provinzialdialektcn eingetreten sein kann, dass also die gebildeten Rômer noch im Zcitalter des Exarchats und der Longobarden die Namen ihrer grosscn Vorfahrcn Kacsar, Kikero aussprachen. » Voilà donc une affaire réglée ; je regrette seulement de ne pas être de force à m'y rendre tout bonnement. Car cet : «Allerdings folgt daraus nicht, etc.,» laisse encore bien de Tespace à des considérations ultérieures, et quant aux exemples d'assibilation non équivoques, nous sommes en

mesure d'en fournir, sinon un nombre fort considérable, du moins une certaine quantité d'une importance absolue. Ils sont évidemment d'un temps plus ou moins éloigné de l'époque classique. Comment serait-il possible autrement ? Cependant qu'il en faudrait avoir de plus anciens, qu'on n'en a finalement pas, voilà, pour nos critiques, des dogmes qui n'admettent pas de discussion. Corssen lui-même néglige aisément aussi bien le Sesarion dans une inscription égyptienne à Nicopolis de l'an 199s que l'intcitamento àÀricia du V® siècle, voyant, dans le premier, une transformation égyptienne, dans le second, une erreur du sculpteur. Les mots dans lesquels l'orthographe s provient d'une mutilation de^c lui paraissent sans valeur, parce que je même changement s'opère devant a et te; par exemple en : sarpere, surpiculus, supare, comme les ss en : quissant. Des formes telles que : tzerta, intzerta, ne sont pas même discutées, quoique Schuchardt (1. p. 163) n'ait pas peur de dresser uïilong inventaire de cassibilés devant un simple t ou e, tout en l'accompagnant de certaines critiques. Voici ces mots : cetaes (Or. 2620, de Vérone), Ceverianus, fesit, cimul, Ciria, Bincentce, cygostaten , erycissceptro , paze, Tzucinus et Tzutzintilles, Tzitane, zeterorum, cathezizatur. D'autres, comme : mutuisedibus pour mutuis ca^dibus, considerunt pour conciderunt, exitus pourexcitus, lui paraissent sans importance. Cependant la possibilité de telles erreurs resterait encore à discuter, même si le temps de la conception en amoindrissait la portée. Sans nous préoccuper, pour le moment, de ces sortes de preuves, toujours, nous l'avouons, de douteuse allure, sans en tirer des résultats, ni pour, ni contre un usage classique, demandons plutôt, avant toute chose, si l'on a des témoignages histo-

' Revue archéol., T. X, PI. 18, 1, 3.

riques qui prouvent que le c n'était pas toujours en latin sifflant, qu'il faille aller chercher une période à part, où, par des motifs quelconques, cette prononciation fut introduite, et s'établit dorénavant sans s'effacer. Moi pour ma part, je ne vois pas de trace d'un tel témoignage.

L'alphabet romain nous est connu. Nous en avons d'authentiques échantillons, tracés par la main des gamins, qui, en allant à leur gjmnase «CUM DISCEXTES», s'exerçaient en gribouillant leurs leçons sur le bas des maisons de Pompéi. On y voit sans aucune exception les lettres c, g, k, Çy le c en plusieurs formes, le 7 une fois presque comme le c (No 2521), une autre fois dans une forme tout-à-fail singulière (N° 2517) ». L'étude de ces alphabets n'est, certes, pas sans un plaisant intérêt, surtout parce que les savants étudiants du sévère latiniste n'ont pas oublié de nous léguer aussi quelques copies de Talphabet grec (PI. XII), tel qu'ils le maniaient à leur école. J'avoue qu'on sent mieux le souffle vivant de la prononciation latine dans ces gribouillages de mains enfantines, que dans l'éblouissante érudition, qui ramasse de toute part ses arguments nébuleux pour éteindre la flamme originale d'une langue ancienne, et cela au bénéfice d'une idée préconçue. En tous ras, rien de plus instructif que ces graffiti. D'ailleurs, l'histoire vient à notre aide, quand nous les apprécions. Nous savons que l'usage de ces lettres n'a pas toujours été le même, que chacune en a eu son développement, naturellement conforme à la marche des événements qui influençaient le langage romain en général. Ainsi, à l'origine, le c tient dans l'alphabet romain la place du y grec, du g des autres alphabets qui descendaient en ligne droite du phénicien, et il était en effet chez les Latins anciennement en usage pour le g,

' Corp. Inscr. T. IV, p. 164-166, et la planche 40.

introduit plus tard» sous Tinfluence des éléments étrangers ci mis à la place du Ç grec, tandis que le k se trouvait toujours dans l'alphabet, correspondant au kappa grec, comme le q au koppa phénicien, on le sait, en disparition chez les Grecs. De là les orthographes connues de G. , Gn. pour Gaius, Gnaeus, dontQuintilien (I, 7, 28.) nous parle ; de là les inscriptions de médailles : OGVLNIVS pour Ogulnius, * et celles de laGolonne Rostrale de Duilius, ces formes dont le retouchement du texte n'a pas efiacé l'originalité : Leciones, macistratus, cartaciniensis, pucnando, cessit. N'étaitce qu'un jeu d'une épellation erronée? On pourrait le penser, parce que le g existe sur le sarcophage de Scipion Barbatus; mais non, les anciens eux-mêmes discutèrent la formation de quadringenti de centum, de triginta et tricesimus, viginti et vicesimus, et nous devons croire qu'il y avait une transition naturelle de l'un de ces sons à l'autre, que le c romain de tout temps avait dans sa prononciation quelque rapport avec le jf, sans que le g l'eût pu remplacer partout et absolument. Nous rencontrons donc, non-seulement dans une inscription deSulmo, patrie d'Ovide, SVOIS GNATOIS, mais encore ^ dans les graflîti de Pompéi, aussi bien le g mal placé pour le c en agratus, egloge. G., Gn., Pagatus, que le c pour le g (sive prisce, sive scribendi neclegentia, dit Zangemeister, p. 257.) en Âucustiana, camus, cenialis, centius, Granius, incuine, li(n)ce.

» Comp. Talphabet étrusque de Borna rzo (Mommsen, Unterital. Dial., p. 6-7). La coexistence de c et de A; sur des vases de Cività vecchia (p. 18), sur la Cista Prsenestina Macolnia pour Magulnia (p. 28), sont des indices de l'usage établi en 300 de Rome, et il ne disparut que vers la fin du V* siècle.

* Si elles existent contre Tavis d'Eckhel, D. N. v. 74.

» Voir sur ce SUOISCNATOIS Mommsen, p. 364 et pi. XV, ainsi que Huschke, Zu den altital. Dial. p. 863 suiv.

Nous savons aussi que le k, à une époque dont nous tâcherons de suite de nous rendre compte, a été étouffé dans l'alphabet, et qu'on ne le conservait que pour certains mots, tels que : Kaeso, kalendae, Karthago, karus, kaput, Kœre, Volkanus. Il fut donc remplacé dans certains cas par c, dans d'autres par g, variété qui n'a rien d'étonnant là où l'on ne craignait pas d'écrire aussi : cotidie, cocus, cas, pour quotidie, coquus, quas. Il faut, sans doute, croire qu'il y a eu des raisons pour cette abolition d'une lettre qui avait existé dès le commencement et qui continuait à exister toujours. Mais cette raison était-elle dans l'uniformité avec laquelle on aurait prononcé le c, le 7, le kl Quoique hors d'usage, le k reparaît dans les Inscriptions, constamment et à toute époque, à côté du c, par ex. dans le mystérieux AAIKCBBIN, suivi du monogramme de Christ (AUard, Rome souterraine, p. 384.), dans le nom de Kiprianus (p. 285.), dans Kor., n» 2584, et Cor., n^ 2635 des graffiti de Pompéi, dans Ikaro à côté de unicu, n^ 2369, et ocellae, n^' 1093. Et pourquoi pas? Le nom de Sixte s'écrit dans les catacombes tantôt Sancte Svste, tantôt SCS XVSTVS, et, concernant une inconstance pareille, je veux parler de l'orthographe Anavis, Caecilis, Clodis, Ragonis, Remis, etc., comme FAIS, kA5:tpi2I2, A2TEPI2, NOYMENis, Ritschl en constitue un véritable archaïsme, Mommsen la croit introduite par l'imitation du grec^ Cette confusion ne nous enseigne qu'une chose, c'est que, si c et gf se touchent sans se confondre, k et c eiq pouvaient subir exactement le même sort.

Or, tout observateur des principes linguistiques connaît cette loi organique de la prononciation selon laquelle, comme nous l'avons dit plus haut, le son guttural se modifie par la

1 De decl. lat. recond. quaestio epigraphica (Bonn, 1861), et Corp. Inscript, latin., T. I, p. 210. Comp. Allard, Rome souterraine, p. 189.

voyelle avec laquelle il est prononcé. Personne n'a de doute sur l'application de cette loi dans les langues vivantes. On change l'intonation du g en français selorTles voyelles, longues ou brèves, ouvertes ou fermées, en : gagné, guêpe, germer, gisser, gii; en italien, en: giorno, gatto, giro, Gerusalemme; en espagnol, en: gesto, girar, ganar, figurar; on dit en allemand le k différemment en : Kalb et Kind, le ch en : nach, Naclit, noch, nicht, màchtig; et avec une mobilité inimitable, toutes les langues sémitiques varient leur échelle infiniment plus riche de sons gutturaux. La langue latine ne fait pas seule exception à cette loi ^ Les grammairiens romains ont été d'accord à l'appliquer à l'orthographe en statuant qu'il fallait écrire k devant a, c devant t, q devant ii. 11 nous suffit de rappeler ici le passage de Marins Victorinus que Max MùUer a cité avec tant d'à propos, The Academy, 1871 p. 565. Ce grammairien déclare expressément que les Romains prononçaient avec un «rictus» différent le c, le k et le g, et c'est ce rictus particulier du c que Capella, III p. 58, veut caractériser par sa description: (( molaribus super lingudB extrema appulsis exprimitur. » Ainsi le témoignage de l'histoire vient confirmer la théorie, et je demande, en face d'un témoignage aussi clair, quel motif ferons-nous valoir pour effacer ce différent rictus des lettres c, k et q, si nous voulons reproduire les sons antiques? La modeste expression du plus célèbre des linguistes contemporains: «The guttural contact is palpably shifted from place to place », s'appuie inébranlablcment sur les témoignages de l'antiquité, parmi lesquels celui de Terentianus Maurus est, dans toute son obscurité, d'une clarté absolue, il chante :

^ Lect. on the Science of Language, II, p. 105. Brùcke, Physiologie und Systematik der Sprachiaute, p. 44,

<i Quia qui locus est primitusunde exoritur C, Quascunque deinceps libeat jugare voces, Mutare necesse est sonitum quidem supremum, Refert nihiluro,^ prior an Q siet, an G. »

Malgré cette différence constante entre les trois lettres, je le sais bien, les Romains ont supprimé, à une époque donnée^ là distinction orthographique du c et du A, et il y en a eu qui discutèrent la proposition de supprimer aussi le q, Mais ces tentatives sont-elles issues d'un essor de perspicacité linguistique? Sont-elles plus scientifiques que les principes qui dictaient en 650 un quaimento pour caemento (Maffei, p. 171.)? Voulait-on en effet ne pas rendre un son guttural quelconque, mais donner une transcription précise de la lettre c S quand, nonobstant ces tentatives de régler l'orthographe, on employait sans règle, l'une pour l'autre, les gutturales? Nous n'y voyons que des tâtonnements plus ou moins aveugles d'un esprit qui s'égare, fort éloigné de la tendance consciente de conserver fidèlement les sons caractéristiques, et nous n'hésiterions pas à mettre ces tentatives à peu près sur le même niveau que représentera chez nous l'essai ingénieux de publier une « Lehrer-Zeitung »^ rédigée dans l'orthographe simplifiée au gré des maîtres de nos écoles primaires.

