MONTREUIL
Exposition générale du sol. — Le terrain qui s'étend de Montreuil à Vincennes, d'un côté; au Grand-
Charonne, au Petit-Charonne, de l'autre, et qui est borné au couchant et au nord par deux petits coteaux, l'un nommé la Butte-aux-Larrons, situé à peu près à l'est-nord-est de Montreuil, et l'autre, la Butte-del'Épine, qui s'avance depuis cette paroisse jusqu'au delà de Charonne, est partout un mélange de terre franche ou terre végétale, en petite quantité, de beaucoup de sablon, d'un peu de terre calcaire et de quelques cailloux de silex. On y aperçoit des inégalités, qui deviennent toujours moins sensibles à mesure qu'on s'éloigne davantage des coteaux. La nature de ces terres légères et sablonneuses, et peut-être encore plus l'exposition avantageuse de ce terroir, favorisent singulièrement la culture de la vigne, de divers arbres fruitiers et de plusieurs plantes potagères.
Culture des terres. — La culture du terroir de Montreuil est très variée, et ces terres légères qui ne peuvent pas, avec beaucoup de soins et d'engrais, rapporter du blé, ces terres où les prairies réussissent mal, produisent bien davantage par la sage intelligence du cultivateur laborieux de cette paroisse. Parmi les différentes productions du terroir de Montreuil, on remarque les vins, les pêches et autres fruits, les framboises, les groseilles, les fraises, l'oseille et les violettes ; mais la plus considérable, c'est le vin. Le village est entouré de jardins plantés en arbres fruitiers ; les murs qui les défendent et les garantissent des vents sont tapissés des deux côtés de pêchers et d'abricotiers, fleuris depuis la fin du mois de mars ; de poiriers et de pruniers, qui n'ont épanoui leurs fleurs qu'au commencement du mois d'avril, c'est-à-dire dix ou douze jours plus tard. Le seigle, l'avoine, les pois et les fèves réussissent très
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bien dans ces terres et rapportent beaucoup, surtout dans les années où le printems est pluvieux.
Nature des terres. — Je n'ai point vu dans la plaine d'excavations assez considérables qui aient pu me faire reconnoître la nature des terres à une certaine profondeur; les premières couches sont partout sablonneuses. Quelques fossés font voir, au-dessous de 1 pied environ de terre végétale, une terre rougeâtre mêlée à une grande quantité de sablon.
Productions; culture des asperges. — La culture des asperges, dans le terroir de Montreuil, y est d'un produit assez considérable. On vient les vendre à Paris depuis la fin du mois d'avril et pendant tout le mois de mai. Voici comment cette culture se fait : à la fin de l'hiver, on prépare la terre où l'on veut planter les asperges par une bonne culture ; on fait ensuite des fossés distans les uns des autres de 3 à 4 pieds ; à la fin de mars et dans le mois d'avril, on choisit des plans de deux ans au moins, provenus de semences ; on les recouvre de 2 à 3 pouces seulement de terre ; on presse un peu cette terre pour qu'elle ne laisse pas de vides. Les première, seconde et troisième années, on donne cinq à six cultures; on arrache avec soin toutes les plantes qui viendroient se nourrir aux dépens de la plante. A la troisième année seulement, on commence à cueillir quelques tiges d'asperges, celles qui poussent vigoureusement. La récolte se fait en entier à la quatrième année. Les engrais sont très avantageux; on obtient par ce moyen des plantes plus fortes, plus vigoureuses; elles poussent davantage de racines, et, étant mieux nourries, elles donnent en plus grande quantité de plus belles tiges d'asperges. Cette plantation dure dix, douze
et quinze années, plus ou moins, suivant que la terre est plus ou moins bonne, et que le cultivateur en a plus ou moins de soin. Après les premières années, lorsque la plante a suffisamment poussé de racines, on diminue le nombre de labours, on n'en donne plus que deux annuellement, l'un à la fin de l'automne et l'autre au commencement du printems, quelque tems avant la végétation de la plante.
