‹ Mélanges philosophiquesChapitre 40 sur 88 · L. II · texte numérisé non relu

L. II

8 L. IT, in Stilpon.

* Ibid. — Hermippus ajoute qu’il prit du vin pour accélérer sa mort.

56 ÉCOLE DE MÉGARÉ.

c'est qu'il mourut dans un âge très avancé, γηραιὸν δὲ τελευτῆσαί φησιν ἕρμιππος, et rien n’empêche de rapporter approximativement, avec plusieurs savants critiques, l'époque de sa mort à la cxxiv° ou exxv° olympiade (284-280 av. J.-C.). Ce qu'il y a d’indubitable, c’est qu’il vivait encore à la seconde année de la cxvins° olympiade (306. av. J.-C.); car cette date est celle de la prise de Mégare par Démétrius Poliorcète *, et l’histoire nous ἃ transmis le récit d’une réponse que fit, à cette occasion, Stilpon au fils d’Antigone. Démétrius, fils d'Antigone, rapporte Diogène de Laërte, ayant pris la ville de Mégare, ordonna non-seulement qu’on épargnât la maison de Stilpon, mais encore qu’on lui restituât ce qu'on lui avait enlevé; et, afin que tout lui füt rendu, il voulut se faire donner par le philosophe une liste de ce qu'il avait perdu. « On ne m'a rien « pris, répondit Stilpon, on n’a point touché à « ce qui m'appartient, car je possède encore ma « raison et ma science, τόν τε λόγον ἔχειν καὶ τὴν « ἐπιατήμημ ᾽. » Le même fait est rapporté en différents endroits de leurs écrits, par Plutarque et

1 Fils de cet Antigone qui périt quelques années plus tard (en 301) à la bataille d’Ipsus, La prise de Mégare par Démétrius suivit celle d'Athènes.

Diog. L ,1. IT, in Stilpon.

STILPON. 57 Sénèque'. Contemporain de Démétrius, Stilpon le fut aussi d’un autre roi, successeur d’Alexandre, à savoir Ptolémée Soter, qui fonda en Égypte la dynastie des Lagides. Au rapport de Diogène de Laërte*, Ptolémée Soter , ayant pris la ville de Mégare, qui était la patrie de notre philosophe, accueillit Stilpon avec de grands témoi-

1 En premier lieu, dans son traité περὶ παίδων ἀγωγῆς, Plutarque s’énonce ainsi : « Καὶ μοὶ δοκεῖ Στέλπων ὁ Μεγαρεὺς φιλόσοφος ἀξιομνημόνευτον ποιῆσαι ἀπόχρισιν, ὅτε Δημήτριος ἐξενδραποδισάμενος τὴν πόλιν εἰς ἔδαφος χατέθαλεν, χαὶ τὸν Στίλπωνα ἤρετο μὴ τι ἀπολωλεχὼς εἴη. Καὶ ὅς, οὐ δῆτα, εἶπε" Πόλεpos γὰρ οὐ λαφυραγωγεῖ ἀρετὴν. » — Et, daus son traité De animi tranquillitate, le même historien raconte encore le même fait et avec les mêmes circonstances : « ὁ Δημήτριος “ τὴν Μεγαρέων πόλιν χαταλαδὼν, ἠρώτησε τὸν Στίλπωνα, μή τε « τῶν ἐχείνου διήρπασται. Καὶ ὃ Στίλπων ἔφη, μηδένα ἰδεῖν, « τἀμὰ φέροντα. » — Le récit de Sénèque s'accorde en ceci avec celui de Plutarque : « Megara Demetrius ceperat, cui « cognomen Poliorcetes fuit. Ab hoc Stilpon philosophus « interrogatus, num quid perdidisset : Nihil, inquit, omnia «“ namque mea mecum sunt (De constantia sapientis, ce. 5).» — Le même Sénèque (Epist. IX) : « Hic (Stilpo) enim, « capta patria, amissis liberis, amissa uxore, cum ex 1n- « cendio publico solus, et tamen beatus exiret, interrogante “ Demetrio, cui cognomen ab exitio urbium Poliorcetes « fuit, numquid perdidisset : Omnia, inquit, bona mea me- « cum sunt. Ecce vir fortis et strenuus. Ipsam hostis sui « victoriam vicit. Nihil, inquit, perdidi. Dubitare illum a coegit an vicisset. Omnia mea mecum sunt : juslitia, vir- « tus, temperantia, prudentia ; hoc ipsum nibil bonum pu- « tare-quod eripi posset, »

? L.IF,ir Stilpon.

δ8 ÉCOLE DE MÉGARE,

gnages de respect et d'estime, lui fit donner de l'argent, et l’engagea à s'embarquer avec lui pour l’Égypte. Mais Stilpon n’accepta qu’une légère partie de ce don, pria le rorde le dispenser du voyage, et se retira à Égine‘, où il demeura jusqu'au départ de Ptolémée.