Nous avons ici une question d'histoire d'orthographe. Pour marcher solidement au devant de la discussion, il faut peser la valeur d'une telle particularité. Quand ce changement s'est-il opéré? Ce temps est-il significatif pour le but dans lequel il a été tenté? Pourquoi l'a-t-on introduit? Jusqu'à quel point prouvera-t-il une identité des sons qu'on

^ Diez s'obstine, dans la Gramm. , p. 250, à ne pas reconnaître cette tendance d'indiquer seulement le son guttural, et pourtant il rend témoignage à l'incertitude qui plane sur l'histoire de l'assibilation ! Schuchardt, p. 164 suiv., en donne les preuves.

s'est plu de substituer, dans récriture, les uns aux autres? Ne traitons pas ces questions à la légère, pour ne pas nous rabattre à des déclamations sans sel, à enjoliver, comme Faust le disait, des vétilles humaines.

Quant à l'époque où cette orthographe uniforme pour les deux ou les trois lettres c, k, q, a pris place chez les Romains, nous n'aurions qu'à reproduire les exposés si sobres et si clairs, dans lesquels Brambach (Neugestaltung der lat. Orthographie, p. 17 suiv. et p. 218 suiv.) a raconté cette histoire. Il fixe comme période où les Romains commençaient à réfléchir à la forme de leur langue, à établir des théories, l'an 514 de Rome, soit 240 avant notre ère, et il nomme l'orthographe établie sous les premiers empereurs le résultat des théories diverses, avancées par les hommes lettrés. Il y a là quelques faits frappants. Ainsi César surveillait avec un soin extrême la correction orthographique de ses décrets. « Ut nautae scopulum, disait-il, sicfugiendum est insolens atque infrequens verbum '». Le premier maître d'école, Spurius Carvilius Ruga, commença par introduire la gutturale média g ^ au commencement du Vl^n^ siècle. Ennius, au milieu du même siècle, doubla les consonnes, Accius, les voyelles; et celui-ci distingua cet g, écrivant le dernier devant v : qvam, qosa, peqvnia, et laissant à l'a le k, à Yi le c ^. Les innovations d' Accius n'ont

pas été durables. Lucilius versa sa verve satirique sur les théories du célèbre grammairien relatives aux voyelles, sans

toucher à celle sur le q. La fixation de l'orthographe romain^ date de la période de 54 à 200 après J.-C. Dans ce

^ Le g existant sur le sarcophage de L. Scipio Barbatus en 456 et sur l'as de Luceria avant 485, Carvilius n'est pas l'inventeur de cette lettre. Plutarque, Qusest. Rom., p. 277, D.

* Macrob. Saturn., 1, 5,

■ Voir Ritschl, Rheinisches Muséum fiir Philologie, XVI, p. 613.

temps, on ne cherche plus les moyens de compléter les signes, on réunit, on examine les résultats, on cherche la règle pour enchaîner le libre élan de l'individualité. C'est le temps préparatoire pour les travaux des grammairiens classiques, qui, dans la période de 200 à 600, formulaient définitivement les lois de l'orthographe, restée dès lors sans changement. Je ne saurais me passer de transcrire ce que Bram. bach ditde cette époque: « Wenn wir die Leistungen dcr Grammatiker vom dritten bis sechstcn Jahrhundert ùberschauen, sozeigtsich ein bedeutender Rûckschritt im Umfange des Wissens. Dagcgen weist die Sprachbildung, welche durch die Autoritàtcn Donat und Priscian vertreten wird, eincn Stillstand auf, welcher den lebcndigcn Lautwandlungen des vierten, fùnften und sechsten Jahrhunderts nicht mchr in allen Theilen entspricht. Die Formenlchre, wie sie durch die Grammatiker des ersten und zweilen Jahrhunderts gebildet worden war, krystallisirte sich ; sie schied sich seit dem vierten Jahrhundert von der lebendigen Sprachc ab, indem die Volkssprache in den verschiedencn Theilen des rômischcn Reiches eigcne Wcge der Forlentwicklung einschlug. Die Schulgrammatik repràsentirte bis zum siebenten Jahrhundert die Sprache dcr Gebildeten, und nur \venige Abhandlungcn, wie die ûber die Aspiration und iibcr die Buchslaben B, V, zeugen von dem Eintlussc dcr modernen Lautwandlungen auf die Schriftsprachc.»

Nous sommes préparés à bien écouler ce que les grammairiens de cette époque nous diront. Je ne leur demande ici que leurs informations sur la question spéciale que nous traitons, sur le remplacement du k par c. Le premier témoin pour ce remplacement est Scaurus ^ Voici comment il s'exprime: fn K quidam supervacuam esse litteram iudica-

* Brambach, Die Verwandtschaft der Laute K, C, G, p. 208 suiv.

verunt, quoniam vice illius fungi c satis posset, sed retenta est, ut quidam putant, quoniam notas quasdam significaret, ut Kaesonem, utkaput ctkalumniam et kalendas; bac tamen antiqui in connexione syllabarum ibi tantum utebantur, ubi a littera subjungenda erat.» Y a-t-il là une trace d'hypothèse qui identifie les sons de cet &? N'est-ce pas plutôt le contraire dont on tenait compte en affectant une pareille substitution? Car cette tendance sui^passait de beaucoup Téchange du c et du fc ; suivant l'exemple de Varron, on excluait aussi le y et le A du nombre des lettres à écrire. Et suivez de près les expressions de tous les grammairiens dont Brambach a réuni les déclarations p. 209 à 215; et dites ce que vous pensez de ces quidam qui font ici la loi. Qui sont-ils? Quelle était leur capacité, leur compétence, leur autorité? Il faudrait violenter l'antiquité pour baser une opinion relative à des nuances de prononciation sur de telles expressions. Les anciens grammairiens, eussent-ils été des linguistes accomplis, et nous connaissons leur force par les essais d'étymologie dont Varron a défiguré son livre De lingua latina, ne sauraient signaler ainsi un son vibrant dans la voix qui parle, ils discutent bien des manières d'écrire presque sténographiqucs, si bne peut s'écrire pour, bene, dcimus pour decimus, cra pour cera, knus pour kanus. Mais avaient-ils l'oreille pour toutes les nuances de son? Et les confusions dans lesquelles ils se perdent, n'exigent-elles pas que nous supposions les nuances , existant dans la vie, mais se troublant devant leur esprit peu exercé à concevoir de telles finesses? Scaurus le dit bien : « Nqm non fuerunt tam imperiti antiqui, ut k servarent, si aliam litteram idem sonantem habuissent.» Or, les anciens aussi bien que les modernes ont conservé le k, preuve de ce qu'ils n'avaient pas, dans leur alphabet, de lettre qui aurait

donné le même son. L'orthographe latine, tout en laissant à la vive voix le soin d'articuler nettement les différentes nuances, se fixait arbitrairement, pour éviter toute variation, par les usages, par la mode, par des goûts individuels, en un mot , par le degré de culture de ceux qui parlaient. Nous faisons aujourd'hui tous la môme chose, et, plus une langue est riche, plus elle sera fatalement poussée à signaler à l'œil vaguement ce qu'elle ne peut exprimer avec Une netteté absolue. Voudra-t-on effacer cette énergie dévie pour établir une prononciation imaginaire, dans laquelle on ensevelirait la forme classique du langage qu'on a créée par ses théories?

Il faut cependant supposer que les Romains savaient pourquoi ils remplaçaient le k parc. Quintilien (I, 1, 10.) déclare que le k est inutile : «quum sit c, quae ad omnes vocales vim suam perferat. » Voilà ce qui est spécieux, sans nous expliquer quoi que ce soit, sans ôter à cette vis du c le son qui pouvait se modifier, tantôt en sifflante, tantôt en gutturale. Nous n'oublions pas l'histoire de ces lettres. La période classique du latin présente déjà les formes gobius, grabatus, gummi, pour les grecques qui s'écrivent par k 1, les classiques remplacent leur nec otium par negotium, le grec Zakynthos par Saguntum. Le moyen-âge est inépuisable en modifications de cette sorte. Les Italiens ont gardé presque partout le c latin, les Espagnols le remplacent par g. Rapports et différences s'y font sentir d'euxmêmes. Cette inclination naturelle du c vers le g est si sûre que Probus la caractérise expressément en disant : «Vcterum consuetudine scribitur.» Les anciens Romains avaient donc un son à part pour le c, un son qui n'est pas égal à k,

^ Comp., enilalien, Gaëta, en français, glas, gras. Diez,Gramm., I, p. 244.

parce qu'il inclinait vers le g. Comment pouvaient-ils remplacer l'un par l'autre? Les grammairiens reconnaissent que g est un son différent de leurs c et fc, et néanmoins ils les ont substitués l'un à l'autre. Scaurus discute un gaunaœri à côté de caunacen, un gamelum à côté de camclum, et pour ce second mot, l'origine sémitique nous prouve l'originalité du son g. Si Caper est assez prudent pour demander qu'on écrive iwngenii^ et non, noiicentiy et si Agrœcius en tire la distinction de triceni comme distributif de tricenti, et de trigeni de triginta, nous n'avons qu'à les écouter, et le reste de leurs élucubrations pénibles ne changera rien à ce résultat établi : ils aspirent à simplifier l'orthographe, et l'histoire des peuples nous garantit la justesse de l'observation qui date l'orthographe simplifiée d'une langue de l'époque où la force vitale de cette langue commence à pâlir.

Loin donc de reconnaître que cette histoire de l'orthographe c pour k fournirait une preuve de Videntiié dans la prononciation des deux lettres, nous y voyons, tenant compte de la manière dont le g et le g ont compliqué cette évolution S un témoignage irrécusable ^o\ïv\di diversité des sons, quelque grande, quelque petite qu'elle fût, et s'il y a eu certains Romains, des hommes d'ailleurs de toute autorité, qui s'efforçaient d'éteindre pour la vue cette diversité, ontils pu faire pénétrer leurs idées particulières dans la substance mêipede la langue latine? Il y a des dialectes romanes qui, comme celui de Logoduro, rendent le c sous les mêmes conditions, tantôt par ch, tantôt par z: chanter,

* Dans les inscriptions de Falisca (Faleria) , interprétées par Hnschke (Zu den altital. Dial., p. 821 suiv.), le c remplace le g en cavia, le q en cuando, et se trouve renversée pour des noms de femmes en ca pour cavia, et en cesula, p. 825.

— séchera, chiga et zegu, zertu, zibu ^ Et quant aux Romains eux-mêmes, n'avaient-ils pas aussi deux prononciations du

g selon qu'il fût suivi de e ou de a? ^ Une orthographe une fois généralement établie aurait sans doute eu la puissance de mutiler, à pas lents, aussi les sons de la langue, si celleci était arrivée à s'altérer ou à se décomposer. Ainsi on écrit en allemand : in die Schanze schlagen, en rendant, sans y penser, le français chance. Mais l'orthographe ca, co, eu, pour ka, ko, ku, a-t-elle exercé cette influence sur la langue latine?