Des groseilliers. — On plante dans le mois de février et de mars, dans une terre préparée par des labours convenables, des jeunes plans de groseilliers, à la distance les uns des autres de 2 pieds d'un côté et de 4 pieds de l'autre. On leur donne plusieurs labours pendant les premières années ; on les taille légèrement au commencement du mois d'avril. Ils ne commencent à donner des fruits que la cinquième et la sixième année. Ils rapportent pendant une quinzaine d'années ; après quoi, on les arrache. En attendant que les groseilliers donnent des fruits, le cultivateur, jaloux de mettre ce terrain en produit, y sème la première année de l'oseille ou bien y plante des fraisiers ou des violettes. Il arrache ces plantes au bout de cinq ou six années, c'està-dire lorsque le groseillier commence à donner des fruits.
Culture des framboisiers. — La culture du framboisier est à peu près la même que celle du groseillier, à la différence près que le framboisier donne plus tôt des fruits. On les cueille à la seconde et à la troisième année. On taille le framboisier, ainsi que le groseillier, très légèrement vers la fin du mois de mars ou au commencement de celui d'avril. Il dure moins que le groseillier ; on l'arrache au bout de huit ou dix années.
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De la violette simple. — La violette simple, dont l'odeur est si douce et si suave, et que la nature a répandue avec profusion dans les champs et dans les buissons, cette fleur dont on fait une grande consommation et qui sert aux parfumeurs et à différentes préparations pharmaceutiques, est devenue un objet de culture assez considérable dans le terroir de Montreuil. On la plante au commencement de l'hiver ; elle donne des fleurs dès la première année. On cueille dans le mois de mars et d'avril tous les matins les violettes; on les met dans des paniers d'osier et on vient les vendre à Paris, aux apothicaires et aux parfumeurs; le prix varie : il est ordinairement de 6 livres le panier de grosseur moyenne.
De l'oseille. — On cultive beaucoup l'oseille dans les champs ; on la sème dans le mois de mars ; elle lève bientôt, pousse plusieurs feuilles et fleurit la même année. Après les premières gelées de l'hiver suivant, on commence à cueillir ses feuilles, et on vient les vendre à Paris.
Des fraisiers. — De toutes les plantes qu'on cultive dans le terroir de cette paroisse, celle dont le produit est le plus considérable lorsque la saison est favorable, c'est le fraisier. On plante à la fin de l'hiver les fraisiers après avoir bien labouré la terre ; on les cultive plusieurs fois, la première et la seconde année ; la troisième, on commence à cueillir les fraises, qu'on vient vendre à Paris.
Carrières de gypse. — Les coteaux qui sont aux environs de Montreuil, et dont nous avons parlé plus haut, renferment dans leur sein une masse considérable de gypse dont on ne connoît pas la profondeur. On le retire
de divers endroits de ces coteaux, et même dans la plaine, entre Montreuil et Vincennes, au-dessous de la Butte-aux-Larrons ; celui de la plaine n'a guère qu'une douzaine de pieds de profondeur. On ne trouve point de gypse cristallisé dans les carrières des coteaux. Les anciens disent qu'on y en a trouvé lorsqu'on a creusé plus profondément, et cependant les premières couches de celui de la plaine sont toutes de gypse confusément cristallisé en fer de lance.
La première carrière de gypse que j'ai visitée est celle qu'on nomme carrière de Bagnolet ; elle a de 60 à 70 pieds de profondeur; le banc de gypse exploité en a environ 40; il est fendu et crevassé verticalement , à plusieurs endroits et à des distances inégales ; ces fentes ont depuis quelques lignes d'épaisseur jusqu'à 2, 3 et 4 pouces ; le gypse est en couches plus ou moins épaisses, qui sont séparées les unes des autres par de l'argile marneuse et crétacée, d'un gris blanchâtre, interposées entr'elles ; elles sont à peu près horizontales. J'ai cependant cru apercevoir une légère inclinaison vers le sud-est ; mais elle est imperceptible.
