‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 85 sur 139 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

Les mêmes. ARTHUR.

Arthur (^saluant amicalemeiif).

Ma foi, je me suis fatigué d'attendre après cette perfide Lisette et j'ai pris la liberté de sauter par-dessus les formes pour venir vous présenter mes adieux avant mon départ...

Rose.

Vous nous laissez, ^L Arthur !...

Arthur.

Il le faut bien, mademoiselle.

DuCLOS {à part).

Allons, tant mieux !... Ça me remet un j)eu...

Arthur.

La position pénible dans laquelle se trouvera ma famille si, comme j'ai tout lieu de le craindre, nous perdons le malheureux procès que vous connaissez, me mettra dans la nécessité de m'en rapporter entièrement à mon proi)re travail pour vivre. Je n'ai pas voulu attendre la catastrophe pour me mettre à l'œuvre ; un ami, qui jouit d'une excellente clientèle, m'a oft'ert une société avantageuse ; j'ai accepté son offre et je pars demain.

DuCLOS.

C'est ce que vous avez de mieux à faire et je suis heureux, mon cher Arthur, de vous entendre énoncer un projet aussi favorable à vos intérêts. Qi parf) et à mon repos.

FATENVILLE 21 7

Rose Qi part, avec dépit).

Je m'en doutais bien I 11 fallait qu'il annonçât son départ pour être le bienvenu.

Duc LU s.

En attendant, j'ai l'honneur de vous présenter mon ami, M. FatenviJle.

Arthur (^sa/ua//t).

Monsieur...

{Fatenville, qui n' a cessé de lor^.:;>ier Arthur., le salue d'un air de protection.)

Arthur [à Rose').

Quelle est cette espèce ? .

Rose {bas à Arthur').

C'est une nouvelle affliction.

Arthur {souriant).

Quoi ! encore un prétendant ? Je ne vous laisserai donc pas seule avec vos ennuis.

R()SE {bas à Arthur).

C'est-à-dire que j'aurai un ennui de jjIus.

Fatenville (/;rt,s- à Duclos. indii/uaut Arthur du pouce^ pendant que celui-ci s'entretient à l'orx basse avec jRose).

C'est le bailli de l'endroit ?

Duclos {bas à Fatenville).

Pas tout à fait. Tl a été admis au barreau l'an dernier.

Fatenvu.uk {avec mépris).

Un avocat de campagne ; cela revient au même.

Duci.os.

Son i)ére était un des plus riches propriétaires de notre localité : mais une lacune dans ses titres a donné lieu ;i un procès

ruineux qui menace de le réduire à un état de gêne auquel ni lui ni son fils ne sont habitués.

Faienville.

C'est sans doute la faute de ses aviseurs légaux ; il y en a si peu, mon cher monsieur, qui soieat à la hauteur de leur mission

DUCLOS

Tout le monde n'a pas vos connaissances. Fatenville.

Oh ! je bénis le ciel tous les jours des quelques avantages qu'il m'a prodigués sous ce rapport;... mais n'allez pas croire que je me suis formé une trop haute idée de mes talents.

DucLos.

Au contrajre. je connais votre modestie.

Fatenville.

Je ne me vante jamais, moi. voyez-vous.

DucLos.

Je le sais bien.

Fatenville.

Et si j'ai un défaut, c'est de me mépriser.

DuCLOS.

C'est là votre malheur.

Rose {à Arllnir').

Pendant qu'ils s'entretiennent ensemble, passons dans le jardin, nous y causerons pkis a Taise de nos projets.

Arthur.

Je le veux bien ; mais peut-être que voire père...

Soyez tranquille. Un baiser sur chaque joue suffira pour...

Arthur {la suivant).

Je comprends... Et votre Fatenville?...

, , ,.. Rose,

Je saurai bien lui donner le change a celui-là.

Arthur.

Pas par le même procédé, j'espère ?

Rose.

Jaloux, va ! {Ils sortc/it.)

SCEAŒ VIII.