Tout porte à croire que les Romains distinguaient, avec une grande précision et avec une mâle netteté, surtout les consonnes en prononçant leur idiome, puisque dans les consonnes, comme dans le squelette d'un corps animé, se révélait la véritable physionomie, le génie de leur langue. Nous n'avons qu'à relire ce que Herzog en a dit *: « Nur sind es nicht sowohl die Forderungen eines schônen Rhythmus, als vielmehr die eines nachdrûcklichen^ logisch bestimmten und stark in die Ohren fallenden Tons, welche in Form und syntaktischer Ordnung wirken. Vergleichen v\ir oskisch saahtum, Pupdiis, pruffed, upsed mit lateinisch sanctum, Pupidiis, probavit, operavit, umbrisch rehte, pihaclu, benust, benuso, mit recte, piaculum, venerit, vencrunt, so leuchtet ein, wie viel mehr rhetorischen Charakter die lateinischen Formen haben, und wie der Unterschied eben besteht in der volleren Wahrung der Integriiài des Consonantismus, beziehungsweise in- und auslautender Sylben.» Nous rencontrons dès le début de l'histoire romaine les trois consonnes fortement articulées &, ceiq. Leur dif-

^ niez, Gram. der roman. Sprachen, I, p. 254.

* Corssen, I, p. 92.

* Bildungsgeschichte der griech. und lat. Sprache, p. 151.

férence naturelle est fixée par les diCFérentes voyelles avec lesquelles originairement elles s'énonçaient. Merkel (Physiologie der menschl. Sprache, 1862) ne reconnaît pas cette différence. Les quelques remarques queSteintbal lui oppose (Zur Physiologie der Sprache, dans sa Zeilschr. fur Vôlkerpsychologie, Vol. v, p. 89), montrent ses erreurs. Puisj en se modifiant avec le temps, en analogie avec la transformation de l'ombrien ahtud en un latin agito, comme toute la langue latine, soitpar l'influence des arts et de la culture étrusque ou grecque, soit, plus pleinement, par le développement de la rhétorique publique à Rome, ces nuances primitives s'approchaient l'une de l'autre sans s'éteindre, et le manque de critique vraiment linguistique pouvait ainsi s'égarer à effacer enfin pour la vue de fines nuances qui restaient arrêtées pour loreille. Nous appuyons ce résultat finalement sur trois considérations, en premier lieu sur la confusion, dans l'usage romain, de H et ci devant une voyelle; en second lieu, sur l'existence du son assibilé du c, aussi bien dans les langues italiques en dehors du cercle latin, que dans les langues romanes après la chute de l'empire ; enfin, sur l'analogie évidente des racines latines avec la forme sanscrite, analogie déterminée par la place qu'occupe le latin sur l'échelle des idiomes indo-européens.

Si, à une certaine époque de l'histoire, on a confondu en parlant et en écrivant les lettres ^ et c suivies d'un i et quelque autre voyelle, et nous allons voir si en effet on l'a fait, nous devons nous demander comment ces deux sons pouvaient-ils se confondre? Et remarquez bien, la question, quand que cette confusion ait eu lieu, ne change rien à cette nécessité de l'expliquer. Elle a eu lieu une fois, aussi bien devant ia, io, te, ii, iu, donc li, ci devant une voyelle, que même sans voyelle. Cela suffit, comment y est-on arrivé?

Max Mùller ' répond de la manière la plus simple : Ti peut naturellement, dit-il, devenir par l'assibilation to*, mais si ci est égal à ki, et que ki ne devient pas tscAi^ les deux sons ne peuvent jamais se rencontrer, quelle qu'en soit la dégénération, et aucun Romain, ni en Italie, ni en Afrique, aurait pu exprimer renuntiatio par renunciacio, si le c n'avait pas eu un son sifflant, qui, en s' altérant, descendait naturellement à la sibilante. Voilà un fait capital, et dès lors nous comprenons la minutie scrupuleuse, avec laquelle les historiographes d'entre les latinistes modernes se sont donné carrière à constater l'histoire de cette identification, d'un siècle à l'autre, ainsi que la divergence des résultats, auxquels ils sont arrivés définitivement. Des voix de haute autorité sont d'accord à déclarer qu'aucune confusion de ci et de li (di) ne se rencontre avant le V"™^ siècle, et que H s'est assibilé plutôt que ci 2. D'autres ne cachent pas que l'assibilation des deux lettres doit avoir pris place très-tôt, puisque les traces en remontent aux plus anciens documents 8. Là sans doute interv'icnt la règle des grammairiens qui dans la prononciation sans assibilation de H devant une voyelle marque une faute *. Corssen en voit en viciens, tri-» cienspourvicentiens,tricentiens,enAcherunsia,Hortensius, Leucesic, Valesium (Krit. Beitràge, p.469 suiv.). Que l'assibilation de H depuis le il"™® siècle de notre ère était générale, voilà ce qui est aujourd'hui devenu une sorte d'axiome

* The Academy, 11 , p. 148. Cette altération dans la physiologie des sons est constatée par Schleicher, Zurvergl.Spracheng., p. 145 Comp. Schuchardt, I, p. 150.

* Corssen, I, p. 50 suiv., et Brambach, p. 210 suiv. ' Diez, Gram. der roman. Sprachen, I, p. 252.

* Pompeius, In libr. Donat. de barbar., p. 424. 11 dit (au V* siècle) : «Fit hoc vitium; quotiescunque enim post *« vel di syllabam sequitur vocalis, illud H vel di in sibilum vertendum est. »

— cochez nos critiques. Celle de ci doit, selon eux, être beaucoup plus récente (Schuchardt, I, p. 162), parce que: 1° il y a moins d'exemples de cette prononciation dans nos monuments, et 2» la prononciation italienne ne s'y est pas rattachée. Consentius, Pompeius, Isidore parlent de l'émission de H comme zi ou z, ils ne font aucune mention d'un tel son pour d. Je ne veux pas m'informer de ce qu'on appelle ainsi d'anciens documents , je n'insisterai pas non plus sur ce qui va de soi, c'est-à-dire qu'on n'avait pas de raison d'accentuer une prononciation zi pour ci , si c était toujours sifflante; je demande tout bonnement: La différence entre ti et ci était-elle maintenue, oui ou non, sous les premiers empereurs? Et pour la réponse, nous ne passerons pas par toutes les péripéties des recherches de nos critiques ; les plus sévères d'entre eux sont fatalement entraînés à ébranler les plus solides fondements qu'ils viennent de poser. Corssen n'a pas hésité à dresser toute une liste de noms propres qui se retrouvent dans des inscriptions, écrits tantôt par Cy tantôt par t. La voici : Larcins, Lacia, Marcius, Aucius, Mucius, Accius, Cacius, Siccius, Abucius, Minucius, Caiacius, Munacius, Neracius, Veracia, Volcacius. Qui se serait attendu à voir expliquer cette différence par l'existence d'une double dérivation de ces noms? Comme si l'usage populaire à Rome s'était dirigé, quant aux noms, d'après les règles de quelque recherche étymologique ! La même racine donne plutôt heu à plusieurs formes, comme Valesius et Valerius, Quintus et Quinctius. Nous aurons beau promulguer des lois suivant lesquelles les Romains auraient dû procéder, la question restera ouverte de savoir si jamais ils se sont conformés à de telles lois. On tient à cette différence du son, motivée par l'origine des mots, on croit être sûr de ce que les Romains ont, suivant l'étymologie, toujours

écrit et prononcé par ci les mots; condicio, dicio, solacium, Albucius, Marcianus, et par /i: contio, convitium, indutiae, nuntius, otium et negotium, setius, suspitio, Sabbatius, Martialis, Lucretius, Quintius, Agatius. Pourtant une inscription de l'époque de Septime Sévère donne pour Adiabenicus Azabenicus *, et cette orthographe n'est pas sans analogie, ni en osque, ni en grec. Si Ton veut négliger un tel document, on peut bien tirer du silence des grammairiens, relativement à la nécessité de distinguer ces sons, la preuve de ce que, dans les anciens temps, il n'y eût pas encore à craindre quelque confusion, et que celle-ci n'ait envahi la langue romaine que plus tard ; et puis, il est aisé de constater que des temps des premiers empereurs les inscriptions n'en offrent « so gut wie keine Zeugnisse. » Quelle expression louche ! Hûbner reconnaît deux courants, deux formations parallèles, l'une par c, l'autre par t, et il croit pouvoir les distinguer d'après l'origine ethnographique des monuments ^ Cependant il mentionne ingénument la formule officielle des Magislri vicorum, qui en 136 après J .-C, donnent à un quartier de Rome le nom de Victis mundidei. Ces messieurs auraient bien dû consulter nos philologues pour savoir qu'avant le V"^® siècle il fallait écrire munditiei. Ou bien, avaient-ils quelque affectation pour la diction africaine, à laquelle on attribue le collactitio d'une inscription, Or. 74-19, les terminadones , defenidones de Med-

* Hiibner, Neue Jahrb. fùrclass. Philologie, LXXVII, p. 351.

* La liste des mots se trouve dressée, Corssen, I, p. 63. Schuchardt, I, p. 264, Brambach, p, 318. La difficulté à constater exactement les leçons des inscriptions , a laissé sur ce point bien de l'incertitude (comp. Munro, The Academy, II, p. 255 et 323), et les formes : patritius, tribunitia, autrefois lues sur le Marbre d'Aucyra, ont aujourd'hui fait place à de plus correctes, dans les Res gestœ divi Augusti de Mommsen.

jana sous Alexandre Sévère (230), le disposidones, le stacio, etc. En dehors des inscriptions, les documents écrits varient entre les formes : perdicio, racio, iusticia, milicia, nequicia, eciam, écrites tantôt par c, tantôt par ty quelquefois par z(onzias pour uncias de Tan 515, tandis qu'à Arezzo au Vl"^^ siècle se trouve dans un manuscrit gothique unkja), et dans les transcriptions grecques par ^, par t?[ et quelquefois par t: irpcTio, irpcffivTia, et de l'autre côté par x, p. ex. : yeve)teiavei pour Geniciani, irpexcio) etc. Depuis le Vlll"^® siècle le champ est plus libre ; on ne redoute plus même l'influence germanique sur le latin pour expliquer les sons romains qui se transCdrment dans les langues romanes! Voilà pour le H dans ses rapports avec ci. Et après cela, croirons-nous que ci n'était assibilé que très-tard? Corssen enseigne gravement que, sans doute, sur le fond des langues italiques l'assibilation du c devant t est constatée par les dialectes ombriens et volsques V. Ensuite il passe à la latinité récente, et y reconnaît des orthographes telles que provinsia, felissiosa, Luziœ et Urbitcius. Fait curieux! L'assibilation avant et après ; entre les deux termes, fut-elle donc abrogée? Depuis quand est-ce là la marche des langues? Il faut bien avoir une certaine aversion contre de telles formes pour arriver à la distinction par laquelle Corssen s'imagine d'ôter toute difficulté, qui se dresse contre son hypothèse, la distinction entre les mots appellatifs et les noms propres, ou celle du langage des c Gebildeten » , en opposition avec les « Volkssprachen » . Tout cela est ici arbitraire. Je ne m'ar-

1 Ces dialectes offrent pour Tassibilation de ti une analogie bien frappante, si le nom de Voltio à Faiisca (Huschke, Zu den altitaL Dial., p. 835) est en Ombrie Voisins, 0. Millier, Etrusker, I, p. 437. Corssen donne du reste pour l'assibilation de ti les exemples : combiilançiust, purtinçiust, I, p. 63.

rête pas à réfuter de pareilles distinctions. Pour ce qui est des noms propres, et des noms appellatifs, L. Tobier en a fort bien esquissé les rapports et les différences dans Lazarus et Steinthal, Zeitschr. fur Vôlkerpsychologie und Sprachwiss. 1866, vol. IV, p. 68-77. Quanta séparer d'une façon orthographique le dire des gens du peuple de ce qui à Rome était estimé comme langage du beau monde, j'avoue de me trouver trop peu édifié du premier pour m'y aventurer, malgré que, outre le parfum que Plante et les Inscriptions provinciales en exhalent, les graffiti de Pompéi m'aient bien souvent charmé par leurs gentilles aberrations de la diction classique. A un moment donné les deux sons se sont confondus dans la vie romaine, l'histoire le montre. Sans cela, je n'indique qu'un cas, le français n'aurait pu faire espèce de species, et espace de spatium. La confusion a donc été possible, et elle a, quelque part, eu lieu. Les dates n'y changent rien, ni les lieux. C'est sur le terrain de la langue latine elle-même que la confusion s'est opérée, qu'elle doit être comprise et expliquée. Max Mûller nous en a déjà indiqué le chemin.