De la famille de Stiipon, on ne sait rien, simon qu’il eut une fille de moyenne vertu, ἀκόλαστον, qui fut mariée à Simmias de Syracuse, l’un des amis du philosophe, γνώριμός ru". Quelqu'un l'ayant averti que sa fille le déshonorait par ses mœurs, 16 philosophe répondit qu'il lui valait plus d'honneur qu’elle ne pouvait lui valoir de honte’. Les mœurs de Stilpon étaient tout autrement irréprochables. Car, bien qu’il fût né avec des inclinations vicieuses, la volonté sut en lui surmonter les mauvais penchants : « Stilpo- « nem, Megareum philosophum, acutum sane « hominem et probatum illis temporibus acce- « pimus. Huncscribunt ipsius familiares et ebrio-

1 Ile de la Grèce dans le golfe Saronique.

5 Diog. L., 1. IT, ἐπ Stlpon.

δ᾽ Ταύτης où κατὰ τρόπον βιούσης, εἶπέ τις πρὸς τὸν Στέλπωνα, ὡς χαταισχύνοι αὐτόν" ὃ δέ, οὐ μᾶλλον (εἶπεν) ἢ ἐγὼ ταύτην χοσμῶ (Diog. L., 1. IT, ὑπ Stilpon). — Plutarque, dans le traité intitulé : De animi tranquillitate fait également mention de la fille de Stilpon, et en des termes tout à fait semblables à ceux dont s’est servi Diogène : ἀχόλαστος οὖσα à θυἡάτηρ. |

« sum et mulierosum fuisse ; neque hæc scribunt « vituperantes, sed potius ad laudem. Vitiosam « enim naturam ab eo sic edomitam et compres- « sam esse doctrina, ut nemo unquam vinolen- « tum illum, nemo in eo libidinis vestigium vi- « derit'. » Le témoignage de Diogène de Laërte sur le caractère de Stilpon, n'est pas moins favorable que celui de Cicéron sur ses mœurs :

« Stilpon, rapporte Diogène*, était naturelle- « ment honnête et obligeant... On dit qu'étant « à Athenes, il gagna tellement l'affection de « tout le monde, que chacun sortait de chez soi « pour le voir. Et’quelqu'un lui ayant dit, ἃ « cette occasion : On vous admire commeun être « de rare espèce.—Point du tout, repritStilpon, « mais on me regarde parce que je soutiens bien « ma qualité d'homme. » Nonobstant cette admiration dont il semblait être l’objet de la part des Athéniens, une sentence de l’Aréopage le força de quitter la ville. Voici à quelle occasion.

1 Cic., de Fato, V.— Si les mœurs anciennes devaient étre appréciées d’après une règle aussi sévère que nos mœurs modernes, telles que le christianisme les a faites, ce témoignage de Cicéron se trouverait infirmé, en une certaine mesure, par celui de Diogène de Laërte qui, en sa biographie de Stilpon, fait mention d’une courtisane appelée Niearète : « Kai ἐταίρᾳ συνῆν Nixapétn. »

4 L. 11, ἐπ S'rilpan.

En parlant de la Minerve de Phidias, il demanda à quelqu'un si Minerve, fille de Jupiter, était un dieu. Et, sur la réponse que oui: or, dit-il, cette Minerve que voici n’est pas la Minerve de Jupiter, mais de Phidias, n’est-il pas vrai? De quoi l’autre étant tombé d'accord: donc, conclut Stilpon, elle n’est pas un dieu. Cela fut cause qu'il se vit traduit devant l’Aréopage, où, loin de se rétracter, il soutint qu'il avait raisonné juste, attendu que Minerve n'était pas un dieu, mais une déesse, et que la qualification de dieu ne pouvait convenir à un sexe qui n'était pas le sien : « Mn γὰρ εἶναι αὐτὴν θεόν, ἀλλὰ θεάν" θεοὺς δὲ εἶναι τοὺς dpbevac'. » Ce jeu de mots, ajoute Diogène qui raconte ce fait, ne diminua en rien la sévérité des juges, et ils condamnèrent Stilpon à sortir de la ville. C'est à l'occasion de ce même jeu de mots que Théodore, celui qu'on surnommait Θεός᾽, demanda comment Stilpon

1 Diog. L., 1. 11, in Sulpon.

Ὁ Surnom donné par ironie à Théodore, qui passait pour athée, ainsi qu’il résulte du texte suivant de Diogène de Laërte, en sa biographie d’Aristippe Métrodidacte, dont Théodore était disciple : Θεόδωρος ὁ ἄθεος. — Remarquons toutefois que cette qualification d’athée était assez légèrement donnée à tous ceux qui ne croyaient pas aux dogmes du polythéisme. — Bien qu’ils parussent s’accorder à rejeter les croyances de la religion établie, Théodore et Sulpon furent de caractères bien différents. Car Diogène de

connaissait le sexe-de Minerve, et comment il l'avait constaté : Πόθεν δὲ τοῦτ᾽ ἤδει Στίλπων; à ἀνασύρας αὐτῆς τὴν κῆπον ἐθεάσατο '; Dans une autre occasion, Cratès* ayant demandé à Stilpon si les prières étaient agréables aux dieux : « Impru- « dent, répondit ce dernier, ne me fais point de « pareilles questions en public ; attends que nous « soyons seuls*?. » Ces différents faits attestent le peu de foi de Stilpon à l'endroit des dogmes du polythéisme. Mais il serait injuste d’en conclure qu'il füt athée. Car, autre chose était de ne reconnaître aucun dieu, autre chose, de ne point se rallier aux croyances établies. :Stilpon était athée de la même manière que Socrate et Anaxagore.

Laërte, en sa biographie de Stilpon, dit que Théodore affectait une grande audace, et Stilpon, au contraire, beaucoup de retenue.

1 Diog. L., 1. IT, ir Silpon.

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