On trouve le banc de gypse à plus de 30 pieds de profondeur; mais, le terrain étant en pente, l'exploitation en est plus aisée. Toutes ces carrières sont ouvertes. Il serait à désirer que les cultivateurs voisins vinssent enlever les terres marneuses qui les embarrassent et qui gênent l'exploitation du gypse ; les frais de transport ne pouvant être bien considérables, il en résulteroit un double avantage : ces marnes serviroient d'engrais aux terres légères et sablonneuses de la plaine, et les ouvriers travaillèrent avec plus d'aisance
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Nature des terres; ses différentes couches. — L'exploitation de ces mines laisse les terres à découvert et en montre les différentes couches. On trouve à la carrière de Bagnolet :
De terre végétale 1 pied.
De terre blanchâtre mêlée de marne et d'argile. . 15 —
De marne argileuse dure feuilletée 25 —
De gypse en masse à grain fin 40 —
81 pieds.
En avançant vers Montreuil, on trouve plusieurs autres carrières ; celles de MM. Allend et Leclerc présentent :
De terre végétale 1 pied .
De terre mêlée de craie, de marne et d'argile 6 —
De marne argileuse 6 —
De marne argileuse dure feuilletée 20 —
De gypse 40 —
73 pieds.
Celle de M. Cauchois a plus de profondeur; le gypse est à plus de 50 pieds ; la carrière paroît être exploitée depuis longtems.
On retire encore du plâtre à la Butte-aux -Larrons, à différens endroits, et toujours à carrière ouverte ; la profondeur du banc n'est pas si considérable, et les couches sont à peu près les mêmes que celles de l'autre coteau.
Celui qu'on retire dans la plaine, au bas de la Butteaux-Larrons, entre Montreuil et Vincennes, se trouve immédiatement au-dessous de la terre végétale ; les premières couches sont de gypse confusément cristallisé en
fer de lance ; il n'est pas si bon que celui des couches inférieures. On y voit :
De terre végétale 1 pied .
De terre mêlée de marne et de craie 1 —
De gypse cristallisé 1 —6 pouces.
De gypse blanc à grain fin 10 —
13 pieds 6 pouces.
Fossiles des carrières de gypse. — Les ouvriers trouvent quelquefois dans la partie argileuse qui sépare les bancs les uns des autres des os fossiles qui paroissent être des os de quadrupèdes. J'ai vu quelquesuns de ces os. mais la plupart ne sont pas assez bien conservés pour pouvoir les rapporter à l'espèce d'animal à laquelle ils ont appartenu.
VINGENNES.
Exposition générale du sol. — Le terroir de Vincennes n'a pas une étendue considérable; il est resserré de tous les côtés par celui de Montreuil, celui de Conflans et par le bois de Vincennes. Ses habitans, n'ayant chez eux que peu de terres à cultiver, vont travailler à celles de leurs voisins. Les terres auprès de Vincennes ont à leur surface peu d'inégalités ; elles sont légères et sablonneuses ; elles sont un mélange de terre franche, de sablon en grande quantité, de matières calcaires et de cailloux siliceux.
