SCÈNE X
de Linon sur son cœur et déposant un chaste baiser sur son front.) Ma Renée... ma chère petite adorée!
MONSIEUR DE LiMANGE, s'opprochont d'cux gaiement.
Charmant ! charmant ! Mais, Renée, il y a pour toi d'autres présents plus utiles et moins poétiques que celui d'un cœur. Reçois, ma chérie, de ta tante cet éventail de dentelles ; de moi, ce collier de perles ; l'un et l'autre commencent ta corbeille ; et (finement) de notre cher Lucien, cette jolie bague émeraude et brillants, celle de vos fiançailles.
RENÉE DE LINON, OU comblc dc l'émotion.
Oh! que vous êtes tous bons pour moi ; oui, tous !... Merci... merci !
(Soudain, la porte de gauche s'ouvre et Firmin, en livrée, entre, suivi de Rose, portant une magnifique corbeille d'orchidées, et de tous les domestiques de la maison. Ceux-ci se groupent dans le fond de la scène, tandis que Firmin et Rose s'avancent vers Mademoiselle de Linon. Stupéfaction des autres personnages.)
FIRMIN, vivement ému. Il tient en main un papier qu'il lit en bredouillant.
(Il tousse.) Hem !... hem !... Mademoiselle, en ce beau jour..., laissez-moi... hem!..., avec la permission de Monsieur le comte, en ce beau jour du vingtième anniversaire de votre désirée naissance,... hem !... laissez-moi, au nom de tous mes camarades et du mien, vous offrir cette corbeille de fleurs... hem!..., symbole de vos grâce, jeunesse et beauté. Laissez-moi vous exprimer tout ce que nos cœurs renferment de ... hem! ... hem!... de désirs pour vos prospérité et bonheur. Pénétré d'admiration, pénétré de... de... {Tous rient. Vite et froissant son papier, qu'il ne lit plus.) Au diable! Pas n'est besoin de tant de [phrases ronflantes, pour vous dire que tous nous vous aimons de tout notre cœur, et pour vous le prouver, j'invite mes camarades à crier avec moi : « Vive Mademoiselle de Linon ! »
Tous répètent : Vive Mademoiselle de Linon ! Vive Mademoiselle de Linon !
RENÉE DE LINON, s'avançofit au bras de son fiancé.
(Émue et rayonnante.) Merci, mon bon Firmin ; merci, ma chère Rose, de votre délicate attention. J'en conserverai toujours, comme Monsieur de Borand, mon fiancé, le doux souvenir. (Elle leur donne la main, ainsi qu'à tous les domestiques, leur disant :) Merci, mes chers amis, merci !
Tous crient : Vive Mademoiselle de Linon ! Vive Monsieur de Borand !
MADAME DE LIMANGE.
(A sa nièce et à Monsieur de Borand, qui reviennent vers elle.) Eh bien, mes enfants, votre bonheur n'est-il pas un peu mon œuvre et n'ai-je pas raison de m'occuper, parfois, des affaires des autres? (Finement.) Toi, surtout, ma chérie, ne me remerciestu pas, maintenant, de ma démarche ?
RENÉE DE LINON
• (L'embrassant.) Chère... chère tante!... Moi qui croyais....
MADAME DE LIMANGE.
Que je ne t'aimais guère ? Je t'aime beaucoup, au contraire, mais à ma manière, qui vaut bien celle des autres, n'est-il pas vrai? (Aux domestiques.) Allons, mes amis, soyons tous à la joie pour célébrer ce jour, doublement beau, du vingtième anniversaire de Mademoiselle de Linon et de ses fiançailles avec Monsieur le marquis de Borand. Vous êtes libres. Firmin veillera à ce que rien ne vous manque, pour fêter ces heureux événements. Allez !
FIRMIN, à part.
Ah! voilà qui me réconcilie un peu avec Madame Toucheà-Tout, et je crierais presque : « Vive Madame la comtesse ! »
(Les domestiques, prenant ces derniers mots pour un signal, crient tous ensemble en sortant : Vive Madame la comtesse !