‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 68 sur 139 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

PAUL, ERNEST (^qiii est entré pcfu/a/it le dernier coup/et. sans être aperçu de Paul).

Ernest (<? part).

Décidément, tout ne va pas bien chez ce gaillard-là.

{Haut, eu toue/iaut Paul A F épaule?) Dis donc, mon vieux!...

Paul {surpris).

Heinl...

Ernest.

Tiens, comme te voilà effarouché !

l6o mélanges poétiques et littéraires

Paul.

Tu étais là ?

Ernest.

Oui, j'arrivais.

Paul {trouble).

Quand je... quand tu ?...

Ernesi'.

Quand je suis entré, parbleu !

Paul.

Tu m'as donc entendu ?

Ernest.

Non... c'est-à-dire, oui... mais je n'ai rien compris.

Paul {soupirant).

Ah, mon cher ami !...

Ernes'j'.

Tu n'es pas bien ? Quelque chose sur l'estomac, je suppose ?

Paul.

Hélas ! c'est le cœur qui est malade !

Ernest.

Justement, je m'en doutais...

* Paul.

Tu t'en doutais ?...

Ernest.

Oui, que cette salade aux homards te ferait du mal.

Paul.

Une salade aux homards?...

Ernest.

Le fait est que c'est très malsain...

LE LAURÉAT l6l

Paul (^distrait^.

Quoi, le ?...

Ernest.

La salade aux homards.

Paul.

Eh ! qu'est-ce que ça me fait que ce soit indigeste, une salade aux homards ?...

Ernest.

Ça te fait... ça te fait... une indigestion, quoi 1

Mais je n'en ai pas mangé de cette salade !

Ernest.

Il fallait me le dire... C'est donc autre chose?... Au fait, j'ai remarqué, ce soir, à ma grande surprise, que, loin de prendre part à notre fête avec ta gaieté ordinaire, tu paraissais subir une certaine contrainte dans ton rôle de... héros du jour.

Paul {interj-oinpanf).

Ernest, j'éprouve le besoin de te faire une confidence !...

Ernesi.

Ah çà ! mon cher, entendons-nous ! Je ne goûte que très médiocrement les confidences... surtout après souper... ■ ■

Paul.

Oh ! il me faut ouvrir mon cœur à quelqu'un... sinon...

Ernest.

Il fera explosion ? C'est différent. Cas d'urgence. Je t'écoute, mon cher, avec... dévouement.

Paul.

Mon bon ami, je suis...

Ernest.

Toqué ?

102 MÉLANGES POÉTIQUES KV L1TTp':RAIRES

Paul.

Amoureux !

ErNES'I'.

Amoureux ? C'est la même chose... excepté que c'est le contraire. Le toqué se pousse, tandis que l'amoureux se laisse entraîner... Et quel est l'objet de tes soupirs ?

Paul.

Une adorable enfant qui...

Ernest.

Oh, ça va sans dire ! mais...

Paul.

Un trésor de grâces et de vertus !

Ernest.

Elles paraissent toujours ainsi... dans les commencements.

Paul. .

Belle... comme l'aurore !

Ernest.

C'est indispensable.

Paul.

Bonne ! Oh ! bonne comme...

Ernest.

Des ananas au sucre blanc... Rien de plus délicieux !... Elle est riche ?

Paul.

Qu'est-ce que la richesse, mon ami ?

Ernest.

La richesse ? C'est quelque chose fort insaisissable pour les trois quarts du genre humain, mais très commode pour ceux qui l'atteignent.

le lauréat 163

Paul.

Oui, mais on s'en passe bien.

Ernest.

C'est-à-dire que la dame de ta pensée n'est pas millionnaire?

Paul.

Non, Elle n'est pas riche; mais en revanche...

Ernest.

Elle est de haute lignée ?

Paul.

Sa position est très modeste, au contraire.

Ernest.

Allons donc !

Paul.

Son père est parti il y a plusieurs années pour la Californie, et l'on n'en a reçu aucune nouvelle depuis son départ. Sa mère en est morte de chagrin.

Ernest.

La pauvre femme ! Et leur fille .'*

Paul.

Elle fut recueillie par une vieille tante qui lui adonné, au prix de mille sacrifices, une instruction de premier ordre...

Ernest.

Mais c'est l'histoire de notre gentille petite Pauline, la nièce de la mère Michel !

Paul.

Tu l'as nommée.

Oui, tous les accomplissements En elle se confondent !

Ernest.

Fort bien. Et ses doux sentiments A ton amour répondent ?

Paul.

Hélas ! sur ce point, j'ai mes doutes !

Ernest.

Ah !... C'est un point essentiel !

Paul.

Oui, j'en conviens.

Ernkst.

Et tu redoutes Un refus?

Paul,

J'invoque le ciel Pour qu'il me donne le courage De lui déclarer mon amour.

Mais je ne sais quel noir présage A mes aveux vient couper court.

Ernest.

Bah ! Il faut avoir le courage De lui déclarer ton amour !

Et te moquer du noir présage Qui te joue un si mauvais tour.

Duo.

Paul. Ernest.

Oui, je veux avoir le courage Oui, tu dois avoir le courage

De lui déclarer mon amour, De lui déclarer ton amour,

Et me moquer du noir présage ï^t te moquer du noir présage

Qui peut me perdre sans retour ! Qui te joue un si mauvais tour !

Plus de faiblesse ! Plus de faiblesse.

J'aurai du cœur. Allons, du cœur!

La hardiesse La hardiesse

Est l'arme du vainqueur !• Est l'arme du vainqueur !

Fin du Premier A de.

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