Productions. — En sortant de Paris par la barrière du Trône, on voit, à droite et à gauche du grand chemin qui conduit à Vincennes, les champs plantés de vignes et d'arbres fruitiers. Le chemin est élevé audessus du terrain et soutenu par un mur ; il est bordé,
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de chaque côté, d'un double rang d'ormes, dont les jeunes étoient déjà fleuris à la fin du mois de mars, tandis que les vieux, dont la sève a moins d'activité, étoient encore dans un état d'engourdissement au commencement du mois d'avril. Au bas du mur qui soutient le chemin et à la partie du midi seulement, on élève en espalier des arbres fruitiers ; cette exposition, étant à peu près au midi, est très avantageuse. Les abricotiers et les pêchers étoient fleuris à la fin de mars. On y voyait aussi, dans le même tems, des pois et des laitues très avancés. A quelques pas de ce mur, les arbres de la même espèce n' étoient pas encore en fleurs huit jours plus tard. Les cerisiers commençoient à peine le 8 avril à développer leurs boutons. Les terres étant trop légères, le blé n'y réussit pas ; on y sème seulement du seigle, de l'avoine, des pois, des fèves, etc.
Les prairies sont en très petit nombre et bien peu considérables dans les terroirs de Montreuil et de Vincennes. C'est sans doute parce que, les terres étant légères et sablonneuses, elles laissent échapper avec trop de facilité une humidité qui leur est absolument nécessaire. Les prairies exigent d'abord un terrain gras et fertile, à moins qu'on y supplée par beaucoup d'engrais.
Nature des terres. — Avant d'arriver à Vincennes et au nord-ouest du grand chemin, on a fait une excavation assez étendue ; sa profondeur est de 10 à 1 2 pieds; on en retire des cailloux de silex pour le chemin de Paris à Montreuil, qui n'est point pavé et qu'on recouvre de ces pierres ; elles sont mêlées de beaucoup de sable; les ouvriers sont employés à les séparer par le
moyen des claies en bois ; les différentes couches qu'on aperçoit sont :
De terre végétale, légère et sablonneuse. 1 pied. De terre rougeâtre mêlée de beaucoup
de sablon 1 — 6 pouces.
D'un mélange de sablon et de cailloux de
silex 8 et 10 —
12 pieds 6 pouces,
A quelques pas de la barrière du Trône, on a creusé un puits très profond : les premières couches ont été un mélange de sablon et de cailloux ; on a trouvé ensuite du gravier et quelques petits grès qui semblent n'avoir pas encore atteint l'état parfait de lapidifîcation ; après de 100 pieds, on a trouvé une argile bleuâtre mêlée avec le sablon.
Manufacture de porcelaine. — J'ai été plusieurs fois dans le château de Vincennes pour voir la manufacture de porcelaine qui y est établie depuis longtems ; mais il ne m'a pas été possible d'examiner toutes les matières qu'on y emploie et de prendre les renseignemens dont j'avais besoin pour faire connoitre le procédé : la crainte qu'ont peut-être ceux qui dirigent les travaux qu'on ne veuille leur prendre ce qu'ils appellent leur secret, les rend mystérieux et leur fait suspecter ceux qui cherchent à s'instruire. Voici tout ce que j'ai pu en savoir :
On retire de Belleville de la glaise bleuâtre ; on la mêle avec du sablon de la Grande-Pinte, dont j'ai parlé dans l'article de Conflans, et on en forme la gasette, qui n'est autre chose qu'une poterie ordinaire dans laquelle on renferme les vases de porcelaine lorsqu'on les soumet, dans le four, à l'action du feu pour leur
donner la cuite nécessaire. La glaise de Montereau, dont on se sert aussi quelquefois, est meilleure que celle de Belleville ; elle est plus réfractaire, elle résiste davantage au feu et ne coule pas en verre comme il arrive quelquefois à l'autre ; mais elle est plus chère et moins à portée que celle de Belleville. On met dans le fond ces gasettes, en piles, et on les sépare les unes des autres avec des rouleaux de 1 pouce tout au plus d'épaisseur, dits colombins, faits avec un mélange de grès pulvérisé et de glaise.
