‹ Mélanges philosophiques (1897-1900) [microform]Chapitre 29 sur 52 · LA PHILOSOPHIE ET LA THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE ET LA THÉOLOGIE

rigueur la liberté métaphysique de l'adhésion en tout acte de foi » (p. 635). — On peut répondre qu'il ne faut pas regarder à la liberté métaphysique, quand il s'agit de l'homme, mais bien à la liberté psychologique et morale. Or, .il paraît bien que certaines croyances s'imposent nécessairement, et ne sont pas libres. Une mère est-elle libre de croire ou de ne pas croire à la mort de son fils tombé sur le champ de bataille, alors que toutes les feuilles publiques lui en parlent ou que les compagnons du jeune homme lui racontent tous les détails de cette fin cruelle et glorieuse? Sommesnous libres de croire à Texistence de la Chine ou de l'Amérique ? Nous reconnaissons que dans tous les cas de ce genre on peut recourir à des preuves indirectes et métaphysiques, par exemple de cette manière : le consentement universel sur ce point n'a pas d'autre cause suffisante que l'existence de ces contrées. Il nous paraît néanmoins que l'évidence intrinsèque n'est pas la seule qui puisse forcer notre adhésion. Il est vrai que la théologie enseigne que la foi est libre. Mais il s'agit ici de la foi surnaturelle et considérée en général. On sait d'ailleurs à combien de controverses et d'opinions cette question de la liberté et de la certitude de la loi a donné lieu entre théologiens. Klle est liée intimement à la question non moins délicate et non moins grave du libre arbitre. Sans entrer ici ni dans l'une ni dans l'autre, nous nous bornons à dire ou plutôt à reconnaître que la foi naturelle n'est pas toujours libre. Quoi qu'il en soit, la distinction de la foi et de la science n'en est pas moins parfaite; et c'est ce que ne doivent pas oublier les philosophes et les théologiens qui, loin de détruire l'une par l'autre dans une opposition mal comprise, s'attachent toujours à les accorder.

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