COURT PARALLÈLE ENTRE LE PAGANISME ET LA RELIGION CHRÉTIENNE
*Tr ES admirables satires de Juvénal montrent de la manière -^ la plus lucide dans quel état de corruption était tombé l'empire romain, sous l'influence du paganisme. Et comment en aurait-il été autrement ? Parcourez toute l'échelle des déités de l'Olympe : quels exemples ces divinités elles-mêmes donnaient à leurs tristes adorateurs !
C'est, d'abord, Jupiter, le maître des dieux, qui se révolte contre Saturne, son père, le chasse impitoyablement de son royaume et enseigne ainsi de quelle façon il faut pratiquer l'amour filial. Ce même Jupiter offre aux époux une image étrange de la concorde et de la fidélité, en provoquant sans cesse la jalousie de Junon par ses turpitudes. Fatigué, sans doute, des charmes de sa digne compagne, il daigne parfois quitter son trône et parcourir le monde, en quête d'aventures galantes. Il se métamorphose en taureau pour enlever Europe, séduit Léda sous la forme d'un cygne et se change en pluie d'or, afin de pouvoir pénétrer chez Danaé. Alemène lui donne Hercule ; Maïa, Mercure, et Mnémosyne, les neuf Muses. La belle école d'amour conjugal !
C'est, ensuite, Vénus, dont le culte obligeait ses prêtres et ses adeptes à l'impudicité la plus éhontée. Ses temples, florissant surtout à Cythère, étaient les sanctuaires de la volupté.
C'est Diane, surnommée pourtant la chaste déesse, qui brûle d'amour pour le bel Endymion, berger de Carie.
La sage Minerve, elle-même, n'est-elle pas un modèle de vanité et d'impudeur quand elle se présente, dans le plus simple appareil, devant le perfide Paris, pour disputer le prix de la beauté, la fameuse pomme, à Junon et à Vénus ? Vénus l'emporte; mais, plus tard, la partie vaincue satisfera son ressentiment dans l'effroyable guerre de Troie, enseignant ainsi aux humains l'oubli des offenses.
Quelles vertus les habitants de l'Olympe pouvaient-ils exiger des faibles mortels ?
Est-ce l'amour paternel ? Mais l'époux de Junon (d'après d'autres Junon elle-même) précipite du ciel son fils Vulcain, pour sa laideur et sa difformité.
La douceur et le pardon des injures ? Apollon et Diane percent de leurs flèches les enfants de Niobé, qui s'était raillée de la modeste progéniture de Latone, leur mère.
La bonne foi, la probité, le mépris de l'or? Mercure est le dieu de la chicane et du vol ; Plutus, celui des richesses.
C'en est assez! Arrêtons ici cette triste nomenclature et ne nous étonnons nullement de la perversité des païens, des impudicités d'une Messaline et de la cruauté des Césars, en un mot, de l'effroyable décadence de l'empire romain.
On objectera, peut-être, que les premiers siècles de Rome présentent cependant, à nos regards, une succession d'hommes vertueux, montrent même le spectacle d'une société très remarquable. Nous répondrons que cette monarchie, première forme de gouvernement chez les Romains, et la république qui lui a succédé, l'on sait de quelle manière tragique, renfermaient dans leurs législations plusieurs lois monstrueuses, signes incontestables de la corruption des mœurs déjà à cette époque reculée, et que la religion des premiers Romains, exempte encore de certaines pratiques et divinités importées plus tard de la molle Hellade, était moins propre à corrompre les cœurs. Sans cette importation, la ruine de l'empire romain eût été plus lente, nous l'accordons, mais elle était fatale.
Si l'œuvre de Juvénal est la condamnation même du paganisme qui a plongé Rome, c'est-à-dire presque le monde entier, dans
l'abîme, elle est aussi la plus belle apologie du Christianisme qui a su l'en tirer.