Matières qu'on emploie pour la porcelaine. — On m'a montré à la manufacture plusieurs matières qui entrent dans la composition de la porcelaine. La première que j'ai vue étoit blanchâtre, en poudre grossière, renfermant des morceaux de quartz de différentes grosseurs; l'on me dit que c'était là le kaolin et qu'on le retiroit d'auprès de Limoges : il n'avoit cependant pas l'apparence du kaolin delà Chine, qui n'est qu'une matière valqueuse réduite en poudre. On me montra ensuite une pierre très dure faisant feu avec le briquet et ne faisant point effervescence avec les acides : ce paroît être le petunsé. Les ouvriers pulvérisent ces matières, les mêlent ensemble et en forment leur pâte. Le petunsé doit servir de fondant au kaolin, qui est infusible. La matière avec laquelle ils font leur pâte est une poudre très fine, d'un beau blanc, et qui ne fait point effervescence avec les acides ; elle a été passée à l'eau pour en séparer les parties grossières.
Je n'ai rien pu savoir de la matière qu'ils emploient pour l'enduit ou couverte des vases de porcelaine ; mais, comme ils emploient la soude, il y a apparence que c'est un mélange de soude et de petunsé ; je l'ai vu
employer : c'est une matière liquide d'un très beau blanc.
J'ai pris de ces matières, que j'ai portées à l'École vétérinaire.
Les vases de porcelaine passent plusieurs fois au feu avant qu'ils aient acquis leur dernier degré de perfection. Sortis des mains de l'ouvrier, on les place dans un four dont le feu est très modéré; ils ne prennent qu'une légère cuite; on les retire et on leur donne la couverte : c'est un enduit blanc qui n'a pas 1/2 ligne d'épaisseur : il doit servir de fondant et faire la beauté de la porcelaine. On les passe après cela à un fourneau dont le feu est très violent, et ils en sortent dans leur état de perfection. Si on veut les colorier, y peindre des fleurs, des figures ou autres choses, on les passe une troisième fois à un feu très doux dans un petit four que l'on chauffe avec des charbons de bois : ce feu n'agit que sur les couleurs et il les incorpore avec la porcelaine.
Forme du four. — Le four est construit en briques ; il est d'une forme ronde terminée en voûte. Au-dessus du fond, il y en a un second, nommé par les ouvriers : le globe, et c'est par celui-ci que Ton fait d'abord passer la porcelaine pour lui donner la première cuite. Le feu est placé extérieurement à quatre endroits différens diamétralement opposés les uns des autres ; il y a quatre ouvertures au bas du four pour introduire la flamme au dedans, et quatre cheminées vers le haut qui correspondent aux ouvertures du bas. Ces ouvertures, par leur forme, occasionnent un courant d'air qui rend le feu plus violent ; elles communiquent ensuite au globe ou four supérieur.
Les pièces sculptées , comme figures , vases de
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fleurs, etc., ne passent qu'une seule fois au feu; on les laisse sécher à l'air ; on leur donne ensuite l'enduit, et on les expose au feu violent du four : elles prennent l'apparence d'un beau marbre blanc.
Ormes. — Les avenues de Paris, les grands chemins, les boulevarts, les parcs, plusieurs jardins de la ville et des environs sont plantés d'ormes, dont l'effet est très beau et très agréable. J'en ai vu plusieurs fleuris et prêts à développer leurs feuilles à la fin du mois de mars. C'étoient les jeunes; les vieux, dont la sève trop languissante a besoin d'un degré de chaleur plus considérable pour être mise en mouvement, ne donnoient encore aucun signe de végétation au commencement du mois d'avril.
Les feuilles, dont cet arbre tire son plus bel ornement, sont dévorées par plusieurs insectes différens : à peine sont-elles développées, qu'ils accourent en foule pour en faire leur nourriture. Mais celui qui leur cause le plus de dommage, c'est la chenille de la phalène à cul brun (1), qui dépouille quelquefois presqu'entièrement cet arbre.