C'est ce chemin que va justifier une observation attentive des principes, sur la base desquels la langue des Romains s'est transformée en langues romanes ^ Si les Romains n'a-

^ Nous employons ces termes, sans nous cacher qu'il y aurait quelque inconvénient à ne pas tenir ici compte des opinions qui poursuivent les origines des langues romanes plutôt dans l'ancien gaulois. Au moment où je corrige mes épreuves, paraît le livre de M. A. Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française (Paris, Firmin Didot, 1873), riche en intéressantes aperceptions de phénomènes historiques, mais dénué de profondeur en fait de connaissances linguistiques. L'auteur adopte et complète les idées de Dora Paul Pezron et Dom Jacques Martin. Croyant le français original, il tâche de prouver que le gaulois résista à la domination romaine, pour prendre, à l'arrivée des barbares, le nom de langue

— savaient pas de sifflante c, organiquement rangée dans leur alphabet, les langues romanes d'où auraient-elles pris ce son? Tous les idiomes influencés directement du latin offrent cette distinction de son pour la même lettre c écrite, le ç devant e et t, le k devant a, o, u. On s'écrie avec emphase que devant e et i les langues romanes ont partout perdu le son guttural. Mais je demande: L'ont-ils jamais eu? Le latin le leur avait-il réellement apporté? Les langues de l'ouest ont toujours la sibilante c (l'espagnol z, le provençal tz ou 5, le français s ou z, nonobstant la loi de permutation des gutturales qui vient s'y mêler) ^ les langues de l'est la palatîile c. Il mérite bien d'être accentué ici que l'une ou l'autre de ces langues tient avec acharnement à sa naissance latine, et qu'elle sait s'en vanter, en rapportant ses origines au cœur même de la vie romaine. Telle est la langue des Valaques. Ecoutons cette pièce de vers que Vaillant », dans sa description de la Roumanie, rapporte

romane. Cette langue était parlée par les illettrés, elle était distincte du latin et repose sur un système philologique opposé au latin. S'il en est ainsi, on s'attendrait à une critique des restes de la langue gauloise que nous possédons en dehors des patois romans, dont M. Granier de Cassagnac se sert avec beaucoup d'adresse pour ses démonstrations. Mais ces lettres écrites n'entrent guère dans le cadre des considérations de l'auteur. Combien des mots gaulois que les anciens nous signalent expressément comme tels, saurions-nous retrouver en français? Quelques-uns, sans doute, comme ;u«(7utame, lieue, terre glaise, verveine, etc. Il y a là un champ très-vaste pour des recherches ultérieures, et nous désirons qu'il soit bientôt soigneusement labouré. Pour nous, nous pouvons en faire abstraction quand il s'agit de la prononciation du c. Car. puisqu'on a su nier l'existence de la sifflante ç en gaulois, nous serions arrêtés, la trouvant en français, devant le même problème. En effet, les langues romanes l'ont dans les mots dont l'origine est gauloise, aussi bien que dans ceux qui proviennent du latin.

» Diez, I, p. 249-252.

» Voir Le Tour du Monde, 1868, 1 (De Paris à Bucharest, par Lancelot), p. 297 suiv.

comme révélant les progrès rapides de la poésie et le retour de la langue à ses origines latines :

Némul t'éri Moldavi de unde derad'a

Din fera Italii tôt omul se cred'à

Flacù antèiu, apoi Traian au adus pe aice

Pre stremos'i questor t'éri de nemu eu ferice ;

Resadit au t'érilor hotarele tote

Pre semne que staù in veci à se vedè pote

Sei cù vit'a questi nem, t*éra romanesca

Implut au Ardialul s'i Moldavenesca

Semnele staù de se vid de deusul fâcute

Turul Severinulùi se custa*n vremi multe.

Le peuple, qui revendique si fièrement l'origine romaine, voit en Flaccus, puis en Trajan, les fondateurs de sa nationalité, de son bonheur et, cela va sans dire, de sa langue. En effet, c'était sous Trajan que les Daces reçurent le droit de province romaine. Eutrope rapporte (VIII, 6) : « Traianus victa Dacia ex toto orbe Romano infinitas eo copias hominum transtulerat ad agros et urbes colendas. » Aurélien céda en 272 la Dacie aux Goths, et en transporta une partie de la population en Mésie. Nous avons donc là des dates précises sur l'origine des deux dialectes valaques S et nous devons supposer que les éléments latins de ces dialectes nous rendent fidèlement le génie romain '. Nous aurons à dire la même chose sur la langue de l'ancienne Rhétie, qui, lorsque le pays tomba entre les mains des Germains,

^ Sulzer, Geschichte des Iransalpinischen Dakiens, p. 40. Deux mots seulement : tzenterimu répond à cœmeterium, otzet à acetum, vinge à vincere.

• Voir : La Société littéraire de Bucarest et rorthographe de la langue roumaine, par M. Emile Picot, dans la Revue de linguistique, T. II, 1 (juillet 1868), p. 78 suiv. Les deux c roumains se distinguent clairement dans le mot càciulà, bonnet de peau de mouton; ils deviennent méconnaissables par les lettres cyrilliennes.

se réfugia dans les montagnes des Grisons, et dans ses deux dialectes s'appelle encore fièrement c antiquissim lungaeg da l'aulta Rhaetia » ^ Mais je me borne au français. Voici quelques observations qui ne manqueront pas de trait pour éclaircir notre question :

1<^ Le g français ne provient jamais de la sifflante c en latin, mais toujours de la gutturale: gras, seigle, narguer, aigu, église, et pour réunir tes deux sons en un mot, cigogne. Qu'on compare avec cette formation l'origine de égal, aigle, en aequus, aquila \

2^ Le s français provient du c sifflé latin en sangle, oiseau, souris, plaisir, loisir, voisin. Si nous rencontrons là, d'un côté, le mot cuisine qui vient de coquina, et, de l'autre, pour sciuriolus le français écureuil, comme écueil, écueUe, de scopulus et de scutella, nous n'avons que des exceptions qui prouvent la règle ». Car quoique le g de fragea devienne fraise, et le ch de brachium, bras, jamais le k latin n'a été remplacé par le s français, et les ss latins donnent toux, roux, comme les c qui modifient la voyelle,

* Comp. Planta, Das alte Rhaetien, p. 218-219. Les noms rhétiens qu'il y cite comme romanisés sont fort instructifs.

* Depuis que, surtout par les travaux de Diez, la grammaire française a commencé à être une science, on s*est occupé avec zèle à classer les observations de faits pour comprendre la formation des mots. Dans la Suisse Romande ces travaux sont popularisés par plusieurs essais de M. Cyprien Ayer. Nous renvoyons avec plaisir à ses articles: De la permutation des lettres dans la dérivation française, insérés dans VEmulation de Fribourg, T. III {Consonnes gutturales, p, 313 et suiv.). 1854 et 1855.

' Le changement du latin se initial en esc, puis en ec, provient de la difûcullé que les Romains amollis de la décadence éprouvaient à prononcer les se, sm, sp, et initiaux; « ils y ajoutèrent de bonne heure un I, qui facilitait l'émission de cette consonne composée en la dédoublant. )» Brachet, Dict. étymoL, p. 216. Le bas-latin connaît un squiuriolns, d'où l'anglais squirrel, reproduction exacte du grec ox^oupoç.

voix, noix, paix, dix. De otium vient oisif, de calceare chausser*, comme génisse, paroisse, à côté de fournaise, raisin. Savoir, anciennement sçavoir, descend de scire, comme scire, sciscere de secare. '

3® Aussi le t français tire son origine du c sifflé en flétrir, croître, paître, exactement comme le z le remplace en lézard, onze, douze, treize.

A^ ç français est tantôt c en latin, ciel, décéder, face ', facile, acide, tantôt un simple 5, cidre, sauce (salsa), foncé (fonds), tantôt un dental assibilé, le t devant i: place, noces, gracieux, grâce. Le plus marquant de tous les exemples serait ici ce^ si l'explication de ce mot par ecce istum * était sûre.

5^ Une chose qui frappe, c'est que le français ch remplace avec une variation de voyelle le son du latin ca : cheval, chef, chien, chose, chou, tandis que devant eiu la gutturale reste. On sait que pour un grand nombre de mots les formes ca et cAe existent, l'une à côté de l'autre. Campagne et Champagne, cavalier et chevalier, paraissent d'abord comme formes dialectiques, et se fixent plus tard avec des sens particuliers *. Comme à la fin des mots le ch remplace le son cia et ka (perche [pertica], pistache, comp. chêne de quercinum), l'échelle: franc, franche et France «, gagne un

< Chevalet, Histoire de la form. de la langue franc., II, p. 103.

* Ascoli, p. 273, 3.

' De faciès, expliqué par Schleicher, Deutsche Sprache, p. 56.

* Chevalet, vol III, p. 181.

* Le Picard dit larchin pour larcin. Le patois normand affecte ce son. Comp. Ampère, Hist. de la form. delà langue franc., p. 241. Que ce ch n*est pas franc, c'est prouvé par Burguy, Gram., I, p. 35.

* « Francia, ce mot, dans les cartes géographiques de l'Europe, au IV"' siècle, est inscrit au nord des embouchures du Rhin.» Augustin Thierry, Lettres sur Thistoire de France, II, p, 543. — Ampère parle, p. 243, des anciens: rechevoir, chi, merchi.

singulier intérêt. Mentionnons encore : chiche, farouche, mordache, moustache, formes pleines de lumière quand on les compare à la transition de ciccus en chicane, chicot, chiquet.

