Déficit ou balance
Total égal 156.900
DÉPENSES
Franc*.
Traitements et gages du personnel 60.550
Frais de nourriture 48.800
Dépenses d'intérieur 34.450
Annonces, impressions, etc 4.000
Laboratoire, bibliothèque, etc 5.550
Eau pour le collège et la ferme 3.550
Total 156.900
Ces chiffres sont empruntés au rapport du directeur du Collège. Il en ressort un déficit, pour l'exercice de
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1882, de 113.725 francs, que le gouvernement de la province prend à sa charge. En 1883, un rapport semblable fait ressortir un déficit de 129.000 francs, et en 1884, de 112.650 francs.
Les dépenses du Collège, toutefois, sont un peu moindres qu'elles ne le paraissent ; car il faut en déduire la valeur du travail des élèves dans la ferme expérimentale. En juin et juillet, les cours n'ont pas lieu, et les élèves consacrent aux travaux de la culture plus de 9 heures par jour ; pendant le reste de Tannée, ils doivent travailler de 3 heures et demie à 5 heures par jour à la culture. L'heure du travail effectif est taxée de 20 à 50 centimes, selon l'évaluation du chef des cultures de la ferme ou de ses chefs de pratique. D'un autre côté, les frais de nourriture, de logement, d'éclairage, sont estimés de 11 fr. 25 à 12 fr. 50 par élève et par semaine.
Ainsi réduites, les charges minima se présentent dans les termes suivants :
1° Un élève de la province d'Ontario, capable et zélé, et ayant déjà pris chez son père une certaine habitude des travaux de culture, paie de 250 à 350 francs par an, pour nourriture, blanchissage et instruction ;
2° Si un élève de la province d'Ontario n'a aucune notion de culture, le total des frais varie de 300 à 375 francs ;
3° Pour un élève venu du dehors de la province d'Ontario, les frais s'élèvent de 375 à 500 francs.
Le bilan annuel de la ferme expérimentale annexée au Collège ne nous est pas fourni par M. Fream, mais nous avons la valeur du cheptel existant au
LA. COLONISATION ET i/ AGRICULTURE AU CANADA. 479
31 décembre de Tannée 1883 et de Tannée 1884 :
Francs. Francs.
Chevaux 11.750 11.625
Bêtes à cornes 25.000 157.400
Bêtes à laine 875 26.350
Bêtes porcines 3.250 2.700
Instruments aratoires 38.575 43.425
Ensemble 79.450 241.500
On voit que d'une année à l'autre la valeur totale de ce cheptel a été augmentée de 162.050 francs, soit pour les besoins de l'instruction, soit pour les besoins de la culture.
La contenance de la ferme expérimentale est de 220 hectares, dont 160 sont défrichés. Le domaine a été acheté en 1873, par le gouvernement provincial, au prix de 375.000 francs, soit environ 1.700 l'hectare; mais si Ton compte les travaux de défrichement faits depuis l'acquisition, les frais de construction, de mobilier, Tachât des animaux de ferme, des instruments aratoires, les dépenses pour le drainage, etc., le domaine, à la fin de 1880, ne revenait pas à moins de 1.129.450 francs.
On sera moins étonné de ce chiffre, qui peut sembler considérable, quand on connaîtra la population animale de cette ferme expérimentale.
Dans la catégorie des bêtes à cornes, par exemple, on remarquait : 6 Durhams pur sang, dont le plus beau a été payé 1 1 .250 francs; 4 Herefords, dont le plus cher a été coté 12.500 francs ; 5 Aberdeen-x\ngus , sans cornes, dont le plus cher a été acheté 12.500 francs; 2 Devons, dont le plus beau a coûté 1.500 francs;
3 Galloways, dont le plus cher revient à 2.500 francs; 5 Ayrshires, dont le meilleur a coûté 1.050 francs;
3 Guerneseys, dont le plus cher coûte 1.250 francs;
4 Jerseys, payés en moyenne 1.125 frartcs.
La valeur d'achat des bêtes à cornes s'élevait donc à|la somme totale de :
Francs .
Pour les Durhams 31.275
— Herefords 18.925
— Aberdeen-Angus 19.300
— Devons 2.G25
— Galloways 5.500
— Ayrs 4.300
— Guerneseys 2.125
— Jerseys 4.500
Valeur totale des bêtes à cornes. 88.550 Les bêtes à laine comprenaient :
Race de Lincoln, 1 bélier (750 francs) et 3 brebis à 250 francs.
— Gotswold, 1 bélier (575 francs).
— Girencester, 1 bélier (750 francs) et 5 brebis à 125 francs.
— Leicester, 1 bélier (1.250 francs) et 6 brebis à 208 francs.
— llighland, 1 bélier (250 francs) et 2 brebis à 62 francs.
— Gheviot, 1 bélier (250 francs) et 2 brebis à 62 francs.
— Oxford Down, 2 béliers (à 500 francs) et 6 brebis à 250 fr.
— Hampshire Down, 2 béliers (à 1.000 francs) et 5 brebis à
150 francs.
— Shropshire Down, 2 béliers (l'un à 1.625 francs, l'autre à
875 francs).