Cette chenille, désignée par Réaumursous le nom de chenille commune (2), est d'une grosseur médiocre; elle est velue, de couleur d'un roux obscur avec quelques lignes d'un blanc sale ; elle vit pendant quelque tems en société ; elle passe tout l'hiver sous une toile qu'elle file à la fin de l'automne : elle n'en sort que lorsqu'elle ressent les premières chaleurs du printems, pour se
(1) Geoff. Hist. des insectes de Bar. Tome II, page 117.
(2) Ehalona chrysorrhea, Linné. Hist. nat., page 822, n° 45. Réaumur. Mémoire pour servir à l'histoire des insectes, tome I,
pi. vi, fig. 2 et 10. Tome II, mém. 3, page 122.
nourrir des feuilles qui commencent à pousser; elle change plusieurs fois de peau, et, parvenue à son entier accroissement, elle se file une coque légère, s'y renferme, s'y change en chrysalide, et en sort sous la forme de papillon, dans le mois d'août ou de septembre. Le papillon de nuit ou phalène a le corps blanc, et la partie supérieure du ventre d'un roux obscur ; les ailes sont blanches ; les antennes sont un peu jaunâtres, faites en forme de peigne, et les yeux sont noirs. C'est ordinairement dans le mois d'août et de septembre qu'elle paroit ; elle s'accouple et dépose bientôt ses œufs sur l'arbre même, auprès de la nourriture qui convient à la jeune chenille lorsqu'elle sortira de l'œuf. On trouve cette chenille sur plusieurs arbres différens et qui n'ont entr'eux aucune analogie : comme, par exemple, l'orme, le chêne, le poirier, le pommier, le prunier, l'épine blanche, et quelques autres peut-être qui ont échappé à la recherche des naturalistes. La toile qu'elles filent et où elles passent l'hiver est très forte ; elles en sortent à l'époque où les arbres poussent leurs feuilles'; elles s'en filent une autre plus fine, plus légère que la première : elles en changent souvent pour se mettre toujours à la portée d'une nouvelle nourriture ; elles continuent de vivre quelque tems encore en société : parvenues à une certaine grosseur, elles se séparent et forment encore de petites troupes ; mais bientôt elles vivent seules jusqu'à l'époque de leur métamorphose.
Lorsqu'il y a sur un orme plusieurs familles de cette chenille, il est bientôt entièrement dépouillé, et cet arbre, qui quelque tems auparavant présentoit une verdure agréable, n'offre bientôt plus que des rameaux nus dont l'aspect est triste et affligeant.
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Un insecte aussi malfaisant a dû réveiller l'attention des administrateurs, toujours portés pour le bien public. Réaumur rapporte que le Parlement de Paris rendit un arrêt en 1732 pour obliger d'écheniller les arbres ou de couper les rameaux qui renferment ces ennemis destructeurs ; ce moyen est sans doute le meilleur, le plus facile et le moins coûteux.
J'ai trouvé vers la fin du mois de mars, sous les arbres des boulevarts et dans plusieurs endroits différens, ces toiles qu'n oavoit coupées et laissées par terre ; elles renfermoient toutes la chenille vivante; je les ai conservées chez moi : elles sont sorties de leur enveloppe au commencement du mois d'avril. J'ai présenté à quelques-unes, que j'avois séparées, différentes nourritures : des feuilles de poirier, de pommier et d'épine blanche; les autres, auxquelles je n'ai rien donné à manger, sont encore vivantes (le 1 1 avril) ; elles rôdent à l'entour de la coque lorsque le tems est chaud, et ne l'abandonnent pas. Mon objet est de savoir si elle peuvent regagner l'arbre lorsqu'on les en aura séparées et qu'elles seront parterre en dessous de l'arbre. Je crois qu'elles périront de faim plutôt que d'abandonner leur coque. Je poursuivroi mes expériences à ce sujet.
Échantillons déposés à l'École vétérinaire.
Nos 1. Terre marneuse des carrières de gypse de Montreuil. Fait effervescence avec les acides.
2. Marne feuilletée des carrières de Montreuil. Fait efferves-
cence.