ACTE II, SCÈNE VI
Cérialis naguère a su tirer vengeance,
Tu fus par lui conduit à Rome en ma présence.
J'aurais dij, sans pitié, comme tes compagnons,
Te faire mettre en croix ou jeter aux lions.
Quelle cause pour toi me rendit exorable?
Comment à ton malheur devins-je secourable?
Je ne sais. Cependant, soit que, dans mes esprits.
Tes vertus, ta valeur furent de quelque prix;
Soit que ton éloquence et ta grande jeunesse
Surent rendre mon cœur sensible à ton adresse,
Je consentis enfin, pour la première fois,
A ne point t'appliquer la rigueur de mes lois.
Je te laissai le jour. Mieux, près de ma personne.
Tu devins officier, soutien de ma couronne.
Qui m'eût dit que jamais mon excès de bonté
Pût produire en ton cœur tant de {ierversité ?
Depuis longtemps déjà l'on t'observe en silence ;
Je dois me rendre enfin à l'extrême évidence :
Ce pouvoir, dont ici grâce à moi tu jouis,
Te sert à conspirer avec mes ennemis ;
Et, de tes trahisons pour couronner la suite,
Sabinus cette nuit devait prendre la fuite
Et gagner avec toi, sous un déguisement,
La Gaule en feu déjà pour un soulèvement.
Est-ce ainsi qu'abusant de ma lâche faiblesse
Tu tournes contre moi le calme où je te laisse?
Réponds, traître, et sois prompt à te justifier !
CIVILIS
Excusez....
VESPASIEN
Il suffit. Prends garde à l'appuyer ! C'est à lui de répondre. Allons, parle perfide!
ALBIN
N'attendez pas. Seigneur, que d'une voix timide Je vienne tout tremblant, à vos sacrés genoux, M'efforcer d'apaiser votre auguste courroux.
182 EPONINE
Moi seul ai mérité les foudres de votre ire : • Immolez donc Albin aux lois de votre empire. Mais s'il doit expier, Seigneur, son attentat, Il n'a point encouru la honte d'être ingrat. L'emploi que m'a donné jadis votre clémence, J'en ai gardé toujours la fidèle observance. Jusqu'au jour oii, soudain, votre sévérité Fit peser sur la Gaule un joug immérité Et du sang des Gaulois inonda l'Italie; Mon seul guide alors fut l'amour de ma patrie. Comment la mieux servir qu'en sauvant ses héros? Voilà tout le secret. Seigneur, de mes complots.
VESPASIEN
Tu reconnais ton crime! Et, pour toute prière, Tu juges ma conduite et braves ma colère! Si du sort des mutins, et du plus factieux. Tu te rends solidaire et surtout soucieux. Va partager leurs fers et bientôt leur supplice! (A sa suite) Retirez-vous. (A avilis) Demeure. (Aux gardes) Et vous, {Les gardes entraînent Albin.) [qu'on m'obéisse!