‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 2)Chapitre 6 sur 34 · CAVENDISH · texte numérisé non relu

CAVENDISH

(Extrait ^e la Bioffrapkie univtrHiU, 1813.)

Gavendigh (Henri). Ce chimiste célèbre naquit en 1733 : il était issu d'une des premières familles d'Angleterre. Second fils du duc de Devonshire, il n*eut, pendant sa jeunesse, que le sort ré-* serve, en Angleterre, aux branches cadettes, c'esWi-dire, une fortune trés-médiocre ; mais son goût pour les sciences et sa modération la lui faisaient trouver suffisante, il négligea tous les moyens d'en acquérir une plus considérable, en s'avançant dans les em*plois auxquels sa naissance aurait pu le porter. Aussi, ses parents, voyant qu'il n'était bon à rien, le traitèrent avec indifférence, et s'éloignèrent peu à peu de lui. Il se dédommagea en se livrant à ces sciences qu'il aimait tant, et bientôt ses découvertes lui attirerent, en suivant ses goûts, plus de célébrité et de considération personnelle qu'il n'aurait pu espérer d'en acquérir en les contrariant.

Cavendish est un des savants qui ont le plus contribué aux

progrès de la chimie moderne. C*est lui qui, le premier, analTfi les propriétés particulières du gaz hydrogène» et assigna les caractères qui distinguent ce gaz de Tair atmosphérique. C^tàlui que Ton doit la fameuse découverte de la composition de l'cao. Schéele avait déjà reconnu qu'en mêlant ensemble un volume quelconque de gaz oxygène et un volume double de gaz hydrogène, le mélange brûlait avec explosion sans laisser aucun résidu Tisible. Cavendish répéta cette curieuse expérience, mais avec la précision qui le caractérisait. Il enferma les deux gaz dans des vaisseaux de verre bien secs, afin de ne pas laisser échapper le résidu de leur combustion, et il trouva que ce résidu était de Teau dont la quantité égalait, en poids , celle des deux gaz employés. Lavoisier répéta depuis cette expérience sur des volumes de gaz plus considérables, et confirma pleinement les résultats de Cavendish. De son côté, M. Monge, à Mézières, obtenait des résultats semblables sans avoir connaissance des travaux du chimiste anglais, qui parait avoir l'antériorité de la publication. On voit que cette brillante découverte n'avait échappé à Schéele que pour avoir négligé la précaution de brûler les deux gaz dans un vase fermé.

Ce même esprit de précision dans les expériences fit faire à Cavendish une autre découverte qui avait échappé à Priestley. Ce fut celle de la composition de l'acide nitrique, qu'il parvint à former directement en combinant par l'étincelle électrique le gaz oxygène et le gaz azote dans des vaisseaux fermés. Il s'empressa de l'annoncer à H. Berthollet, qui, courrier par courrier, lui en* voya, en réponse, la composition de l'ammoniaque , qu'il venait de découvrir : genre de correspondance qui n'appartient pas à tout le monde.

Cavendish ne s'est pas moins distingué dans la physique, en y portant le même esprit d'exactitude. Il était aussi très-versé dans la haute géométrie, et il en a fait une application très-belle et très-heureuse à la détermination de la densité moyenne de notre globe. Il y parvint, en rendant sensible l'attmction exercée sur un

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petit disque de cuivre, par une grosse boule de métal. L'appareil qu*il employa pour cette recherche est absolument semblable à celui que Coulomb avait inventé pour mesurer les plus petites forces, et qu*il avait nommé Palance de torsion; mais le physi-< cien français n*avait pas songé à en faire cette application. Cavendish trouva, par ce procédé, que la densité moyenne de notre globe devait être cinq fois et un tiers aussi .grande que celle de Teau; résultat qui diffère très-peu de celui que Maskelyne avait déduit de la déviation latérale du fil à plomb, causée par Tattrac^ tien des Aontagnes.