L'Evangile paraît ; et, bientôt, du sein de cette société pervertie jusqu'aux moelles, surgit une multitude de héros, qui lavent, dans les flots de leur sang, les souillures du monde païen. En vain, on les moissonne : semblable au grain de blé jeté par la main du laboureur sur un terrain bien préparé, tout martyr qui tombe au Colisée engendre au centuple des athlètes du Christ : Sanguis martyrum, semen Christianorum. Des millions de martyrs des deux sexes, de tous les âges, de toutes les professions, de tous les rangs, expient avec joie, au milieu des tourments inventés par la cruauté la plus raffinée, les infamies des adorateurs des faux dieux.
Mais, le fleuve pur et majestueux du Christianisme monte toujours et gagne enfin le palais, que dis-je ? le trône même des Césars : Constantin embrasse la Croix avec ardeur et Hélène remplit de sa piété admirable les lieux déshonorés par les monstruosités d'Agrippine et de Néron. Quel enseignement pour l'impie !
Le Hasard ?
*y ORSQu'oN se trouve en présence d'un chef-d'œuvre, produit '^ d'un habile ciseau, d'un pinceau merveilleux, on tombe en extase et l'on cherche instinctivement la signature que porte la statue ou le tableau, afin de connaître la main qui mania l'outil et de pouvoir offrir à l'artiste, passé désormais à l'immortalité, l'hommage d'une sincère admiration. Si quelqu'un s'avisait d'en rire et de prétendre que l'œuvre est l'effet du hasard, il serait traité d'insensé et conduit aux Petites-Maisons.
Que dire, alors, des humains qui tiennent un pareil langage à la vue du chef-d'œuvre des chefs-d'œuvre, de l'univers?
Hasard, les splendeurs d'un beau jour d'été, le soleil inondant tour à tour l'un et l'autre hémisphère de ses rayons ardents et féconds, les couvrant de verdure et de moissons, donnant aux fleurs leur parure et leur parfum ?
Hasard, cette variété innombrable d'êtres si merveilleusement conformés, s'agitant dans le Ciel, sur la surface de la terre ou dans les abîmes des mers, créatures toutes dominées par un roi, chef-d'œuvre de noblesse et de structure, l'homme, ouvrage lui-même du hasard ?
Hasard encore, le choc des éléments déchaînés, le grondement de la foudre, les fureurs de l'Océan contenu par les grains de sable ?
Hasard, surtout, ces myriades d'astres étincelants semés dans le firmament, leur volume prodigieux, leur distance effrayante et leur admirable gravitation ?
En vérité, la plume se refuse à qualifier une telle aberration. Grand Dieu, prenez pitié de tant d'aveuglement et daignez recevoir le tribut de nos adorations !
L'Infini.
Qu'est-ce que l'infini ? Quel génie pourrait l'expliquer ? Représentons le kilomètre par un. Alignons à sa suite autant de zéros qu'il en faudrait pour couvrir la circonférence de la terre à l'équateur : nous obtiendrons ainsi un nombre effrayant, innommable. Multiplions ce nombre par lui-même autant de fois qu'il y a eu de feuilles sur les arbres depuis le commencement du monde, autant de fois qu'il y a de grains de sable sur le bord de l'Océan et dans son sein. Recommençons sans cesse les mêmes opérations, pendant toute notre vie, et faisonsles continuer par nos descendants, jusqu'à la fin des temps. Est-ce là l'infini ? Nous n'en approchons pas d'une ligne. L'infini c'est Dieu. Or, Dieu est incompréhensible.
Rien n'est plus propre à nous montrer sa puissance et son immensité que l'étude de l'astronomie. Méditons seulement les deux points suivants de cette science admirable :
La voie lactée est une agglomération si riche en étoiles que les astronomes en ont compté jusqu'à dix-huit millions, dont la moindre est beaucoup plus considérable que notre soleil, qui lui-même est déjà un million quatre cent mille fois plus gros que la terre. Et, pourtant, si l'on sonde les profondeurs du Ciel à l'aide du télescope, dont la puissance est très limitée, on y découvre quatre mille nébuleuses, qui, la plupart, sont plus importantes que la voie lactée !
