‹ Mélanges poétiques & littérairesChapitre 58 sur 120 · ACTE n, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE III

EPONINE

0 coup soudain, affreux, qui détruit mon espoir,

Je reste contre toi sans force et sans pouvoir !

Sombre pressentiment qui, dans ma solitude.

Vint torturer bientôt mon cœur d'inquiétude,

Quand je vis que Paulin tardait tant à rentrer,

Ah ! pourquoi n'ai-je pu contre toi résister ?

En moi luirait encore un rayon d'espérance.

0 dieux, me deviez-vous ce surcroît de souffrance ?

Ne vous lasserez-vous des odieux Romains

De prendre contre nous la défense en vos mains ?

Que je suis malheureuse !

civius.

Eh ! qui vous dit. Madame, Qu'il n'est plus, désormais, nul espoir pour votre âme ?

EPONINE

Albin de Sabinus a présagé la mort !

CIVILIS

Albin peut se tromper lui prédisant ce sort.

EPONINE

Comme moi, son récit vous a frappé de crainte.

crviLis.

Mon âme de la peur ne ressent plus l'étreinte. Quant à mon souvenir se présente combien Cette humeur est fréquente au rude Vespasien.

ILDA.

Ses ordres visent-ils votre époux, Eponine ?

CIVILIS

Seul il ne subit pas la prison Mamertine ^ : Mille y sont enchaînés...

1 Célèbre prison de Rome.

178 EPONINE

Dont aucun, par le rang, Aux fureurs de César ne prête plus le flanc. En vain vous me bercez d'une folle espérance !

CIVILIS

De nos projets détruits j'ai la seule assurance. Mais, il nous reste encor, dans cette extrémité, (Comptez pour ce dessein en mon habileté), D'essayer sur César l'effet de la prière : D'Eponine c'était l'intention première.

Oublions donc, Madame, un contraire destin Et tournons nos efforts vers cette unique fin. Laissez-moi prudemment vous préparer la voie ; Mon message prochain vous rendra quelque joie. Retirez-vous.

EPONINE

Hélas ! c'est votre aveu, Seigneur :

Qui jamais de César fit fléchir la rigueur ? Lorsque de Vespasien l'on dit le caractère Par nature déjà si barbare et sévère.

Pouvons-nous espérer ce prodige éclatant De le voir devenir à mes malheurs clément. Quand vos projets trahis vont redoubler sa rage ? Non, non, le désespoir est mon dernier partage !

CIVILIS

Femme de Sabinus, soyez digne de lui ! Il vit. Vous lui devez jusqu'au bout votre appui. Si déjà votre amour émerveilla le monde, Qu'encor de plus d'éclat votre vertu l'inonde !

EPONINE

Eh bien ! oui, je le veux, je le dois. Pour ses jours, Jusqu'au dernier soupir je lutterai toujours ! Revoir mon Sabinus suffit à ma constance Et je veux jusque-là priser mon existence.

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