‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 125 sur 139 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

Du haut d'un chêne vigoureux L'Aigle, de son regard superbe, Epiait, se glissant sur l'herbe.

Un être indolent et peureux.

Avec mépris il l'interpelle...

La Marmotte, car c'était elle, Surprise, et trop lâche pour fuir, S'écrase à l'instant contre terre.

Croyant que son heure dernière

Va venir.

— Holà ! dit le roi de la nue, De sa plus formidable voix, Si méprisable que tu sois, Je t'absoudrai d'être venue Imprudemment Exposer à mes yeux ta mine paresseuse, Si tu me dis comment Tu te complais dans cette vie oiseuse, Et pourquoi, seule et sans amis.

Tu vis en ta tanière immonde.

Indifférente aux bruits du monde.

— Noble seigneur ! répond d'un ton soumis

La Marmotte effrayée, A deux objets ma vie est employée :

Dormir, manger, voilà les modestes plaisirs Qui remplissent mes jours et comblent mes désirs. Le reste ne m'est rien, et je suis bien payée

3l6 MÉLANGES POÉTIQUES ET LITTÉRAIRES

Du sacrifice que j'en fais

Quand on me laisse en paix. — Ignoble créature !

Dit l'Aigle avec dédain ; Puis, déployant sa puissante envergure, Rapide, il prend son vol vers le ciel ; ... mais soudain

L'orage se déchaîne, Et l'Aigle foudroyé tombe au pied du grand chêne ; Tandis qu'en son réduit.

Blottie avant l'orage, La Marmotte sans bruit S'applaudit d'être sage.

La Marmotte souvent porte des traits humains. Que d'hommes bien repus, mais au moral des nains, Qui n'ont pour tout souci que leur propre bien-être, Chez qui nul sentiment généreux ne pénètre, Et qui toujours battent des mains, Quand le génie, — en ses élans sublimes, Dépassant les plus hautes cimes Pour atteindre aux confins de l'immense inconnu. Et méprisant la vulgaire prudence, — Tombe martyr de la science, Par l'impossible retenu !

LjPi. TOnXCIBOLjPs.

Vieillards penchés sur votre tombe, holà !

Oubliez un instant vos souvenirs moroses ;

La douce charité vous tend ses lèvres roses

Et son sein généreux... Mieux vaut ce tombeau-là.

Enfants que le bon Dieu comble de bonnes choses, Vous qu'un sort indulgent sans cesse cajola, Pour servir dans vos jeux la plus sainte des causes, Venez participer à notre tombola.

Venez... Et vous mêlant au gracieux tumulte. Ajoutez votre obole à notre aumône occulte Qui s'exerce entre tous avec égalité.

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