‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 75 sur 139 · BERNARDIN, PAUL · texte numérisé non relu

BERNARDIN, PAUL

Paul.

Vous ne sauriez croire, cher oncle, le plaisir que j'éprouve à vous voir aujourd'hui...

Bernardin.

Oui, hein ! {A part.) Le fripon ! {Haut?) Ce plaisir est-il sans mélange ?

Paul.

Sans aucun mélange, je vous assure.

Bernardin.

Ta conscience n'éprouve aucun remords ?

Paul.

Aucun remords. Pas plus que n'en éprouve l'enfant qui vient de naître.

Bernardin.

Pourtant tu n'es pas précisément né d'hier.

Paul.

Non, pas précisément ; c'est ce qui prouve mon mérite exceptionnel.

Bernardin.

Or çà, monsieur mon neveu, nous allons, avec votre permission^ faire trêve au badinage !

Très volontiers ; je suis prêt a me soumettre au plus sévère interrogatoire.

Bernardin {à part).

Voyez donc quel aplomb ! Ah ! il est rendu plus loin que je ne pensais !...

le lauréat i 83

Paul.

J'irai même au-devant de vos questions.

Bernardin.

Tu peux t'en dispenser. Tes déportements me sont connus. Loin de poursuivre tes études avec l'assiduité d'un jeune homme soucieux de son avenir, tu dépenses follement ta vie en divertissements frivoles, au milieu d'un cercle de jeunes étourdis...

Paul.

S'il vous plaît...

Bernardin.

Silence !...

Paul.

Permettez-moi un mot d'exjjlication.

Bernardin.

Une explication ? Je voudrais bien entendre cela ! Oseras-tu nier ?...

Paul.

Bien plus. J'ai la preuve du contraire...

Bernardin.

Une preuve ! Ah ! Ah !...

Oui, une preuve irréfutable.

Bernardin.

A-t-on jamais vu pareille audace! Et. oii est-elle cette preuve?

Paul.

La voici.

(// /ire de sa poche son diplôme qu'il présente à Bernardin : celui-ci le déploie et reste stupéfait en le lisant.^ {Musique.^

Bernardin.

...Lauréat ! Premier grand prix !...

(// regarde Faiil quelques, i/istants d' un air étonné^ puis lui tend les deux bras. Paul s'y précipite?)

Ah ! pardon, mon cher enfant, pardon !... Quelle injustice !...

Paul.

N'en parlons plus, cher oncle. C'est votre sollicitude pour moi qui vous a fait prendre au sérieux les faux renseignements qu'on vous a donnés sur mon compte. L'important, c'est que je n'ai pas trompé vos espérances et que nous sommes heureux.

Bernardin.

Oui, mon cœur a été trop prompt, comme toujours... Je ne me corrigerai jamais de cela !... Mais, puisque tu ne m'en gardes pas rancune, réjouissons-nous et parlons de tes perspectives pour l'avenir.

Paul.

Je le veux bien.

Tu es arrivé à cette époque de la vie où l'on s'occupe sérieusement de fixer ses affections.

Paul.

J'y songe.

Bernardin.

Ah ! vraiment ! Cela s'adonne bien. Dernièrement, j'ai fait la rencontre d'une excellente personne, et j'ai pensé à toi.

Paul.

Ah ! c'est singulier ! Nous avons eu la même pensée.

Bernardin.

Comment cela ?

LE LAUREAT

Paul.

Moi aussi, j'ai fait la découverte d'une jeune îille accomplie, et j'ai pensé à...

Bernardin.

A quoi !

A moi.

Hein?

Oui.

Tu l'aimes ?

Passionnément !

Et tu veux l'épouser

Tout de suite.

Paul.

Bernardin.

Paul.

Bernardin.

Paul.

Bernardin.

Paul

Bernardin.

Ah I dis donc, mon enfant, mais qui est-elle, cette jeune fille ?

Paul.

La nièce de la mère Michel.

Bernardin (^faisant un haiit-lc-corps).

La quoi !... La nièce de cette vieille bonne femme qui m'a fait, il y a un instant, toutes sortes de grimaces ?... Es-tu sérieux ?

Les amoureux le sont toujours.

l86 mélanges poétiques et littéraires

Bernardin.

Sacrebleu, mon neveu, à quoi songes-tu?

Paul.

A mon bonheur.

Bernardin.

Mais elle est sans position, sans fortune, cette jeune iiUe !

Paul.

En la prenant ])our femme, j'épouse un trésor !

Bernardin.

Tut ! Tut ! Tut ! Point de sottises, mon garçon... Tu n'es pas lauréat, premier grand prix... et neveu, par-dessus le marché, de Jean-Chrysostome-Emmanuel Bernardin, pour la simple fantaisie de faire un mariage obscur, à la suite d'une amourette d'occasion.

Paul.

Vous ne la connaissez pas...

Bernardin (^s'cchaitffant).

Que je la connaisse ou non, cela ne fait rien à la chose, et je trouve un peu singulier, soit dit en pissant, que tu te sois permis de faire le choix d'une femme sans consulter mes goûts.

Paul.

Ne trouveriez-vous pas encore ])lus singulier que j'eusse omis de consulter les miens ?

Ainsi, tu persistes, en dépit de mes judicieuses observations?...

Paul.

L'honneur et l'amour m'y forcent.

Bernardin icdatant).

Eh bien, tâche que ces deux choses-là te fassent vivre, et ne compte plus sur moi... Un lauréat... premier grand prix, et

cœtera, neveu de Jean-Chrysostome-Emmanuel Bernardin, épouser une personne sans nom et sans fortune !... Ah ! mais c'est tout simplement énorme !

Paul.

Ecoutez-moi, s'il vous plaît.

Bernardin.

Pas d'explications !... je ne consens à rien !... Ne m'en parle plus I

Hé, morbleu, c'est presque un amour

Illicite !...

Puisque, par un si mauvais tour,

On m'irrite.

Eh bien, c'est fait, pour couper court. Mon neveu, je vous déshérite !

Paul.

Votre tempérament, Cher oncle, en ce moment.

Vous fait innocemnent Commettre l'arbitraire.

{^Bernardin fait un iiioi/veine?if (f impatience.^

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