SCÈNE IV
Qu'avez-vous donc à me regarder comme une statue? Rendezvous utile ! Aidez-moi !
RENÉE DE LINON, aidant Madame de Limange à se débarrasser de son chapeau et de son manteau.
Oh ! pardon, ma tante; je ne savais pas {Avec douceur.)
Vous avez fait une agréable promenade, ma tante?
MADAME DE LIMANGE.
Que t'importe. Renée ? Je ne suis, du reste, pas sortie pour me promener. J'avais d'autres sujets d'employer utilement un temps précieux. Je me suis, surtout, occupée de toi.
RENÉE DE LINON, surprïse et craintive.
De moi ! Puis-je vous demander, ma tante ?
MADAME DE LIMANGE.
Que t'importe, encore un coup ! Tu le sauras assez tôt.
FiRMiN, heurtant une chaise dans son indignation. {A part.) Oh ! la chipie !... Pauvre petite !...
MADAME DE LIMANGE, se retoumant.
Quoi ! toujours là, Firmin ? Qu'as-tu donc fait depuis mon départ, il y a trois heures de cela ? Sans doute flirter avec Rose, aussi tête de linotte que toi ? Mais nous y mettrons bon ordre. Le service est ici par trop négligé.
FIRMIN, à part.
Jour de Dieu ! que sera-ce donc, alors ? Je plains nos successeurs !
MADAME DE LIMANGE.
Tu dis?
FIRMIN, se contenant.
Rien. J'écoute, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
As-tu fait, au moins, ce dont je t'avais chargé ?
FIRMIN
Oui, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Mon courrier ?
FIRMIN
Porté, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Mes journaux ?
FIRMIN
Achetés, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Mon nouveau chapeau ?
FIRMIN
Reporté, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Et mon billet l'accompagnant?
FIRMIN
Remis, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Pas de réponse ?
FIRMIN
Non, Madame la comtesse.
MADAME DE LIMANGE.
Tu aurais dû la demander et me la rapporter par écrit.
FIRMIN, à part.
Morbleu, j'enrage !
MADAME DE LIMANGE.
Les choses sont toujours faites à demi.
FIRMIN, un peu ironique.
Madame la comtesse voudra bien reconnaître, cependant, que je n'ai pas perdu tout à fait mon temps.