‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 18 sur 139 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

Les Mêmes, CLÉMENCE {qui, pendant les trois derniers vers^ est entrée par le fond, sans être aperçue).

Clémence.

C'est moi...

(Tous se retournent étonnés).

Ludovic {s"" élançant vers Clémence).

[e vous retrouve !

Contran {ahuri).

Bon !... Qu'est-ce qui nous arrive A présent !...

Clémence {à Contran).

Vous cherchez l'auteur d'une missive Qui par son contenu trouble votre bonheur?

Contran {embarrassé).

En effet, cet écrit a mis quelque froideur Entre ma femme et moi...

Clémence.

Vous voyez le coupable.

Contran {s'' inclinant).

On ne peut rencontrer rival plus acceptable...

Mais, comment?...

Clémence.

Laissez-moi parler à cœur ouvert !...

C'est un soulagement, car j'ai beaucoup souffert...

UN BONHEUR EN ATTIRE UN AUTRE 3T

A l'âge OÙ notre esprit se nourrit de caresses,

Et goûte du bonheur les sereines ivresses,

Moi, subissant du sort le plus cruel revers.

Je me trouvai soudain seule dans l'univers...

Bientôt, des tribunaux la sagesse incertaine

M'imposa pour tuteur un monstre à face humaine

Dont le langage obscur et Thypocrite aspect

Inspirait au vulgaire un crédule respect.

Il fit, dénaturant ses pouvoirs par un crime.

De mon bien son domaine et de moi sa victime...

Et, prévoyant l'époque où ma majorité

Apporterait un terme à son autorité,

Il voulut d'un hymen m'arracher la promesse...

Mais Dieu veille sur ceux que le monde délaisse !...

{A Ludovic.)

Cherchant un défenseur, je franchis votre seui ... Par le ton sympathique et franc de votre accueil, Je compris que mon sort n'était plus sans défense, Et je sentis en moi renaître l'espérance.

Ludovic.

Grâce à Dieu, votre espoir va se réaliser!...

Ce monstrueux projet je saurai le briser !...

Tenez, mademoiselle, ah ! laissez-moi vous dire

A quel point sur mon cœur vous avez pris d'empire "...

GONTRAN lyà part).

Bon, voila le secret !... {// écoute ébahi.')

Ludovic.

Votre apparition M'avait charmé d'abord comme un vision Qu'un mot... qu'un mouvement aurait fait disparaître : Mais vos pleurs éloquents m'apprirent à connaître D'un profond désespoir l'âpre réalité, Et, contre les décrets de la fatalité.

Je promis d'employer ce qu'une âme énergique Contient de dévoûmcnt et d'élan sympathique...

Enfin, pour donner cours aux lenteurs de la loi, Vous deviez demander asile sous le toit D'une amie, à l'écart de la foule indiscrète ; Mais un fatal oubli fit que votre retraite M'est restée inconnue...

Clémence.

Oui, mon esprit troublé Par l'effroi dont sans cesse il était accablé, Négligeait l'important pour des soins inutiles. Et cherchait au milieu d'émotions futiles, îvtille précautions, maint absurde projet, Sans en déterminer la portée ou l'objet... Dans ce trouble insensé, j'ai failli compromettre Ton bonheur, chère Hélène, en te faisant promettre, Même pour ton époux, un secret absolu... Pardon ne- moi !...

Hélène.

Clémence !... Ainsi Dieu l'a voulu ; C'est par l'adversité qu'il éclaire notre âme ; Pour corriger l'épouse, il éprouve la femme. J'ai subi cette épreuve en servant l'arnitié, Et le mal, par le bien ainsi purifié, Me rend à mon Contran digne de sa tendresse...

Contran {tendant la main à Hélène).

Oh ! je suis le plus sot tyran que je connaisse !... Et, s'il est parmi nous un coupable... c'est moi !

Hélène.

Vous !...

Contran.

Puisque injustement j'ai douté de ta foi... Bien plus, lorsque ton cœur, d'un mouvement sublime. Cédait au dévouaient, je t'accusais d'un crime...

UN BONHEUR EN ATTIRE UN AUTRE 33

Et, par je ne sais quel emportement jaloux, D'un absurde complot je vous soupçonnais tous... Oui, mon cher Ludovic, tes conseils étaient sages : C'est par l'oisiveté qu'on détruit les ménages ; Le bonheur ne vit pas d'amour contemplatif; Et, sans la vie active, un cœur devient rétif; Le travail est la clef d'une honnête existence Et le parfait bonheur y trouve son essence.

Ludovic {galment).

Et l'orage?.,,

Contran {de même).

On finit par s'en rassasier...

Tous ces malentendus m'ont mis sur un brasier Qui, par l'intensité cruelle de sa flamme, A de tout préjugé purifié mon âme...

Dès demain je recherche une occupation !

Ludovic.

Je te la fournirai...

Contran.

Hein?...

Ludovic.

...Ta vocation.

Contran.

Explique-toi.

Ludovic.

J'ai fait la démarche première Pour vaincre les desseins de l'homme audacieux Qui...

Clémence {inquiète).

Mon tuteur?... Sait-il que je suis en ces lieux?

Ludovic.

Ah ! n'appréhendez rien ! Je jure sur ma vie Que jamais à nos soins vous ne serez ravie !...

Mais il faut remplacer ce vil persécuteur Par un fidèle ami.,.

Contran {ai'ec empressement').

Je serai son tuteur !.

Ludovic.

Très bien ! Je reconnais ton âme généreuse.

Clémence.

Ah ! merci mille fois !... Mon Dieu !... Je suis heureuse.

(^A Ludovic.)

Vous, monsieur, dites-moi, comment récompenser Ce service ?...

Contran.

En effet, je venais d'y penser, Et ma conclusion, c'est qu'en telle occurrence, Le plus juste tribut... l'unique récompense, C'est... je n'ai pas besoin de vous la suggérer !

Ludovic (prenant la main de Clémence).

Dites, mademoiselle, oserai-je espérer?...

Clémence {baissant la vue).

J'ai trop apprécié votre sollicitude

Pour la récompenser par une ingratitude...

Bravo, mon cher ! voila tous no'; vœux accomplis ! Et nos cœurs, grâce à Dieu, par l'épreuve ennoblis. N'ont plus qu'à savourer leurs bonheurs... authentiques

Ludovic.

Le Bon Dieu sait unir les âmes sympathiques. Ainsi, grâce au hasard qui m'a conduit ici. Vos vœux seront comblés et les nôtre aussi ; Nous ferons un ménage heureux comme le vôtre : Un bonheur en attire un autre.

Comédie en trois Actes et en Vers,

Personnages :

Faquino, faux baron.

DuMONT, bourgeois.

Octave, frère de Dumont.

Oscar Dange, avocat, amoureux de Cécile.

Jean Brunelle, voyageur, neveu de Dumont.

Trémousset, faux comte, compère de Faquino.

Nicolas, serviteur chez Dumont.

Un Notaire.

Elise, fille aînée de Dumont.

Cécile, fille cadette de Dumont.

Marianne, fille de chambre.

Sergents de ville.

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