‹ Melanges poetiques et litteraires. --Chapitre 88 sur 139 · LISETTE, JOSON · texte numérisé non relu

LISETTE, JOSON

I JosON {jlIcco lira lit tout effaré^. Lisette ! Lisette !... as-tu vu ?

fatenville . 223

Lisette.

Vu quoi, grand butor ?

JOSON

Tu l's'as pas vu tout à l'heure dans l'jardin ?

Lisette.

Tiens, c'est encore queuque mauvaise niche que tu veux me m'faire... J't'avertis, Joson, j'sus pas pour t'endurer.

Josox.

Non, non ; ma grap.d'conscience ! c'est la pure vérité que j'te conte là... Ils étaient tous les deux qui se promenaient bras dessus, bras dessous. Oh ! si t'avais vu comme c'était gentil... comme ils avaient Tair de s'aimer! Ma grand' vérité, Lisette, c'était iustement comme nous autres...

Lisette.

Qui ça, nous autres?

Josox.

Toi épi moi, quand t'es j^as trop d'mauvaise humeur.

Te v'ià encore avec tes bêtises !... Quand ça qu'on s'est promené, nous autres, bras dessus, bras dessous ? Dieu merci, j'm'accrocherai pas d'sitôt à un mal peigné comme toi.

JOSDX.

Hé ben. si j'ai pas la chevelure à ton goût, rieri n'empêche... tu m'i^eigneras... y'a toujours moyen d's'arranger entre gens raisonnables.

Lisette.

Oui, j'te i)eigncrai en efetie et d'Ia bonne façon.

Josox.

Mais j'conte ben qu't'es t'cncore fâchée, Lisette?

Lisette.

Belle demande 1 l'voudrais ben savoir qui s'qui l's'rait pas ?

JOSON

Lisette, il faut qu'j'te l'dise, y a une chose qui m'fait de la peine... T'es t'anne bonne fille ; t'as pas d'malice pour deux sous... t'es douce comme un agneau... tu n'voudrais pas faire de mal à une puce... et, malgré tout ça. faut toujours que tu m'dises des ditrctês quand j'veux t'parler d'nos p'tites affaires. J'cré qu'si mam'selle Rose en faisait la moitié autant a M. Arthur, il l'aurait bétôt ])lantée la.

Lisette.

Il n'sVait pas plus fin qu'toi, va.

Toujfuirs que c'est ])as raisonnable. Lisette, de m'traiter comme ça !... Tous les jours. j"t'apporte queuque chose, sous forme de compliment... C'est aune ]:)omme par-ci, c'est un bâton de tire par-là... Mes ga'^es entières y passent, quoi!... Tu croques tout, sans me dire seulement merci, et moi, en retour, faut que j'mange des mauvaises raisons et... des coups d'balai pardessus l'marché...

Si l'étais [xas toujours Ji)rès m'faire étriver. aussi.

JOSON

Mais tu sais ben qu'c'est pour rire, ça.

Lisette.

Et si j'n'aime pas à rire, moi.

Lh ben. n'ris pas ; mais n'te fâche pas. au moins.

Lisette.

C'est ben aisé d'pas sTâcher...

JosoN.

Tiens, Lisette, si tu veux dire comme moi. on vu tout oublier ce qui s'est passé ; {à part, se tâtaiit P épaule) pourtant qu'j'ai encore l'épaule sensible. {Rai/t.') J's'rai l'iueilleur garçon du

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monde... Tu ni'mèneras et m'ramèneras comme tu voudras... j'te frai manger des bâtons d'tire à t'en rendre malade ; mais, par exemple, quand j'te dirai que j't'aime, faudra pas qu'tu tïâches.

Lisettp:.

Je n'promets rien.

JOSON

Tu n'promets rien?... En v'ià encore anne belle affaire... j'vous d'mande, à c'te heure, quel beau ménage qu'on va faire... s'il faut seulement qu'tu t'enmalices un peu après l'mariage !...

Lisette.