6® Nous ne voulons pas passer sous silence enfin, que les paysans à l'enlour de Paris prononcent la gutturale à la place de la dentale , disant amiquié pour amitié , tout comme les Grecs rendent, au contraire, le sanscrit k par t en T€, TOI (Bopp, Gram. comp. I, p. 138), Téccape; (quatuor), irévTe (quinque), ou que les dialectes populaires de Rome, les enfants proféraient c pour t, g pour rf, selon Quintilién, 1, 11, .5. Schuchardt (I, p. 158,) a recueilli un certain nombre d'analogies d'autres langues.

Il n'y a donc pas de doute sur la nécessité de supposer que le français , au moment où en se formant il mélangea son fond gaulois avec du latin, trouva le c sifflant dans cet idiome. Mais, nous l'avons dit, on y parle d'une dégénération préalable dans le domaine de la langue latine ellemême. Qu'on veuille me dire quand et comment cette dégénération a pris place. Aussi loin que nous pouvons poursuivre les traces des éléments constitutifs de l'ancien latin, partout se rencontre une certaine assibilation du c, suivi des voyelles e et i. Les dialectes de l'ancienne Italie en font foi. Dans la Calabrie une langue indo-germanique était répandue, distincte sous bien des rapports de la famille italique, et cependant se rapprochant, sous d'autres, du romain, le dialecte messapien. Le c n'y existe pas; là où il paraît en latin sifflé, il est représenté dans les inscriptions messapiennes par s ou par z. Max Schmidt (dans Kuhn, Zeitschrift, 1871) en a réuni les exemples. Le plus frappant en est le nom de la famille des Decii qui s'y trouve sous la forme de Dasioi (Liv. XXI, 44), forme à laquelle se rap-

portent aussi le Medella Dasmi de Canosa (687 de Rome) et le Dazimos (Dazimas, Dazomas) des tables d'Héraclea *.

Les Ombriens avaient la même assibilation, le ci romain y paraît tantôt comme ci (çj) et si (sj), tantôt comme s, et ti devient également si (sj) et s'écrit souvent ci (çj), ou comme ç. Toute incertitude est exclue ici, car les Ombriens se servaient, d'une lettre particulière pour distinguer du son k cette transformation, delà lettre b '. Nous apprécierons des formes telles que : çesna, iseçetes, façia, proseçetis, deçe, desenduf, Sançie (Sansie), vestiçio (vestisia, vestisa), pase, quand nous réfléchissons à la différence établie entre kurnaçe, devant e, et curnak (lat. cornix) ou kurnako. La fluctuation entre puprike et puprise , et les formes Naharce , Tuscer, laissent entrevoir, soit un certain vague dans la prononciation, soit un laisser-aller dans l'orthographe, si la prononciation était la même/ La combinaison de çl (struhçla, tiçlu, kurçlasiu) répond peutêtre au sanscrit çr.

Les Osques, dans les riches restes qu'ils nous ont laissés de leur vie agitée, n'ont aucune trace de cette sifflante, tous les c latins étant des k en osque, par ex. PK pour Pacius ', Paquius, Viinikiis, Herukina, Viskinis, Juvkiiui (de Juv, lat. Jupiter*), Kenzstur; ils écrivent aussi pour le q kv, comme kvaisstur, kvirinis. Nous devrions avoir oublié l'histoire de leur pays pour ne pas présumer une influence très-large d'éléments grecs sur la civilisation osque. Il suffit d'observer encore aujourd'hui le costume et les

* Mommsen, Unterital. Dialekte p. 71-72 et p. 80-81.

■ MommseD, p. 22, explique cette forme. Lèpsius. Inscr. Umbr. p. 156. .\ufrecht-Kirchhoff, Die umbr. Sprachdenkm. II. 25, 40, 51.

• Enderis, OskischeFormenlehre, p. 11-19.

^ Dans la même formation les Ombriens disent Kastruçiio. Enderis, p. XXIII. 3.

mœurs des indigènes qui peuplent les villes dont nous tirons les restes les plus considérables de monuments osques, pour reconnaître cette origine. La tenuis k des autres dialectes italiques est assujettie, chez les Osques, à des transformations qui ne pourront qu'approuver une prononciation variée du c en latin. Non-seulement k devient g en degetas, Gutta(Cotta), mais l'un et l'autre se perdent dans la faible h': Mahius, Pahius, ehtrad, saahtum ^ D'ailleurs la forme osque Bansœ témoigne pour l'assibilation de H aussi dans ce dialecte.

D'autant plus rapprochées de Rome se montrent les quelques bribes du dialecte volsque que nous possédons. Le comique Titinius doit avoir dit, dans une de ses pièces romaines (togatae) : «Qui obsce etvolsce fabulantur, nam latine nesciunt. » On voit donc que ces langues se parlaient, cas échéant, à la même occasion. Le caractère spécifique du volsque le rapporte très-étroitement au dialecte des Ombriens. Nous rencontrons là une forme décisive, fasia pour faciat, sur un bronze de Velletri. Les Sabins aussi nous donnent pour le latin cena leur scensa* bien à propos.

Je sais bien que ces dialectes ne sauraient prouver que la langue latine ait conservé les mêmes intonations; je sais qu'on pourrait se demander pourquoi les Romains, s'ils avaient une sifflante c, n'auraient pas gardé le signe particulier que les Ombriens avaient pour ce son^ ou n'auraient pas inventé une marque diacritique quelconque , eux qui , lorsqu'ils introduisaient le gf, savaient le caractériser d'une manière si significative en ajoutant au Cson crochet droit G. La réponse me serait impossible. Mais qui expliquera tout ce que l'évolution historique d'une langue produit en fait

^ Mommsen. p. 323.

* Paul, ep., p. 338. Festus dit caesDa, p. 209.

de bizarreries orthographiques? Et puisque les différents éléments, qui se groupent en un mot, pour exprimer une certaine idée, ne sont pas ramassés par hasard, mais suivant les lois de la nature de cette idée, Textérieur d'un mot peut suffire à rendre claire sa prononciation là où ces lois ne sont pas encore troublées par des règles d'une fausse science ^ Les voyelles sont là, a, o, u, pour assurer à la consonne c son son guttural ; là où elle est suivie de e et i, elle est, sans autre marque diacritique, une sifflante. Y a-t-il dans l'histoire de la civilisation romaine quelqu'élément qui aurait pu détruire cette intonation, si réellement elle a existé dès l'origine de la langue latine? Voici venir le moment où il faut élargir l'horizon pour préciser notre fixation des détails par une vue d'ensemble. On ne peut pas discuter les changements de sons et de lettres dans le giron d'une langue sans les comparer avec les changements analogues de langue en langue, surtout de celles qui la touchent par une parenté étroite. Le latin a une place nettement déterminée dans l'ensemble des langues aryennes. Ce qui le caractérise le plus, c'est cette analogie explicite avec le sanscrit dont nous avons déjà fait mention. Il vaudrait la peine de dessiner aussi dans les détails ses rapports avec les langues celtiques et germaniques. Mais pour celles-ci les idiomes modernes qui en sont descendus, se serrent naturellement autour de nous, quand nous allons juger le latin, et, nous l'avons dit, ils ne peuvent que justifier notre supposition qu'en effet les Romains prononçaient le ce et le ci avec une sorte d*assibilation, inimitable peut-être, mais foncièrement distincte du son

* H suffira de rappeler ici les remarques de Wolf sur les deux sons du a en grec. De orthograph. quibusdam grœcis (Kleine Schriften), I, p. 5Hl. Pourquoi n'a-t-on pas appris, par ces remarques, comment il faut juger aussi la multiplicité des sons dans Talphabet romain?

guttural k. Comment le sanscrit se place-t-il à l'égard de cette prononciation? Les anciens grammairiens indigènes ont distingué, par trois signes différents, trois différentes sifQantes. Ces signes différents en empêchent toute confusion avec les gutturales ou avec les palatales. Parmi ces trois sifflantes nous trouvons une qui répond exactement au c latin devant e et t. Nos éminents linguistes sont unanimes à appuyer l'ancienne doctrine des grammairiens indigènes, d'après laquelle la sifflante ç est une altération sanscrite d'un ancien k dans l'aryen primitif, et que les langues de l'Europe se sont tout naturellement prêtées à propager cette différence, en reproduisant, l'une, le son ç là où l'autre a le son k. Il doit nous suffire de renvoyer pour la détermination de cette loi même à la Grammaire comparée de Bopp, vol. I, p. 61-63, et pour le riche trésor de phénomènes linguistiques qui en découlent, aux collections savamment critiques d'Ascoli, dans ses Leçons sur la phonologie comparée du sanscrit, du grec et du latin (trad. de Bazzigher et Schweizer-Sidler), vol. I, ^ 8-21. Nous n'aurons, pour ne pas écrire un volume, qu'une chose à faire, c'est de composer un tableau de quelques racines et de quelques formations, où la sifflante sanscrite se rencontre avec le c dans les racines latines, et nous montre, sans théories chimériques, que les Romains avaient en effet le même son que les habitants de l'ancienne Inde, qu'ils l'indiquent par les voyelles dont ils font suivre la consonne c, et que là où les Latins ont altéré la sifflante sanscrite, la gutturale, indiquée par les voyelles a, o ou w, ou les consonnes qui la suivent, a pris place en force d'une énergie intrinsèque, qui, en modifiant la tendance du mot, en a modifié aussi la forme, mais qui, à son tour, rentre dans l'analogie avec l'aryen primitif. Nous tenons à y ajouter quelques comparaisons, d'un côté avec le zend et les autres dialectes iraniens, de

l'autre, d'abord avec les langues germaniques et celtiques, puis avec les langues slaves, enfin avec cette riche variété d'idiomes grecs, dont si souvent, dans cette discussion, on s'est servi mal à propos pour fixer des lois là où le grec ne peut avoir aucune autorité. C'est le champ où nous aimerions recueillir la moisson la plus riche, et où il nous suffira de ne ramasser que quelques fleurettes. Nous terminerons alors en jetant un coup d'œil dans l'organisme de la langue latine elle-même. Certes, nous ne redouterions pas d'appliquer le scalpel avec toute sagacité pour découvrir dans ce cadavre idéal, ça et là, les restes d'une veine qui palpitait une fois, et qui dans sa mort encore nous rend témoignage de la flamme qu'elle a vu brûler. Mais là aussi un seul, un fugitif regard.

Les trois sons qui se sont partagé en sanscrit le k primitif de l'aryen, fc,* fc' et ç, ont conservé les traces de leur origine dans la manière dont ils se confondent, tantôt dans ''étymologie, tantôt dans la flexion. De même qu'en ak' à côté d'ankas (oyxoç), ark', d'arkas (éclair), uk', d'aukas (domicile), çuk', de çaukas (tristesse), sik', de saikas (arrosement), se trouve l'échange de fe' et k, ç et k alternent en car (dirumpere, xeipw), çirna et kar, kart, en çram, cramas et klanta, klamas (fatigue), niç (nox) et nak, et dans la flexion plus généralement: darç (ÂèpxojjLai) et adraksit, diç (€i)cvu(jLi), diça et dik, naç (périr) et le fut. nanksjati. C'est en analogie avec cet échange de sons dans l'intérieur du sanscrit, que se sont réfléchis les rapports des lettres fc. A' et ç aussi en latin. Et voilà la base organique de la divergence des sons du /d et du c romains.

* Les ouvrages de linguistique ne font pas souvent gémir nos presses. Je suis donc forcé de me contenter de transcriptions à peu près exactes. Qu'on excuse ce manque de précision dans cette partie de notre opuscule. D'ailleurs sapienti sat.

