‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 23 sur 139 · SCENE Vin · texte numérisé non relu

SCENE Vin

Les Mêmes, ELISE, CÉCILE.

DuMONT (</'//;/ air satisfait).

Accourez, mes enfants, que je vous fasse part

D'un grand secret !... J'apprends à l'instant, par hasard,

Que notre Italien, cet homme incomparable...

Elise (^empressée).

Eh bien ?

DUMONT

Si distingué,... si... si,...

Cécile (à part~).

Si détestable !

Est un...

Quoi?

DuMONT (jnystêrieusement).

Elise {impatiente)

DUMONT

Devinez.

Cécile.

Un voleur ?

DuMONT {sans P entendre).

Un baron.

Elise et Cécile.

Un. baron !.

DuMONT {avec exaltation').

Ah ! Cela se lisait sur son front.

Dans son noble regard, plein d'un charme indicible ! Mais j'en ai maintenant la preuve.

Elise (avec ravissement^.

Est-ce possible !

DUMONT

Là, tout près du fauteuil qu'il venait de quitter, Je trouvai cette lettre, et ne pus résister A la tentation qui me vint de la lire.

Cécile.

Mais...

DUMONT

Chut ! Ecoutez bien ce qu'elle va nous dire.

(// lit avec emphase?)

" Naples, ce... iS...

Au baron

Christino Florentino Faquino.

Mon cher baron,

J'éprouve un vrai bonheur à vous informer que la cabale de vos ennnemis est enfin déjouée. Dans quelques jours, il vous sera permis d'entrer en possession de vos riches domaines. Je vous en apporterai moi-même les titres par le prochain transatlantique. En attendant je vous expédie une lettre de change qui vous fournira les moyens de figurer à l'étranger d'une manière digne de la noble race des Faquini...

Votre tout dévoué,

" Z^ co»ite Luigi de Montebellicano.''''

Eh bien, n'avons-nous pas droit de nous applaudir?

Elise.

Ah, c\z\ ! En y songeant, je sens mon cœur bondir !...

Bientôt notre salon deviendra du grand monde

Le point de ralliement,... et la verve féconde,

L'éblouissant reflet de tous les beaux esprits,

Fera de notre cercle un joyeux paradis !.,.

On parlera de nous dans toutes les gazettes ;

Nous aurons pour amis des milords, des poètes ;

Les gens les mieux posés se montreront jaloux De nous faire la cour et d'être admis chez nous !...

DUMONT

Oui, mon enfant, voilà le brillant avantage Qu'offre l'intimité d'un noble personnage !

Elise.

Ah, que je suis heureuse !...

DU.MOXT.

On le serait à moins.

Nos voisins !... Oh ! je veux les avoir pour témoins Des honnen.rs dont pour nous chacun sera prodigue !...

Cécile.

Ma sceur, tu me surprends !

jNIarianne {à part).

Son bonheur la fatigue.

Elise {sans entendre Cécile).

Avoir un vrai baron tous les jours, près de soi ! Qu'en dites-vous, papa ?

DuMONT.

Mais c'est immense !

Marianne {à part).

Moi, J'ai hâte d'en voir un, franchement.

Elise.

Et l'entendre Vous dire à chaque instant quelque petit mot tendre.

Marianne (à part).

L'eau m'en vient à la bouche !...

DUMONT

Oui, c'est délicieux !.., (^S^ exaltant.')

Ce baron, mon enfant, c'est un don précieux Que le ciel nous envoie. Avec son alliance Nous arrivons à tout.

Ah ! Quelle providence !

DUMONT

Un baron, songez donc !...

Elise.

Oui, c'est tout un trésor t •

MARIANNE {à part).

Une trouvaille, enfin, qui vaut son pesant d'or !

Elise.

Je doute, franchement, si j'aurai le courage D'endurer désormais le vulgaire entourage Dont nous avons été jusqu'ici fréquentés...

CÉCILE {l'ivcmeiit).

Quoi ! Nos anciens amis seraient donc supplantés

Par ce baron, suivi de son douteux cortège - • •

De faux ducs, de seigneurs sans domaines...

DUMONT {furieux).

Abrège !

Cécile.

Enfin...

DUMONT

Silence ! Assez de ces honteux débats ! Cécile.

Mais, mon Dieu...

Plus uu mot !... Je ne te comprends pas ! {CéciU sort.')

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