‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 30 sur 139 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

CECILE, PULS OSCAR, puis JEAN BRUNELLE.

Cécile (seule).

Cet étranger me plaît ; sans que je le connaisse, Quelque chose me dit qu'il tiendra sa promesse...

{Elle s^assied svr un banc.)

Hélas !... Dieu sait comment tout ceci doit finir !.,. Et j'hésite en moi-même à sonder l'avenir.

{Dorchestre accompagne les cini] vers suivants d' une symphonie douce et lente, et Ion aperçoit Oscar qui s'approche.)

A peine ai-je franchi le seuil de l'existence. Qu'au-devant de mes pas, comme un spectre, s'avance

L'adversité cruelle !... Ah !... Comment conjurer L'orage que j'entends sourdement murmurer !... Seigneur, épargnez-moi ! Je suis bien malheureuse !

Oscar.

Cécile {effrayée).

Oscar !

Oscar.

Mon Dieu ! que vous êtes peureuse !

Se peut-il que l'aspect d'un esclave soumis Vous effraie à ce point ?

Cécile.

Cher Oscar, je frémis Sans le vouloir au bruit d'une feuille qui tombe ; La course dans les airs d'une faible colombe Me cause des frayeurs, tant mon esprit troublé Souffre des noirs soucis dont il est accablé !

Oscar {s' asseyant près (VelW).

Contez-moi vos chagrins.

Cécile.

Mon père...

Oscar.

Eh bien ?

Cécile.

Je tremble En prononçant son nom !...

{Ils se lèvent.^

Oscar.

Vous tremblez !... mais ensemble Nous avons prononcé le serment solennel D'allier nos destins i)ar un nœud éternel !...

6o MÉLANGES POÉTIQUES ET LITTÉRAIRES

Et lui-même a béni ce serment cavec joie...

Se peut- il maintenant que votre esprit prévoie...

Cécile (tremblante).

Que lui dire !...

Oscar (^inquiet).

D'où vient cette agitation ?

Cécile {avec angoisse).

Quel supplice 1...

Oscar.

Ah, parlez 1... Plus d'hésitation !...

Autrement je... De grâce, épargnez-moi ce doute !

Cécile.

Pouvez-vous m'écouter sans colère ?

Oscar i^coni primant son éniotioiî).

Oui,... j'écoute...

Cécile.

Un prétendu baron aux titres indécis...

Oscar.

Faquino ?

Cécile.

C'est son nom.

Oscar.

Puis ?... Ensuite ?...

Cécile.

Il a pris

Sur mon père et ma sœur...

Oscar.

L'infâme !...

les faux brillants 6l

Cécile.

Un tel empire, Qu'ils n'ont d'attentions que pour lui...

Oscar.

Le vampire !

Cécile.

Ma sœur est déjà prête à lui donner sa main, Et mon père, oublieux de nos serments,...

Oscar.

Eh bien?...

Dites, dites, Cécile !...

Cécile {baissant la vue).

Il m'a parlé d'un comte,...

Ami de son baron,...

Oscar.

Hé, comment !

Cécile.

Ah, j'ai honte En faisant cet aveu !...

Oscar.

Mais vous, Cécile, vous ?...

Moi, j'ai tout épuisé pour vaincre son courroux...

Oscar.

Mais, cet engagement ? Il ne peut, sans parjure. Le violer !

Cécile.

Hélas, il me lance l'injure Quand je le lui rappelle, et mes pleurs impuissants Coulent sans l'émouvoir... Oh, cher Oscar, je sens Que, pour nous, désormais, le bonheur n'est qu'un rêve !... Un doux rêve d'amour dans une nuit sans trêve !

Oscar.

L'infâme Faquino ! Le monstre !... Se peut-il Que, par son art maudit, cet intrigant subtil Ait détruit en un jour nos chères espérances !... Oh, mon âme se voue à toutes les vengeances !.. Et puisqu'ainsi du sort les décrets sont lancés. Eh bien, soit ! Je me venge !...

(// s'élance pour sortir.)

Cécile [le retenant^.

Oscar !

Jean Brunelle (s' interposant').

Chers insensés !...

{Oscar et Cécile font un geste de surprise.)

Cécile (après une pause).

Vous, monsieur !...

De quel droit !...

Jean Brunelle.

Ah ! je suis authentique^ N'est-ce pas, ma cousine?

Oscar.

Un cousin !

Jean Brunelle,

Sans réplique,...

Et de plus votre ami.

Oscar.

Je ne vous connais pas.

Jean Brunelle.

Sois tranquille, mon bon, va, tu me connaîtras Bientôt...

Les Faux Brilt,ants.

1er : AC'l'E. — SCÈNE A7/'.— Eli bien, soit ! je nie venge !... (Page 62. J

Oscar {offense).

Enfin, monsieur...

Jean Brunelle.

Mon langage vous choque ?

Je n'ai pas du gandin le ton ni la défroque ; Mais en retour, mon vieux, tonnerre ! j'ai du cœur !... Maintenant, mes agneaux, soyons de bonne humeur.

Oscar.

Mais d'où venez-vous ?

Jean Brunelle {riant).

Moi ?... De l'autre bout du monde Juste à point... Oui, morbleu, que le sort me confonde Si je n'empêche pas cet infâme coquin De pratiquer ici son métier de... requin !

Oscar.

Quel coquin ?

Jean Brunelle.

Faquino. C'est le mauvais génie, Qui de cette demeure a troublé l'harmonie... Moi je connais ses trucs pour en avoir souffert, Et je lis dans son jeu comme en un livre ouvert. L'oncle Dumont, pour lui, c'est un mouton à tondre ; Cette toison le tente, et je puis vous répondre Qu'il s'entend au métier... Donc, trêve aux beaux transports X Et contre ce brigand unissons nos efforts...

Oscar.

Mais, monsieur, franchement !...

Jean Brunelle.

Excuse/ mes paroles ; J'omets en discutant l'emploi des paraboles... Mais contre le danger que nous voyons surgir. Au lieu de pleurnicher, il faut ensemble agir... Comptez sur moi, d'abord.

Cécile (^avec effusion^.

Ah ! je vous remercie.

Jean Brunelle.

Ce fripon des grandeurs perdra la fantaisie, Oi: je perdrai mon nom.

{A Oscar.)

Partons.

Oscar.

Je suis à vous.

Cécile.

Dieu vous guide !

Oscar {lui envoyant un baiser de la main). Au revoir.

Cécile.

Adieu. Protégez-nous.

Jean Brunelle.

Laissez faire en cela votre ami Jean Brunelle.

{Ils sortent au moment où Marianne entre.)

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