Voici quelques exemples de ces rapports :

K (lat. K).

Ç (lat. C).

kart

kartari

krttis

kupas

Hrp

kravis

kruras

skand

nak

daks

crates

culter

cortex

cupa

corpus

caro

cruentus

scandere

nox

dex-ter

k'akra xuxXo; çatam centum k'andras candidus çad

ruk* vak' park'

luc-eo

voc-are

plec-to

açus

ddça

diç

naç

naç

ce-didi

oc-ior

decem

dicere

noceo

nancisor

ciere

çrad

çra

cru

çraunis çvan

açris

çashpa caespes

credo •cremare clueo (celeber) clunis canis (x;S(ov)

ocris* (acies) kalaças calic-s paçus pecus

Ce tableau n'est-il pas d'une éloquence décisive? Rédigé d'aventure, il parlera pour lui-même. Je n'aurai qu'à ajouter que dans la flexion sanscrite du verbe le ç se change devant s en k^ et dans les substantifs aussi à la fin des mots, p. ex. darç, aor. adraksit et drk (vision); diç, daiksjati, et dik (direction); naç (nanciscor], nak et naks. Car ce changement servira à expliquer pourquoi en latin la sifflante n'existe plus, quand c est suivi d'une consonne. Si le son k' ne s'est pas conservé, le k eiX^ ç reparaissent en latin et se croisent dans l'évolution historique de la langue. Ainsi le redoublement de k se fait en sanscrit par A' (kar [creo] parf. k'akara, intens. k'arkar), et c'est ce même principe d'après lequel cedni descend de cano,

La sifflante palatale se rencontre en zeiid non-seulement pour le ç sanscrit, en dasa, sata, pasa, mais elle remplace souvent le s ordinaire devant t, k et n, p. ex. stâro, étoiles, staumi, je loue, asti, il est, snà, purifier, et cela suivant une disposition à aspirer cette consonne {s dentale

' Festus écrit: Ocrem antiqui, ut Ateius philologus in libro glosseniatoruin refert, montem confragosum vocabant. Voir les citations de rédition d'O. Millier, p. 181, a.

sanscrite). Remarquons encore les zend ci (xeîjjiai), cura (héros), çpan (canis), cru (entendre), dareç (voir). Partout nous y avons comme un reflet immédiat du sanscrit qui se projette jusque dans le latin. Si le sanscrit tus, tosati (rendre un son), répond au zend tuç, le latin tussis devient une preuve irrécusable pour le son ç en latin, tout-à-fait comme le persan sôk (luctus) rend le zend çaoka et le sanscrit çûka, ou Gustap, le nom de 'YcTocdiniç, dans les inscriptions cunéiformes Vistaçpa, ou le kurde pes, le sanscrit paçu. La forme râçta de l'ancien p^^aw est en latin rectus, en gothique raihts, comme les arméniens kapem, kapeal, kapankh rappellent le latin capere (cepi) et Tanglosaxon haft, l'allemand haba, tandis que le huzvârcsch gôrda (de ghardhâ) est en latin hordeum , en grec )tpi3Yi , en allemand Gerste.

Nous venons de mentionner le c latin remplacé par le gothique h. Sans doute, dans bien des cas, le /i y répond aussi au son A, haurnu à cornu, hairtan à cor, xapXia. Mais il est facile à observer que le sanscrit ç détermine cette transition de sons. Je n'en donne que quelques exemples :

Sanscrit

Latin

Grec

Germanique

Çarns,

casmena.

goth. hazjan;

Carmen,

hazeins ;

çana,

cuneus, cotis.

)CWVOÇ,

migl. hone;

çam,

xapw,

scand. hemja ;

çad,

cedere.

anglosaor^^^eniain]

cadere.

goih. hatis;

çata,

centum,

éxaTov,

ail, hundert;

çvan.

canis.

>tU(OV,

goth, hunlhs;

veça,

vicus, (vicinus)

olxoç,

goih. vaihs;

Sanscrit

Latin

Grec Germanique

paçu,

pecus,

goth. faihu;

kapâla^

caput,

xKfixk^y goth. haubith ;

(an-ceps)

diç,

dicere,

^etxvi»|jLt, goth. teihan;

çvaçura,

socer,

é)cupoç, goth. svaihran.

{zend. qaçura)

Pourrons-nous donc avoir des doutes sur le son original du c dans ces racines dont Tassibilation a produit l'aspiration toute pure dans le A?

Les dialectes celliqites nous fourniraient de même un contingent fort considérable d'indices pour la valeur intrinsèque du son c dans les langues aryennes. On permettra à un habitant de la Suisse romande de citer ici le nom de Céligny, enclave genevoise dans une contrée riche en souvenirs celtiques. Dans ce nom reparaît, sans doute, le cefiction de l'inscription d'Alisia: MARTIALIS. DANN. lEVRV. VCVETE. SOSIN. CELlCNOiN etc K Le nom existant, ainsi que sa prononciation, nous sommes en droit de nous demander: Est-ce par l'influence romaine, qui depuis les jours de César s'est fait valoir dans le < pagus » de la colonie romaine de Noviodunum*,que cette prononciation s'établit, ou bien, était-elle l'effet de l'émission gauloise? Quoi qu'il en soit^ tous les dialectes celtiques connaissent cette aspiration duc ensuite de la coïncidence de lettres homogènes ou de la place qu'il occupe dans le mot, aspiration qui va

' R. iselloguel, Ethnol. gaul.,L p. 381, no 187, et rinterprétation savante d' Ad. Pictet, dans la Revue archéol. de Paris, mai 1867, p 318.

* F -D. Gingins-la-Sarra, Hist. de la Cité et du Canton des Equestres, p. 54.

jusqu'à remplacer le cli par le simple h \ de sorte qu'on n'a qu'à rappeler les irlandais sechem (sequiraur), crochad (crucifixio), croch, cruche (crux, crucis), meirddrech (meretrix), et les terminaisons des dérivés en achas, echas, echaire, echide, surtout ach, eih, uch, dont les formes gauloises àcus, ecus, icus et iàcum sont connues par un grand nombre d'exemples , tels que Divitiacus, Turecum, Avaricum, Raurici, etc. 11 est intéressant de poursuivre le développement toujours croissant de cette aspiration dans les autres dialectes du celtique moderne. Je ne mentionne que le cambrique. L'irlandais marcach y est devenu marchauc, le latin circinus, circhinn (comp. ordamcirchinnucu, ambagibus, et archinn, adveniet.).

Mais j'ai hâte d'arriver à des comparaisons avec des langues dont l'influence a le plus obscurci la tenue primordiale de l'ancien romain, ou faussé le jugement sur sa nature. D'abord, les Slaves répondent régulièrement au ç sanscrit, descendant du k primitif, par une sibilante, les Lithuaniens par sz, les autres dialectes, surtout celui des Bulgares, par s. Ainsi szimtas, suto pour çata, szàltas pour le zend çareta (froid), szerys pour çaljas, szu pour sçvan, bulg. svitati pour çvit, sluti pour cru, slava (gloire) pour çravas, visi pour viça des inscriptions cunéiformes, vi<,*pa du zend, deseti pour daçu. Si nous mettons une grande importance sur ces formes, c'est que l'autre changement, celui de k en k' sanscrit, n'a pas d'analogie dans le slave, et puis, qu'il y a partout alors k, comme kas (quis) , kadà (quando), kuriù pour le sanscrit kar, keturi, bulg. cetyrjii pour le sanscrit k'atvar, le zend k'athwar, t^kù pour tak',

* Zeuss (Grara. celt. vol. I, p. 70), en cite Texemple: nipoheloir (pour celoir) dorai digail, non statim dédit ultionem. Voir les lois de celle aspiration de la tenuis, p. 71, comp. vol. II, p. 809 et suiv.

bulg. peko pourlezend pek', lithuanien vilkas, bulg. vliikù pour le sanscrit vrkas, le zend vehrka,loup.

Enfin les Grecs. Comme l'assibilation de ^là donne les formes éoliennes J[aÔeoç, ^arpeçTÎç, ^à vuxto;, ^aêa^*Xeiv *, ainsi le k' sanscrit s'est, en grec, transformé en t, qu en latin : Tuévre, reddapeç, tico, Tip, tiç. Maintenant, si nous comparons Téolien (/icdoç pour picO-jo-;, en latin médius, >.î(y(yo(Jwti, ifL&kujccL, les deux a en s'expliquent que par la même transition de j en sifflante que nous avons accentuée pour le latin ti et ci, Me>.iTJa est antéhellénique, p.eXiT?^a la forme du grec primitif, [ukirGOL transformé en lukiaacL ^, comp. -KavT-da, irav-aa, iraca. Voilà pourquoi ^cgcov, ôp^dca, l'ionien xpéddojv, xpTJdGa, è>.àff(;(ov (comp. êàdcwv), ne sont plus des formules énigmatiques pour les linguistes. Schleicher se rapporte à l'analogie du latin glddeSy en valaque ghiatzè, en français glace, et Curtius remarque la particularité que les aspirées et ^ exercent la même influence que T et X ». Le mot ÔaXadda , auquel la glose d'Hesychius 8oLk(xrf/jx^ (comp. 5aÇa, ^oLkoLGdOi 'HireipÔTai) revendique un 1 radical, est dans une inscription crétoise 3a>.aôôa. Le sévère dorisme ne connaissant pas cette assibilation, elle est donc plus ancienne, provient de l'origine. De là, que les Béotiens préfèrent l'explosiVe dentale quand la sibilante s'y joint. Us disent: ïttw pour ï^tw, erradav pour ec- Tacav, ÈTTia pour éaria, Irôoti pour Tjdôai. La transition de xp^Tca en xpYîTTa est la même. On s'est accoutumé de passer sur de pareilles formes, comme si elles pouvaient se discuter exclusivement sur le terrain de la grammaire grec-

^ Voir les remarques judicieuses de Curtius, Griech. Etymol. p. 544, § 189.

* Schleicher, Zur vergl. Sprachengesch., p. 74. ' Griech. Etymol., p. 596, § 235, comp. p. 600 et suiv.

que. Mais comment donc arriver à une compréhension de tels phénomènes, sans recourir à la lumière primitive qui, par la radiation des formes aryennes, brille ici d'un éclat plus pur, là, à travers les ombres d'éléments disparates? Voyons encore ici. Nous comprenons cd, tt comme provenant d'anciens k; et xj, ne comprendrons-nous pas aussi les ^ issus de dj et yi? Gurtius vous présente âpyupoiue^a pour apyupoirE^-ja, et les béotiens ôepî^Sw pour Gepi^w, p&^^o) pour ps^to, le mégarien p.à^^a pour p.à^a, tous se comparant à l'italien razzo pour radius. Les Ioniens gardaient le ^, eii changeant ra par la destruction de l'explosive. Les Néogrecs donnent au ^ le son d'un s doux, et ils le rapportent à aa comme le son amolli à son élément dur. Déjà à Tarentc on disait ava^w pour i^oLGG<*^, les Grecs récents prononcent Gupidcoj pour l'ancien aupi^^w. Voilà ce qui nous fera apprécier ajuste titre les formes o(j(jo[j!.ai pour o3tjo(Jiai, oculus, et le lithuanien akylas (prudent).

