‹ Mélanges poétiques et discoursChapitre 27 sur 65 · UNE JEUNE POLONAISE · texte numérisé non relu

UNE JEUNE POLONAISE

MAnEMOTSF.r.LF MICH ATOWSKA.

Lo cygne clans son lac contemple son image ; L'éclair se réflécliil dans sa propre clarté ; Le ciel clans l'océan, et Dieu clans son ouvrage Et nous dans la postérité.

i6o A UNE JFX'NE POLONAISE, Dans la poslérité froide et pâle interprète ! Miroir terne et glacé comme vos lacs cUiNord ! Qu'importe son éclat et son prisme au poète ? Il ne réfléchit que la mort !

Mais dans un cœur vivant se contempler soi-mèiiie ; Mais dans l'œil d'une vierge, où l'amitié vous luit, Découvrir tout à coup un regard qui vous aime, Comme une étoile dans la nuit !

Mais se dire au milieu de la tempête humaine, Dans un point lumineux de l'immense horizon, Contre la calomnie et l'injure et la hniue Il est un abri pour mon nom !

il est au moins im otcur où ma harpe résonne, Oii mes soupirs secrets comme au ciel sont compris, Où ma voix retentit, où mon ame rnyonne : Ali ! du barde voilà le prix !

Mon asi'io et ma gloire, à moi, sont dans ton ame. Oirinrporli" si le lenr,i^ do nos chants est vainqueur ?

MADEMOISELLE MICIIATOWSKA. i(Jt Vivre môme inconnu dans un songe de femme, Avoir un écho dans son cœur !

INIystérieux témoin de ses larmes versées, Sentir IjaUre en son cœur le soupir comprimé, Avoir, comme un ami, sa part dans ses pensées, Par ses lèvres être nommé !

Le jour la sui vi-e seul dans les bois, sur la grève ; De sa lampe la nuit prolonger la clarté ; Etre le nom qu'elle aime ou l'ombre «[u'elle rêve ; Voilà mon immortalité !

M. JULES DE BESSEGUIER*,

Non, celte suave harmonie Qui dompte et caresse tes sens, Poète, n'est pas mon génie ; Tu m'embaumes de ton encens !

I. El! n'j;o!isc aux vers qui bc tfouvciU à la fin de ce vo- ! unie.

i64 A M. J. DE RESSÉGUIER.

Je ne suis que la folle brise Qui court sur la plaine et les bois, Souffle d'air que cbaque herbe brise.

Et qui, pai' lui-même, est sans voix.

Mais s'il rencontre dans l'enceinte Des vieux temples aux vents ouverts, Près de l'autel la harpe sainte, On entend de divins concerts.

Je suis cette haleine qui joue Sur la harpe à l'accord dormant.

Est-ce donc la l^rise qu'on loue, Ou rharmonieux instrument }

Je suis le duigl eî toi le livre, Mon cœur te révèle le tien, Mais chaque note qui t'enivre, C'est ton encens et non le mien.

Ton cœur sonore de poêle Est semblable à ces urnes d"or,

Page 1