Voilà quels ont été les travaux les plus importants de Caven^ dish. On conçoit que de si belles et de si importantes recherches peuvent bien illustrer une vie entière , et la rendre honorable, indépendamment des hasards de la fortune. Cependant, comme OD aime à connaître toutes les particularités qui concernent les hommes célèbres, il faut bien dire aussi que, vers Tftge de quarante ans, Cavendish avait éprouvé un événement qui aurait pu mettre la philosophie et la modération à bout, dans une âme où elles n'auraient pas été si bien enracinées. Un de ses oncles, qui avait été général outre-mer, étant revenu de ses courses en 1 773» avait trouvé mauvais que la famille eût négligé son neveu, et, pour l'en dédoinmager, l'avait fait, en mourant, héritier de toute sa fortune, qui se montait à plus de 300,000 liv. de rente. De sorte que Cavendish se trouva ainsi tout à coup le plus riche de tous les savants, et probablement aussi le plus savant de tous les riches.

Cet événement ne changea rien à son caractère ni à ses habitudes. C'était et ce fut toujours le simple M. Cavendish. Il était, en effet, d'une simplicité vraiment originale dans sa mise et dans ses manières. Rien ne lui était plus à charge que les détails d'une

maison. Aussi tout allait chez lui par des lois presque aussi constantes que celles des corps célestes ; tout y était réglé d'avance par des formules si exactes , qu'il n'avait jamais besoin de s'en

occuper. Ses domestiques étaient comme des automates, et » maison comme une montre qui n*aurait jamais besoin d*6tre remontée. Ses habillements ne changeaient jamais de forme, a couleur, ni de matière. Constamment vêtu de drap gris, on savai: d'avance,- par Talmanach, quand il fallait lui faire faire un hsl^i neuf, de quelle étoffe et de quelle couleur il fallait le faire ; ou si, par hasard, on oubliait Tépoque de cette mutation, il n*afait besoin, pour la rappeler, que de proférer ces seuls mots : /' tailleur.

Cet homme, qui dépensait si peu pour lui-môme, était d'iiM générosité vraiment royale pour les sciences, et pour la bienfaisance secrète. Il avait formé une bibliothèque immense et parfaitement choisie, qui était au service des savants, et de toutes les personnes curieuses d'acquérir de l'instruction. Il avait fait faire pour cela des cartes d'entrée tout imprimées, les unes portant la simple permission de travailler sur les livres, d'autres de les em* porter chez soi, suivant l'objet et les personnes; mais, afin de n'être pas dérangé par les lecteurs, il avait placé sa bibliothèque à deux lieues de sa résidence, dans le quartier où elle pouvait être le plus utile aux savants ; il y envoyait chercher les livres dont il avait besoin, il en donnait un reçu, et les rendait ensuite avec la plus grande exactitude. Noble et admirable désintéressement, qui allait jusqu'à le rendre scrupuleux à partager un bienfait public, dont lui-même était Tauteur.

Avec cette simplicité et cette bonté de caractère, Cavendish ne s'était jamais marié. Quelques chagrins qu'il avait éprouvés autrefois dans ses projets d'établissement , l'avaient détourné pour toujours du mariage. Il était d'une morale austère, religieux à la manière de Locke et de Newton. Il est mort à l'&ge de soixantedix-sept ans, membre de la Société royale de Londres, et l'un des huit associés étrangers de llnstilut de France. On conçoit aisément qu'un homme si modéré dans ses désirs ne pouvait pas, malgré le bien qu'il faisait, dépenser 300,000 liv. de rente; aussi cette

^ande fortune s*est-elle considérablement accrue pendant qu'il . possédait. Sa succession s*est élevée à un' million 200,000 liv. erl. (environ trente millions de notre monnaie). Il est sans iLemple qu'un savant soit mort en laissant une fortune si consi*' érable. Newton, Leibnitz, sont morts riches tous deux, mais in- 3mpàrablement moins. Cela sui&t toutefois pour prouver que le ënie et la modération ne sont pas tout à fait incompatibles avec i fortune, comme d'autres exemples, beaucoup plus nombreux, sndraient à le faire penser.

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