Eh bien, me basant sur ces quelques comparaisons, bien vagues, il est vrai, bien rapidement jetées ici, je demande si l'on peut s'égarer à prétendre que la sifilante c a primitivement manqué à la langue latine, qu'elle n'est que le produit de la décadence de l'idiome mourant? Elle est au cœur des langues aryennes, elle domine, soit en évidence, soit d'une façon latente, des groupes entiers de formes dans tous les idiomes indo-européens, et d'autant plus puissamment, que ces groupes sont plus rapprochés de la forme sanscritique. Le grec est peut-être l'idiome où cette force de la sifflante s'est effacée le plus. Pourquoi? L'histoire de la civilisation hellénique vous y répondra. Et pourtant, nous en saurions poursuivre encore très-distinctement les traces dans le grec. Elles sont marquées d'un caractère ineffaçable dans l'idiome des dominateurs de l'univers.

Si nous terminons enfin ces comparaisons par un cas très-spécial, c'est qu'il nous ouvre bien des perspectives générales. Du thème tri, contracté en tr, le sanscrit forme le nom du nombre ordinal trtiyas, qui, en zend, devient 'tritya. La forme organique, qui a disparu, en était tritya, et c'est à elle que se rattachent le latin tertius (venant de tritius), le borussien tîrtis (ace. tîrtian, sanscr. trtîyam), le lithuanien trecias, par euphonie pour tretias, le gothique thri-djan K L'euphonie du lithuanien se rend garante pour la correction de toute cette échelle, et nous pourrons de là descendre à maintes autres analogies. Mettons à côté de tertius d'abord portio, nuntius, pactio, tinctio (distinguère), et nous serons sûrs, d'un côté, des formes semblables à Angitia (comp. anxius), sortitio, Latium, glutio (comp. ingluvies), de l'autre, des uncia, des adspicio, polliceor, patricius, dicio (comp. au sanscr. diç, regio, ainsi que le lat. dictator au sanscr. dishtam, fatum), des faciès (herinaceus), salacia, fugacis, glacies, glocio (en grec )c>.(o^w, comp. 3tW?^(o), Genucius.

Il ne restera plus qu'une objection à discuter. On demandera peut-être, pourquoi les Romains n'auraient-ils pas exprimé le son que nous venons de revendiquer à leur langue, en la comparant aux autres langues aryennes, d'une manière analogue à ces langues-là, en conservant le k qu'ils avaient anciennement dans leur alphabet. J'y réponds par une autre analogie. Le latin a pour n un son dental, distinct du guttural, devant jf etc, et certainement prononcé. Cependant nous lisons sur les sarcophages des Scipions : œsol, cesor, cosentiont, et dans des inscriptions du IV® et du V^ siècles pareillement: istituerunt, iscribet, et formosus (comp. ambitiosus) n'a jamais été écrit différemment. On

^ Voir Bopp, Grawim.comp. trad. de Bréal, vol, II, p. 238, §322

dit que cet n est tombé. Mais voilà, nous penserions pintôt, avec un lihguiste bien scrupuleux * : «Waere schon anfangs des sechsten jarhunderts der statt das n in cosol, cesor, cosentiont u. s. f. wirklich ausgefallen gewesen, so haette keine inacht der welt es wieder herzustellen vermocht. » Nous savons que les uns récrivaient, les autres, surtout devant un s, ne l'écrivaient pas. De là pares pour parens, et, suivant Hérodien, en Sicile : R>.;np.Yiç, KpTQ(rxYiç, Oùoiknç. D'ailleurs, nous n'aurions qu'à penser aux inscriptions cunéiformes, qui n'indiquent jamais le nasal suivi d'une autre consonne, et ne le supprimaient sûrement pas dans la prononciation^, comme les transcriptions grecques le font deviner, et le néopersan le montre à l'évidence.

Jetons enfin un dernier regard sur le latin lui-même. Je ne cite encore ici qu'un fait de la configuration grammaticale. Pour former le parfait et le supin, les c, g, et qu, précédés de r ou l, disparaissent, on le sait, devant s et /. On dit indulsi, indultum, torsi, mulsi, tersi, alsi, fulsi, mersi, sparsi (Madvig, gram. § 126), et la même loi s'étend aussi à la formation des substantifs, quand on dit parsimonia à côté de parcimonia. ^ Çà et là s'établissent

^ Joh. Schmidt, Zur Geschichte des indogerrn. Vokalismus. I,p. 98 et suiv. — Je prierais de réfléchir aussi à cet autre jugement du savant auteur: « Keineswegs, s'écrie-l-il, ist jeder laut, welcher in der schrift unbezeichnel blieb, darum auch in der lebendigen Sprache verloren gewesen. » On dirait, une vérité élémentaire; et pourtant, n'est-ce pas cette vérité élémentaire qu'on néglige ici pour embrouiller toute une évolution historique par des raisonnements de pure abstraction?

' Spiegel, Die altpers. Keilinschriften, p. 136, 43.

" Je note en passant, pour éclairer cette identification de c et de s, un fragment des fastes consulaires, où, l'an 473 de Rome, Vulci et Vulsinies sont nommés ensemble. Voir Beulé, Fouilles et découvertes, I, p. 323-324.

ainsi des équivoques , des calembours , si l'on veut, comme en fulsi, de fulgeo et de fulcio, ce qui prouve une nécessité organique pour cette formation. Comparons-la à d'autres, à frixi, auxi, luxi, vinxi, d'un côté, et à sensi, sœpsi, hausi, de l'autre, et nous serons obligés de reconnaître que le son guttural c, g, et qu se modifiait après r eil \ et pouvait, par une transition naturelle dans la sifflante c, se perdre dans les sons s et t. Et cette sifllante n'aurait pas eu sa place déterminée dans Talphabet?

Si donc une double prononciation de la lettre c était établie de tous temps, si primitivement elle existait dans, la langue latine, pourquoi et comment se serait-elle perdue? Comment serait-il arrivé que, perdue une fois, elle aurait pu se retrouver avec la chute de la langue? On ne saurait en indiquer aucun motif dans l'organisme de la langue romaine, puisqu'on aurait à y signaler plutôt, pour motiver la récente transformation de la gutturale en sifflante, précisément cette énergie qui devait reproduire, plus tard, le ton sifflant. Ce serait donc une influence étrangère que nous devrions supposer assez puissante pour détruire une vie séculaire, et d'où serait-elle venue? Nous savons que les vainqueurs ont beaucoup appris à l'école des vaincus. La critique naissant de l'érudition, et la comparaison perpétuelle de deux idiomes, pouvait en faire jaillir des ressemblances inaperçues jusqu'alors. C'étaient surtout les Hellènes qui ont dompté l'esprit farouche de Rome par

* Le latin aranea pour le grec cLpdyyri ne suffit pas pour nous convaincre (Corssen, Ausspr. vol.I. p. 35) que le k puisse être jeté simplement. Les formes : Sestius, mistus, sescenti, sont d*autant de preuves pour la manière de voir que nous venons de signaler. Ainsi l'ionien [uiç vient de fx^vç, Téolien {xtJwoç de fi^vaoç (Curtius, Studien II, p. 173).

leur culture, leurs arts, leur langue *. Eh bien, le c assibilé élait-il un produit de cette influence grecque? Mais, on se sert justement de l'absence de ce son dans Talphabet grec pour l'effacer aussi à Rome, tout en oubliant que le temps où l'influence grecque commença à se faire sentir, touche de fort près à celui où les Romains n'écrivaient plus leur k . C'est là comme une déclaration explicite qu'à Rome l'échelle des gutturales n'avait rien du son du k grec. Ou bien, une autre nation d'entre celles au milieu desquelles les Romains avaient porté leurs aigles victorieuses, a-t-elle pu exercer cette influence sur la langue romaine? On en chercherait en vain.

Et pourquoi en chercher? Il est un fait dont il n'est pas permis de douter. Nous l'avons relevé. C'est que la sifflante c dans la langue latine a eu la vigueur de se communiquer à toutes les langues qui en sont issues. Soit que le romain eût éteint l'idiome national , soit qu'il en eût déterminé littérairement les éléments, toujours est-il que les langues romanes avaient , comme le disait Ducange « un certain parfum de latin. » Au moment de leur naissance, la langue latine n'était plus le fier langage des anciens patriciens, mais pour vaincre tant d'autres idiomes nationaux, elle devait développer une mâle énergie, un caractère fixe et durable, surtout dans tout ce qui était communication officielle. Une langue qui mesquinement s'élève des langes, une langue que les théories de quelques grammairiens viennent de façonner, ne remportera guère la victoire dans le combat contre ces races in-

' Voir rhistorique de celle influence dans Hertzberg, Gesch. Griechenl. unler der Ilerrsch. der Rœmer, I, p. 328 et suiv. Plus on médite cette histoire, plus on reconnaît la possibilité d'une orthographe modulée à la façon des Grecs.

connues, qui vivaient depuis des époques ignorées dans rOccident et le Nord de l'Europe, et qui, ne ressemblant ni aux Romains, ni aux Grecs, ni aux Orientaux, avec d'autres croyances, d'autres idées, d'autres langues, s'agitaient au sein de leur forêts, et appelées, à leur tour, sur la scène du monde, s'avançaient contre Rome. Rome s'écroule sous leur souffle, mais la langue romaine devient l'idéal à la majesté duquel les vainqueurs de Rome offrent en victime leurs idiomes nationaux. 11 n'y a guère eu un spectacle plus grandiose dans l'histoire du langage humain que cette formation des langues romanes, non au centre de la puissance romaine, mais à ses dernières limites.* D'où provint cette mâle énergie à la langue latine de la décadence? C'est qu'elle était le fruit mûr d'une'évolution séculaire, qu'elle avait développé tous les germes de sa vitalité. Qu'on ne s'y méprenne pas ! Pour former de nouvelles langues en Italie, en Rhétie, chez les Daces, en Provence, en Espagne, dans les Gaules, il fallait que des milliers de Romains y portassent la langue latine. Et les enfants de Rome allèrent plus loin. Ils portèrent une nouvelle religion, avec leur civilisation, jusque dans les iles britanniques, dans la Scandinavie, chez les Goths, chez ceux d'entre les races germaines dont Tacite a dit, que c'était, à leurs yeux, paresse et lâcheté d'acquérir par la sueur ce qu'ils pouvaient se procurer par le sang*. Les faits de cette conquête n'en expliqueraient guère la portée historique. Rome luttait contre les barbares, la reine du monde les subjuguait pour devenir, sans tarder, l'esclave des vaincus. Voilà la situation qui a vu s'opérer dans son sein la formation des lan-

* Voir les vers d'un poète anonyme de la fin du Vl« siècle. Muratori, Ant. ital. med. œvi, T. IL diss. XXI, p. 148.