On sait que la lumière parcourt 300000 kilomètres par seconde. Eh bien, il y a des étoiles placées si loin de nous que, si elles venaient tout à coup à s'éteindre, elles seraient encore visibles pour les habitants de la terre pendant un grand nombre d'années ! Quelles distances effrayantes ! Quel n'est point le volume de ces astres, pour que nous puissions les apercevoir !
Et, cependant, cette réalité qui nous écrase n'est rien encore ; car, si nous pouvions nous transporter le télescope en main à cette extrême limite, de nouvelles myriades d'astres s'offriraient à nos yeux ravis. « Par de là l'infini, l'infini recommence. »
Grand Dieu, que nous sommes faibles par notre corps, chétif atome qui s'agite un instant sur cette terre ; mais que nous sommes grands par notre âme, qui peut s'efforcer de comprendre votre immensité, de connaître vos œuvres et de vous en rendre gloire !
Jésus-Christ.
-^^ANS la vie, on cherche un ami sincère, dévoué, intelHgent, "^^ charitable et, surtout, constant dans le malheur. Qui peut se vanter d'avoir trouvé cette perle rare ? L'Histoire rapporte à peine quelques exemples approchant de cet idéal. Et, cependant, comment achever heureusement ici-bas notre pénible et périlleux voyage sans un appui sûr et dévoué? Ah! chrétiens, réjouissonsnous ! Nous avons un ami sans égal ; le plus beau, le plus tendre, le plus constant, le plus doux, le plus compatissant, le plus intelligent dans l'art de comprendre nos douleurs, parce qu'il les a toutes souffertes, comme homme ; le plus capable de nous consoler et de nous secourir, même au delà du tombeau, parce qu'il est Dieu : c'est Jésus-Christ.
Hélas! beaucoup, après L'avoir connu, L'ont abandonné, que dis-je, lancent le sarcasme et l'outrage à cette aimable et douce figure !
Comment! toute la vie du Christ n'est qu'une suite de souffrances endurées pour nous ! Chacun de ses pas est marqué par un bienfait ; chacune de ses paroles, chaque battement de son cœur brûlent d'amour pour l'humanité ; chacun de ses actes tend toujours à consolider notre bonheur, qu'il cimente par un trépas qui fait frémir. Il achève sa carrière sans tache en se donnant à nous, en pardonnant à ses bourreaux, comblés de ses faveurs.
Il assure non seulement le bonheur individuel, mais encore celui de la société, car c'est en Lui seul que se trouve la solution des questions sociales, que les philosophes et les économistes s'évertuent vainement à chercher ailleurs. Si sa doctrine était fidèlement observée, on peut affirmer que l'âge d'or renaîtrait dans le monde ébranlé jusqu'en ses fondements.
Qui pourra jamais dépeindre la perfection physique et morale du Messie ? Les peintres ont jeté leurs pinceaux, incapables de reproduire fidèlement les charmes ineffables du visage de l'Homme-Dieu ; les poètes ont brisé leur lyre, impuissante à chanter dignement ses vertus.
Et, pourtant, si jamais nul ne fut, n'est, ne sera plus aimé ni plus digne de l'être, nul auesi ne fut et n'est encore plus haï. Mystère d'ingratitude! Abîme de folie!
Pour nous, chrétiens, voici la synthèse à tirer de cette brève méditation
Ici-bas : Quel est le but suprême ? — Connaître Jésus-Christ.
Quel est l'honneur le plus grand? — Servir Jésus-Christ.
Quel est le bonheur parfait ? — Posséder Jésus-Christ.
Comment Le connaîtrai-je ? — Par la lecture et la
méditation de sa vie, de sa doctrine et surtout de
sa passion.
Comment Le servirai-je? — Par l'imitation de ses vertus.
Comment Le posséderai-je ? — Par l'Eucharistie, gage
de l'Immortalité.
Mémento semper !
Juin 1906.