Tout beau, monsieur, qui est-ce qui vous parle de mariage?

Belle demande !... Tu sais ben qu'tu m'as promis...

Lisette.

J't'ai rien promis. J't'ai dit qu'si t'étais bon garçon, épi... si maman voulait, épi... si j'en trouvais pas d'autre... que p't'être ben...

JOSON

En faudrait ben des .t/ comme ça pour monter un ménage... Eh ben, qu'est-ce que c'est qu'tu m'as dit, voyons?

Lisette.

J't'ai dit... J't'ai pas dit... J'i'ai rien dit...

Josox (^à part).

Bon ! v'ia qu'il va falloir tout r'commencer à c'te heure... Oh! c'est pas possible... faut qu'ça finisse.. {A Lisette.) Ecoute, Lisette, veux-tu d'moi ou n'veux-tu p;is d'moi ! {Avec emportement .) Réponds anne fois pour toutes ! Oui z'ou non !

Lisette.

C'est selon.

]o^O'H {s' excita /if i:;}-ai/i/el/ei/ietit^.

Ah çà ! y'a pu d'badinage, enteiids-iu -... C'est à prendre ou à laisser... J'en connais ben d'autres... et des jolies filles encore, qui s'raient ben fières de s'ajjpeler madame Joson.

Lisette {s\u/oi/assa/if') .

Comme te v'ia revêche tout d'un coup, Joson !

Joson.

Via assez longtemps que j'me fais iiiaganiier ; j'veux pu en ■endurer de tes viaicvaisctés et, puisqu'il faut être si ben tourné pour être de votre goût, mam'selle...

Lisette (V/V/// ton conàliant).

Mais, j'ai jamais dit qu't'étais pas d'mon goût, Joson !

Joson {ii part^.

Tiens! la v'ia encore qui change de gamme; mais c't'égal... j'sus ben décidé. {Haut, avec c/iifivtcincnt.') J'commence à m'tanner d'être maltraité comme ça I

Lisette {(fi//i ton /ar/novani').

Tu dis que j'sus mauvaise, épi que j'te maltraite... mais c'est toi, Joson, qu'es toujours à m'gronder... {elle porte le coin de soti tablier à ses yeux) et à m'faire du chagrin.

Joson {à /art).

Tiens bon, Joson !

Lisette {sa/iglota/it).

Si t'avais d'ia mémoire, un peu... tu t'souviendrais ben... d'ia fois que j'ai... demandé pardon... pour toi à M. Duclos... qui voulait t'chasser parce que t'avais laissé entrer... un quéteux dans son bureau... et qu'il avait été obligé... d'iui donner... deux sous, pour s'en débarrasser.

Joson {à part).

C'est vrai ça ; sans elle je perdais ma place.

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Lisette {sanglotant toujours).

Epi la fois qu't'étais si malade... et que j't'emportais du bouillon tous les jours... et que j'dorraais pas des nuits... parce que l'docteur avait dit qu'ça pourrait mal tourner...

Josox {à part).

Ya pas moyen d'y tenir !... {Haut cfun ton braillard.) Lisette, j't'en prie, n'pleure pas comme ça... ça m'fend le cœur !... Tu sais ben qu'il n'tient qu'à toi d'nous mettre d'accord... T'es toujours d'si mauvaise humeur quand j't'approche... épi... c'est c'balai qui nous arrive sur les épaules à tout propos... Penses-tu qu'c'est ben amusant d'être sans cesse su'1'qui-vive, crainte de s'faire...

Lisette {pleurant toujours).

Mais tu sais ben, Joson. qu'c'est ta faute aussi...

JosON (^7/;- le même ton).

Mais non, c'est pas nifi faute... J't'aime comme anne bête et j'demande pas mieux que d'te faire plaisir...

Lisette {sanglotant toujours).

Et moi aussi j't'aime. Joson, tu l'sais ben.

]osoN (//// tendant les deux bras).

Eh ben, puisque tu m'aimes... épi, que j"faime, sa]')risti... aimons-nous donc...

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