• Germ., ch. 14, 4.

gués romanes. Edgar Quinet l'a dessinée avec sa main de maître, en disant (Les révolutions d'Italie, p. 88) : « La différence du latin et des langues romanes, c'est que le premier, dans son origine, est surtout un idiome de patriciens, et que les secondes, au contraire, sont formées du génie de toutes les classes. On dirait, de plus, que les langues antiques païennes n'ont été inventées que par les hommes ; elles sont nues comme la sculpture, jamais elles n'inondent d'assez de lumière Tobjet qu'elles veulent représenter; la pensée surgit d'abord, comme une statue que vous pouvez contempler et embrasser de toutes parts, au lieu que dans le génie des langues vulgaires, la participation de la femme se fait aisément connaître ; la pensée ne paraît plus toute nue, la parole y sert à voiler la parole. Si dans ces siècles effrénés vous eussiez trouvé au début un langage effréné, comme eux, vous ne vous étonneriez pas; mais tant de nuances qui se tempèrent l'une par l'autre, comme si toutes les conditions y avaient laissé leur empreinte, un dessin si fin, si délié au milieu de la barbarie, qui s'y serait attendu? Muette auparavant dans le monde social de l'antiquité, la voix de la femme se fait entendre en même temps que celle de l'homme dans la composition et dans l'accord des langues vulgaires du monde moderne. » Nous ne doutons pas, pour produire cet accord, les deux éléments ont apporté leur tribut. Le latin n'était pas sans les traces des dialectes vulgaires qui, de tout temps, s'étaient conservés au milieu du peuple, et dont les inscriptions funéraires surtout montrent qu'ils servaient à l'usage des familles ^ Les divers idiomes parlés de ces barbares, ne restaient point sans influence sur la diction latine,

1 D'autres restes dans Granier de Cassagnac, Hist. des origines de la langue franc., p. 428 suiv.

mais n'étaient-ils pas trop différents entre eux pour pouvoir altérer uniformément les traits les plus caractéristiques de la langue qui allait les absorber? Non, pour ne dire ici qu'un mot relatif au c, si Tassibilation du c devant e et i est un élément caractéristique de la prononciation de toutes les langues romanes, si elle a jeté ses traces fugitives jusque dans le cœur des langues germaniques, elle ne pouvait être ni l'œuvre de quelque invention savante, ni le fruit d'un laisser-aller abusif, mûri en quelques dix, vingt, cent ans. Elle devait être inhérente au génie de la langue latine, et, arrivée avec tout cet idiome à l'apogée de son développement national, se briser comme un rayon delumière par le prisme des nationalités qui l'adoptaient, en une coloration riche et variée. Ce sont précisément l'uniformité et la diversité dans la prononciation du c latin au sein des différentes langues romanes, qui garantissent, irrécusablement, la valeur, la vaste étendue de ce son dans la langue mère Qu'on ne se construise pas une histoire de la langue romaine sur le fond de ses chimères philologiques, qu'on poursuive les faits réels, l'évolution vivante du caractère et de la vie des nations qui se pénétraient ici. Qu'on tâche de se faire une idée nette de cette invasion de la diction romaine dans les coins les plus reculés de la domination de l'esprit romain. Quelque mélange que vous supposiez dans ces armées, dans ces corps de magistrats, dans cette foule de colons qui propageaient l'influence latine au milieu des barbares, vous devez leur laisser à tous cet idiome majestueux, dont les derniers sons viennent, en hymnes immortelles, résonner encore sous les voûtes de nos cathédrales gothiques, célébrant la gloire de la croix. Voudrait-on détruire l'éternelle harmonie de ces accords célestes? Qu'on écoute avec recueillement, ne fût-ce que pour juger les

f profonds motifs de ces sons mélodieux, ce cantique d'Adam

I de Saint- Victor:

Laudes crucis attollamus

I Nos, qui crucis exultamus

Speciali gloria :

Nam in cruce Iriumphamus,

Hostera ferum superamus

Vitali Victoria.

Dulce rnelos tangal cœlos, Dulce.lignum dulci dignum

Credimus melodia.

Voci vita non discordet:

Quum vox vitam non remordet.

Dulcis est symphonia.

quam felix, quam prœclara Fuit hsecsalutis ara,

Rubens agni sanguine, Agni sine macula, Qui mundavit sœcula

Ab antiquo criraine.

In scripturis sub figuris Ista latent, sed tara patent

Crucis bénéficia.

Reges credunl, hostes cedunt Sola cruce, Christo duce

Unus fugat millia.

Ista suos fortiores Semper facit et victores Morbos sanat et languores

Reprimit daemonia.

Dat captivis libertatem, Vitae confert novitatem, Ad antiquam dignitatem

Crux reduxit omnia.

crux, lignura triumphalo, Mundi vera salus. vale, Inier ligna Dullum taie

Fronde, flore, germine.

Medicina christiana Salva sanos, aegros sana.

Quod non valet vis humana,

Fit in tuo nomine.

Si nous ne nous sommes pas trompés sur la valeur réelle des faits qui résultant de ces comparaisons et de ces quelques traits d'analyse org^anique, la question me parait résolue, quand on demande, pourquoi le latin, ayant toujours plusieurs signes pour plusieurs nuances de prononciation, n'aurait-il pas eu réellement ces diverses prononciations? En gardant l'orthographe k pour certains mots, quelle qu'en fût la raison, les Romains ont déclaré de reconnaître des sons diflTérents. Pourquoi ne supposerions-nous pas que les quelques signes qui existaient ne suffisaient pas même à exprimer toute cette riche vie, qui constitue la puissance et le charme d'une langue vivante? Ce que les dialectes italiques cherchaient, avant et à côté du latin, Rome l'a trouvé. Basée sur l'éternelle logique des choses, Rome a construit sa langue et sa domination victorieuse sur l'univers par la même force, par cet esprit que tout Romain adorait comme idéal de la vertu, la constance (constantia).

Et le résultat? Les Romains ne prononçaient pas toujours: skiskere, Kikero, deskendere, fakit; ils riront jamais prono7icé ainsi. 11 n'y a pas une classe de la société romaine qui eût accueilli une telle mutilation de l'harmonie originale^ et cela pour aucun autre but que pour complaire aux chimères d'une certaine coterie savante dont on détestait toujours à Rome hautement l'influence et les théories.

L'histoire est en notre aide, tout vient nous convaincre que plus la langue romaine était vivante, plus elle observait et développait ses éléments natifs. Veut-on savoir quelle était la prononciation classique des Romains qui se distinguaient comme législateurs dans ce champ, il faut les écouter et croire qu'ils prononçaient leur langue avec les organes romains, afin que leur esprit romain s'y accusât.

J'énonce ce résultat avec toute la franchise d'une profonde conviction. 11 est naturel qu'on me demande comment donc je voudrais que nous autres épigones de la langue latine modulions ces sons originaux de l'antique romain. Certes, nous ne nous hasardons pas à prétendre à une reproduction absolument sûre de ces sons. Tels que nous sommes, nous ne savons guère nous défaire de l'accent, particularité inhérente à notre organe, pour reproduire la langue au milieu de laquelle nous vivons. Comment verrions-nous revivre sous notre scalpel les sons dans lesquels se révélait la vie de ce cadavre admiré? Mais c'est la même chose pour toutes les autres lettres de l'alphabet latin. Nos lèvres, nos dents, notre palais opèrent individuellement, et le génie de notre langue nationale exhausse et limite ces opérations. Il est difficile d'imiter fidèlement même les sons sanscrits, quoique là les grammairiens eussent fixé tous les détails par des signes soigneusement calculés. L'ordre des palatales chuintantes, en particulier, surtout le ç est encore l'objet de bien des discussions , et M.C.Hovelacque déclare, dans la Revue de linguistique, T. II, ¥ fasc, Paris, 1869, p. 46i : «lui donner la valeur auditive de s est radicalement inadmissible : la saine prononciation est celle du ch allemand d'ich, Siebel.» M. Julien Vinzon (T. III, i^r fasc, p. 82) l'appelle l'intermédiaire entre ch palatal et s dental. Qui sera là juge?

Quelle difficulté n'éprouve-t-on pas sur cette inconcevable échelle de variations de s^ de /, de k dans les langues sémitiques? Â ceux qui jamais s'y sont essayés, on n'aura guère besoin de rappeler la fameuse visite de la reine de Saba à la cour de Salomon , ils comprendront que, pour produire et aflectionner des sons himyarits, il faut absolument des organes himyarits. Non, le principe imitatif ne saurait nous guider quand nous allons prononcer aujourd'hui la langue latine ; il s'agit de nous représenter l'ancien idiome. Et quel chemin y prendre?

Même si le résultat de nos recherches avait été exactement le contraire de ce qu'il est en efiet, même si nous avions gagné la conviction que les Romains n'aient pas eu deux sons pour leur c, qu'ils l'aient toujours prononcé identiquement comme ky nous hésiterions, à bon droit, d'introduire ces intonations surannées dans l'ensemble des

sons que nous proférons en lisant le latin. Car tous ces sons sont nécessairement coloriés par notre langue maternelle. Jamais on ne saurait considérer comme historiquement justifiée la torture que nous ferions subir à nos organes pour moduler des sons sans harmonie avec notre sens linguistique. Â plus de droit nous nous placerons fermes sur ce terrain là ou il nous est démontré que cette prétendue prononciation antique n'est qu un fantôme. Nous ne chercherons donc pas à imiter le son exact de la sifflante romaine, son que nous ne connaissons pas et que nous n'avons aucun moyen de nous approprier; mais nous la prononcerons, comme notre langue l'a historiquement transformée. Nous nous garderons bien de blâmer avec ce hautain dédain qui distingue l'ignorance, les nations qui prononcent le latin autrement que nous. Chaque peuple qui possède une langue organiquement articulée, doit rendre les sons anti-

ques suivant les lois de sa propre prononciation. Que le Français adoucisse le son sifflant S que TAllemand Texagère, que ritalien le broie, elle Valaque en endurcisse le chuintement, chacun d'eux agira avec plus de circonspection que celui qui, ne voyant que sa gutturale unique, dans sa chimérique scieiice s'est construit un château d'Espagne, et, en admiration pour la savante beauté de sa construction, se met à s'adorer soi-même. Qu'aucune de ces prononciations nationales soit la vraie, l'ancienne romaine, leur tort est fondé sur des bases logiques, et un tel tort vaut mieux, infiniment mieux que le prétendu nimbe d'éruditionMont se pare souvent l'ignorance, quand elle hausse les épaules en face d'une évolution naturelle. La moindre intelligence n'est pas toujours là où la conscience ne se rend pas aisément à des apparences fictives. L'obstination est des ténèbres. La véritable sciejnce ne vit que pour la vérité et la lumière.

^ Je ne connais qu'une voix française qui s'oppose sérieusement contre « cet affaiblissement de c en s » comme « une faute déplorable qui dénature complètement l'organisme du mot et tendrait à rendre la recherche des racines impossible. » « Outre l'avantage immense, dit M. Amédée de Caix de Saint-Amour (La langue latine dans Tunité indo-européenne, p. 64.), de faciliter ainsi ses recherches linguistiques, » celui qui lira jakere, non jasere, « évitera de détestables calembourgs, tels que ceux-ci: cinis confondu avec sinis, cervus avec servus, citus avec situs; en prononçant à la romaine: kinis, kervus, kitus, toute équivoque disparaît. » Si c'était en réalité la prononciation romaine, à la bonne heure! Mais encore! Aurions-nous besoin d'apaiser sérieusement ces appréhensions du savant latiniste qui, redoutant de détestables calembours, corrige les usages? Le peuple français n'a pourtant pas toujours ^lé opposé au genre calembour, et si l'on les évitait en distinguant correctement, dans la prononciation, les sons c et «? Quant à la recherche des racines, nous avons prouvé que le c sifflé ne lui barre en rien les chemins.

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