DUCLOS, FATENVILLE.

Fatenville {^avcc ii/iporfance).

Oui, mon cher monsieur, si l'ignorance est une grande afifiiction, la science, je vous assure, est un fardeau souvent très lourd à jjorter. Quelque plaisir qu'il y ait à dépasser, par la force de son propre génie, le niveau des intelligences ordinaires, on se sent quelquefois, dans cette sphère élevée, tellement au-dessus du commun des esprits, que malgré nous, le sentiment de l'isolement s'empare de notre âme, et l'on se surprend, par moments, à regretter d'être instruit.

Duclos.

En effet, ce doit être une terrible charge qu'une éducation hors ligne. {A part.) Quelle acquisiti(jn pour la famille des Duclos qu'une tête comme celle-là !

Fatenville.

Je m'étais tait l'illusion de croire à la possibilité de trouver, dans les hautes régions de la société, uiic compagne suffisamment douée pour parcourir avec moi les sentiers tortueux de l'étude et pour charmer mes loisirs par des entretiens dignes d'une intelligence d'élite. Mais j'ai bien vite reconnu l'inutilité de mes espérances et, dans mon dépit de me voir constam nent incompris, j'ai résolu de rechercher, au milieu des cercles plus modestes, une femme digne, sinon par l'esprit, (hi moins par les

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qualités du ccuur, de porter mon nom et de faire mon bonlieur, ("est j)our cela que je me suis dirigé du côté de votre paisible village...

DlTCLOS (^à parf).

Voilà «[u'il va faire sa déclaration ! je me sens aussi timide qu'une jeune fille ! Dieu, quelle catastrophe pour la famille des Uuclos, si Rose allait le refuser !

Fatenvili.k {coiit in liant) .

En un mot je consens a devenir votre gendre {sonnant i/^iin air de suffisance), si vous me jugez digne de cet honneur.

DucLOS {à part).

Mon Dieu! que répondre... {Haut.) Mais oui!... Mais certainement... L'honneur serait tout de notre côté et, pour ma part, je n'en serai que trop heureux; je crains seulement que ma fille ne puisse pas apprécier vos hautes qualités...

Fatenvii.le.

S'il n'y a que cela qui vous inquiète, soyez parfaitement ci l'aise. J'ai renoncé, comme je vous l'ai dit, aux grandes qualités intellectuelles et je ne me montrerai pas exigeant à cet égard. D'ailleurs, votre enfant me paraît assez bien douée dé la nature et, avec un peu de culture, je ne désespérerais pas d'en faire une femme distinguée. •

DUCLO.S.

Je vous avouerai que je suis un peu de votre avis. C'est peut-être une faiblesse de l'amour paternel, mais j'ai toujours cru ma fille destinée à épouser un homme de distinction.

Fatenville (ai'cc importance).

Comme vous le voyez, vos espérances n'ont pas été tout à fait déçues. {A fart.) Les miennes le seraient infiniment si la dot faisait défaut.

Du CLOS.

Je dois vous déclarer, cependant, qu'elle est un peu capricieuse dans ses goûts et que, si elle se mettait en tête de fermer

les yeux sur votre mérite et sur les avantages d'une alliance comme la vôtre, il serait peut-être un peu difficile de lui faire entendre raison. {A pari.') Voilà la grande difficulté entre nous.

FaTEN VILLE.

Encore une fois, soyez iranquilU-, et, si vous ne voyez que cet obstacle à mon bonheur, je me charge de le faire disparaître.

DUCLOS

Eh bien, je laisse la partie entre vos mains et je vous souhaite de tout mon cœur de la gagner... mais (je retournant)

j'avais oublié...

Fate.wille {de iiiênie).

En effet, ils étaient la... mais... (S//r/>//s de ne 7uiir personne.')

Duc LOS {cfare).

Comment, ils n'y sont plus '... Ah ! l'insolent !... l'impertinent... le... pardon, mon cher monsieur... excusez-moi... il faut que... pardon... je reviendrai... {^11 sort?)

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