COULOMB
I Extrait de U Bioaraphie universelle, ^813. )
Cppipfnb [Charles-Augustin de] , célèbre physicien , naquit h Ângouléme, ^p 1736, d'une famille de magistrats, fl fit ses études à Paris, ^t entra de bopiie heure au service. D'abqrd employé à la Harfinigup, il y ponstruisjt le fort Bourf)Qn ; son talent déjà distiffgué, et son caractère, lui méritèrent un avanpemept Rapide. Malgré 1^ dépérissement de sa santé, attaquée par Tinfluence du climat, il resta epcpre trois ^ns daps cette lie, pour les besoins du service : presque tpus ses caiparades y périrent, et, lorsqu'il revint en France, un changement de ministre le priva de la juste récompense ^e son dévoupment. Pendant un court séjour qu'il fit à Paris, il se lia avec les savants, dont il était déjà très-connu pav un premier mémoire sur la statique des vpûtes, qu'il avait présente à l'Académie des sciences en 1776. En 1779, il fut envoyé à Rochefort. Ce fut là qu'il composa son mémoire intitulé : Théorie des machines simples, qui remporta le prix double proposé par TAcadémie des sciences sur cette question importante, où il s'agissait surtout de bien apprécier les effets du frottement et de la raideur des cordages. M. de la Touche-Tréville , qui commandait alors à Rochefort , donna les ordres les plus précis pour que
l'on mit à la disposition de Coulomb tout ce dont il avait besoîfi pour faire en grand ses expériences, et celui-ci a parlé toate sa vie, avec reconnaissance, de cette faveur. Il fut successiTement envoyé à Ttle d*Aix et à Cherbourg, pour les travaux du génie, et, deux ans après , il fut reçu à l'Académie des sciences , à Funanimité.
BientAt, une occasion délicate fit éclater la pureté de son caractère et son inaltérable probité. Un projet de canaux de navigation fut présenté aux Etats de Bretagne ; il fallut en discuter la possibilité et les avantages. Le ministre de la marine nomma Couloml) commissaire du roi prèsdes États, pour procéder à cette vérification. Coulomb, transporté sur les lieux, ne tarda pas à reconnattre que les avantages présumés du projet seraient bien loin de compenser les frais énormes qu'entraînerait l'exécution. D le combattit avec force, et, malgré l'influence d'un parti puissant, son opinion prévalut. Ce service important lui valut d'être desservi près du ministre de la guerre, et sa récompense fut une détention & l'Abbaye, sous le frivole prétexte que, en acceptant cette commission honorable, il n'avait pas demandé l'agrément de son supérieur immédiat, le ministre de la guerre. Coulomb, blessé de celte injustice, donna sa démission, que l'on ne voulut point accepter. U eut l'ordre de retourner en Bretagne, pour le même objet; il y porta la même fermeté, la même intégrité; enfin, les États, éclairés sur leurs véritables intérêts, reconnurent leur erreur, firent à Coulomb des offres brillantes, qu'il refusa, et obtinrent seulement de lui qu'il acceptât un bijou, aux armes de la province. C*était une excellente montre à secondes, dont il se servit, dans la suite, pour toutes ses expériences. Jamais présent ne fut mieux choisi, ni plus employé.
En 1784 , Coulomb fut nommé intendant des eaux et fontaines de France. En 1 786 , on lui donna, sans qu'il l'eût demandée, la survivance à la place de conservateur des plans et reliefs. Vers cette époque , il fut un des commissaires que TAcadémie des
sciences envoya en Angleterre , pour prendre des renseignements sur Tadministration des hôpitaux. Il était alors chevalier de Sain^ Louis et lieutenant-colonel du génie. La révolution éclata; Coulomb donna la démission de toutes ses places, perdit tout ce qu'elles lui donnaient de fortune, et, dans une retraite absolue, se consacra k l'éducation de ses enfants. Cependant il ne cessa point de cultiver les sciences. Car, même au milieu des occupations qu'entraînaient ses emplois, il avait donné à l'Académie un grand nombre de mémoires importants sur diverses questions de mécanique, sur le frottement, sur le magnétisme et l'électricité. Comme, dans ces deux dernières parties , Coulomb doit être mis au rang des inventeurs, nous devons entrer aussi dans plus de détails.
L'habitude qu'il avait prise, dans ses premières recherches, d'allier le calcul aux expériences, lui avait donné ce sentiment et ce besoin de la précision, sans lequel on ne peut jamais pénétrer dans les principes secrets des phénomènes. Coulomb avait entrepris une suite d'expériences sur l'élasticité des fils de métal, et, pour la connaître, il eut l'idée ingénieuse de chercher à observer la force avec laquelle ils revenaient sur eux-mêmes quand ils avaient été tordus. Il découvrit ainsi que ces fils résistaient à la torsion d'autant plus qu'on les tordait davantage, pourvu que l'on n'all&t pas jusqu'à les altérer dans leur constitution intime. Comme leur résistance était extrêmement faible, il conçut qu'elle pourrait servir pour mesurer les plus petites forces avec une extrême précision. Pour cela, il suspendit en équilibre une longue aiguille horizontale à l'extrémité d'un fil de métal. En supposant cette aiguille en repos , si on l'écarté d'un certain nombre de degrés de sa position naturelle, le fil qui se trouve ainsi tordu tend à l'y ramener par une suite d'oscillations dont on peut observer la durée ; cela suffit pour que Ton puisse évaluer, par le calcul, la force qui a détourné l'aiguille. Telle fut l'idée et la disposition de Tinstrument ingénieux que Coulomb nomma Balance de torsion. Il s'en servit bientôt pour découvrir les lois que suivent les attrac-
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tions et les répulsions électriques et ihàgnéllques. Il IroiiVa qu'elles sont les mêmes que celles de rattractlori béle^le. Quelclbes années après» le physicien atlglâis Cafehdlsh se servit du triéme procédé pour mesurer l'attraction d'Un globe dfe plomb et le comparer à celle dii globe de la terbé. Nous devons à la justice de dire que le célébré astronome tobie Mayel* était aussi parvenu, de son c(3té, à découvrir la loi des dttractlorls magnétiques, par une voie, à la vérité, beaucoupi plus pénible que celle que Coulomb avait suivie; mais son travail h'aValt jamais été publie, et nous en devons la connaissance k l'extl^it de cette partie db se^ manuscrits, que le fils de cet Hdmthe célèbre a bien voulu nous bommuniqiier.
