LA SŒUR DE CHARITE
Au soin de l'indigent humblement asservie,
Elle passe, étrangère aux douceurs de la vie,
En semant les bienfaits partout sur son chemin.
Sa vie est une aumône offerte au genre humain.
Et lorsqu'elle a rempli sa mission pieuse,
Sans terreur, elle attend le signal du trépas...
Son regard est serein, sa bouche est radieuse...
Une forme mystique aux célestes appas
Est là qui la contemple et sur elle s'incline
Souriante et parlant une langue divine.
Cette voix aux accents d'ineffable douceur
A déjà mainte fois résonné dans son cœur...
Ce ravissant sourire... Oui ! jadis, dans un rêve,...
Une femme !... C'est elle... Ah !... Son rêve s'achève !.
L'enfant rejoint sa mère... et la Reine du ciel
Dépose encore une âme aux pieds de l'Eternel.
Le monde a ses héros, ses [luissants et ses sages Gravissant à l'envi vers un point lumineux, La gloire ; ... et leur effort, toujours laborieux, S'accomplit au milieu des clameurs et des rages.
L'opulence a recours aux pompeux étalages En risquant de sombrer sous leuj poids ruineux. Le savant, en travaux lourds et volumineux, S'épuise à dissiper le voile obscur des âges.
Loin de ce vain tumulte une troupe bénie Sous un toit où tieurit la sainte austérité, Imitant ici-bas la céleste harmonie,
Recueille en un concours de sublime bonté, I^a classe des humains que le monde a bannie De son sein... J'ai nommé la Sœur de Charité.
LE SOKTNET
Non, jamais je n'ai pu fabriquer un sonnet Sans mettre en désaccord le bon sens et la rime ; Un son qui, dans huit vers, quatre fois résonnait, En passant sur ma lyre avait un bruit de lime.
J'errais, sans rien trouver, du badin au sublime Et très nerveux souvent, lorsque minuit sonnait, Comme un pauvre forçat qui regrette son crime. Je rougissais des vers que ma main façonnait.
Puis, le cœur pénétré de honte et de colère. Je déplorais tout bas mon peu de savoir-faire, En maudissant ma muse et Pégase au surplus !
Mais, grand Dieu, voilà bien que sur lui je remonte Et qu'insensiblement sous ma main il se dompte !.., Bravo !... j'ai mon sonnet !... on ne m'y prendra plus.