‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 45 sur 120 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

PAULIN

Est-ce bien toi, Paulin, qui parais en ces lieux ? A quelle insigne honte es-tu réduit, grands dieux ! Moi, vainqueur autrefois des légions romaines, Qui, le sang de César circulant dans mes veines. Devrais entrer dans Rome en l'appareil des rois, Paraître en ce palais pour y dicter mes lois, Je viens ici, malgré mon illustre origine. En humble suppliant de la triste Eponine. Et ce qui tous les deux nous rend plus avilis Nous venons implorer un traître, Civilis; Civilis, autrefois le fier chef des Bataves, Aujourd'hui d'un tyran le plus vil des esclaves, Qui tient entre ses mains de Sabinus le sort. En est-il encor temps ? N'est-il point déjà mort ? Pourrons-nous à ses fers, au trépas le soustraire? Ne prîrons-nous en vain un trop indigne frère ^ ^

1 Julius Paulus, dont j'ai fait Paulin, et Julius Sabinus se prétendaient issus de Jules César. •i Julius Paulus était le frère de Civilis. Tous deux, et surtout le second, luttèrent avec succès contre les Romains, mais finirent par être vaincus.

160 ÉPONINE

De héros devenu suppôt de Vespasien ?

O chère amante Uda ! trop généreux soutien

Des malheurs d'Eponine, épouse infortunée,

Pourquoi n'avoir souscrit à mes vœux d'hyménée

Qu'à ses pleurs si je rends son époux Sabinus ?

J'aurais dû t'oublier; je t'en aime encor plus!

Quand d'une amie ainsi tu ressens la détresse,

Que n'aura point l'époux objet de ta tendresse ?

Tentâtes, aux combats soutien de nos guerriers ' ,

Divin dispensateur des glorieux lauriers.

Daigne écouter ma voix en ce moment suprême !

Si, par le favori de Vespasien lui-même.

J'arrive à réunir deux époux malheureux

Et couronne par là mes légitimes feux,

Je jure de bientôt en ces murs reparaître.

Pour y laisser ma vie ou t'immoler un traître !

Albin l'a prévenu que je l'attends ici.

On vient. Dissimulons. (Regardant au dehors ) C'est bien lui. Le voici!

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