Coulomb sentsLit trop bieii Tutllité de Tinstrûment tiotiveau qu'il avsiit découvert, pour n'en pas multiplier les applications. Il entreprit dé s'en servir pour déterminer, par expéhences, les véritables lois de la distrlbutiod de Télectricité à la Surface des corps et du magnétisme dans leur intérieur : l'ordre qu'il mit daiis ses recherches n'est pas moins admirable que rexactitlide et la nouveauté de ses résultats. Il commença par détermine^ la quantité d'électricité qui se perd, dans uil teitips donné, par les divers supports ; alors il put non-seulement déterminer la nature de ces supports la plus favorable & la conservation de l'électricité, mais il put encore les considérer comme parfaits, et les rendre tels par le calcul. Il pi^oUTd ensuite, par rëxpërience, qile réiectricité âe partage entre les corps, non pas en vertu d'une af&nité chiinique, mais en vertu d'un principe répulsif qui lui est p^opre; il prouva de même qUe l'électricité libre se répatid tout entière à la surface des corps sans pénétrer à leur intérieur, et il démontra par le calcul que ce résultat était une conséquence nécessaire de sa loi de répulsion. Avec ces données, il put chercher et déterminer, par l'expérience, la manière dont l'électricité se distribue à la surface des corps conducteurs , considérés isolément ou en présence les uns des autres. Ces observations nombreuses et pré-
ciseâ êfalétit ctimmë ihtànX dé coriditions fondamentales auxquelles ode bbtine Ihëdrié devait satisfaire, si qtlelqôe jdtit* on parvenait à sbaihettre àtl càlctil lëâ quëstibiis épitleuses de Tëlectricité : fc'bst be que rient de faille ^ tin dé nbs meilleurs gébmëtres^ H. Poissbti ; et ton tt^vail, en dévoilaiit dans leà résultats de Coulorrib des fâpiports que le puissant inâtruinent de ranafysé pbuvait seul faire àjjerbevoir; i mis encore dans tin plus grand jour Vadmirable sagacité de cet habile observateur, l'exactitude de ses expériences, et son extrême fidélité. Coulomb prépara de même à la théorie du magnétisme les éléments qui serviront un jour pour la soumettre à l'analyse ; il détermina également la manière dont le magnétisme se distribue dans Tintérieur des corps aimantés en se partageant entre eux. Ses expériences, conduites avec une . méthode parfaite, lui apprirent les moyens qu'il fallait employer, soit pour donner le plus haut degré de magnétisme, soit pour reconnaître ce degré lorsqu'il existe déjà. On nous pardonnera les détails dans lesquels nous venons d*entrer, si l'on considère que les découvertes de Coulomb portent sur les parties les plus neuves de la physique, sur celles qui, avec la chaleur et la lumière, promettent aujourd'hui le plus de faits nouveaux.
Coulomb fut nommé membre de l'Institut dès la création de cette compagnie; on croit même qu'il fut désigné pour occuper une place dans le premier corps de TËtat, mais qu'une certaine conformité de nom fit attribuer cette distinction à un concurrent plus connu que lui dans la carrière politique. Il fut nommé l'un des inspecteurs généraux de l'instruction publique, à l'époque où cette place était la première dans l'enseignement, et sa bonté eut l'occasion de s'y exercer, autant que sa fermeté et sa justice. Tous ceux qui ont connu Coulomb savent combien la gravité de son caractère était tempérée par la douceur de son âme, et ceux qui ont eu le bonheur d'approcher de lui à leur entrée dans la carrière
* Cet anide a été pubUé en 1813. J. B.
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des sciences, ont gardé de sa bienveillancQ le plus tendre souvenir. Coulomb fut très-heureux par les affections de famille. Il mourut le 23 août 1 806. Outre les mémoires assez nombreux qu'on trouve de lui dans les collections de TAcadémie des sciences, de l'Institut, etc., on a imprimé séparément ses Recherches sur les moyens d'exécuter sous Veau toutes sortes de travaux hydrauliques sans employer aticun épuisement^ Paris, 4779, iB-8, fig.
ADDITION
Ces deux hommes remarquables. Coulomb et Clouet, nous offrent le plus complet contraste de caractère et d'existence qui se puisse imaginer. Clouet, rempli d'un orgueil farouche, s'est tenu isolé de la société humaine, comme un sauvage. Coulomb a vécu avec patience parmi les hommes de son temps, ne se séparant que de leurs passions et de leurs erreurs, se maintenant toujours juste, calme, ferme et digne, in se totus tere atque rotundus, comme le sage d'Horace. Qui des deux a le mieux employé les dons que lui avait faits la nature? qui des deux a été le plus hbnorable et le plus heureux? J. B.