— South Down, 2 béliers (l'un à 1.300 francs, l'autre à 2.625 francs)
et 5 brebis à 260 francs, provenant des bergeries de lord Walsingham (comté de Norfolk).
On espère joindre à cette remarquable collection quelques spécimens de la race mérinos. Telle qu'elle est, les élèves y trouvent les éléments d'études fécondes que pourrait offrir une Exposition permanente.
De nombreuses expériences se poursuivent sur la
ferme expérimentale. On étudie l'alimentation du bétail; l'influence des différents fourrages sur la quantité et la qualité des produits de la laiterie; l'étude des différentes variétés de froments et des différents engrais ; l'influence exercée par des semis épais et des semis clairs, par des semis à petite profondeur et à grande profondeur; le choix des graminées et des légumineuses comme fourrages ; les pâturages permanents ; la rotation des récoltes, etc., etc.
Les parcelles annexées aux expériences sont au nombre de 180, et occupent une surface d'environ 10 hectares. Ce champ d'expériences est pourvu d'un grand pluviomètre, de six lysimètres (appareils à mesurer la quantité des composés dissous dans un liquide), de huit thermomètres pour mesurer les températures du sol, de la série habituelle des instruments météorologiques, et d'un laboratoire d'analyses bien outillé.
Quand M. Fream, auquel nous empruntons ces détails, a visité le Collège d'Ontario, ces parcelles étaient groupées et sont encore groupées par bandes au nombre de neuf. Sur la première bande, on fait l'essai de semences de céréales nouvellement importées d'Angleterre ; sur la seconde, on expérimente l'azote sous trois formes de combinaisons ; sur la troisième, on expérimente pareillement l'acide phosphorique ; sur la quatrième, on étudie le pâturage et le turneps mis en présence de trois formes d'engrais; sur la cinquième, on essaie les récoltes fourragères et vingt variétés de graminées et de légumineuses ; sur la sixième, on observe les effets de matières fertilisantes spéciales sur plusieurs variétés de betteraves ; la septième est laissée sans culture ; la huitième est consacrée à des essais de culture de pois pro-
482 LA. COLONISATION ET L'à&RICULTOHE AU CANADA.
venant d'Angleterre; enfin, la neuvième sert à expérimenter des variétés de blés d'hiver et des arbres de diverses essences au point de vue de leur acclimatation. Ces nombreuses expériences n'ont pas fait oublier la question de l'ensilage, qui est à l'ordre du jour dans toute l'Amérique du Nord.
Le mouvement qui a décidé les États-Unis et le Canada à renouveler la condition générale du bétail par l'importation de reproducteurs étrangers s'est étendu si vivement, que l'exposition de Toronto fournit, en 1880, à MM. Clare-Read et Albert Pel, membres du Parlement anglais, commissaires délégués pour faire l'enquête sur l'agriculture des Etats-Unis, l'occasion de consigner, dans leur rapport officiel, le témoignage suivant :
« L'exposition d'agriculture de Toronto eût été jugée magnifique pour le bétail dans n'importe quel pays. Les bœufs courtes-cornes formaient la classe la plus nombreuse et la meilleure. Parmi les bœufs primés se trouvaient les spécimens du troupeau de Bow-Park. Il y avait de beaux Herefords et beaucoup d'Ayrshires, quelques Galloways et d'autres races. Les moutons à longue laine étaient les plus nombreux ; ceux à laine courte et moyenne étaient bien représentés. Les porcs, ici commepartout ailleurs en Amérique, formaient le trait caractéristique de l'exposition, qui ne pourrait guère, à cet égard, être surpassée chez nous. Parmi les chevaux, ceux de Clydesdale, race importée, étaient les meilleurs, et quelques-uns d'entre eux avaient le pas aussi sûr que ceux de Norfolk. Peut-être devrait-on regarder comme la partie la plus utile de l'exposition les taureaux d'un an courtes-cornes, splendide collection de jeunes animaux de bonne race, dont la plupart
étaient à vendre au prix d'environ 500 francs pièce. » Depuis vingt ans en effet le bétail n'a pas été simplement transformé. Il a été pour ainsi dire créé par l'introduction de types excellents des races les meilleures. Au fond, c'est le Durham qui domine, et dans la province d'Ontario c'est aujourd'hui par milliers qu'on les compte. La moitié du bétail appartient à la race Durham. Ce travail de création d'un bétail supérieur trouve sa récompense dans une exportation soutenue d'animaux de choix, soit pour les Etats-Unis, soit pour l'Angleterre. Quant aux vaches bonnes laitières, c'est à certaines races d'Ayrshire et de Jersey qu'on fait le plus grand nombre d'emprunt.
Dans la province d'Ontario, on commence à recourir à la stabulation permanente du bétail. Dans les exploitations scientifiquement conduites, le système de la stabulation est facile et avantageux sous bien des rapports. L'introduction d'un grand nombre de plantes savoureuses et nutritives permet de donner aux animaux une nourriture saine et variée. On nourrit nlus de têtes de bétail sur une même étendue de terrain ; on obtient du même animal plus de produit et en même temps on recueille une plus grande quantité de fumier ; mais avant d'opérer ce changement de méthode, il faut modifier le système de culture en créant des prairies artificielles et en cultivant des racines. De plus, il faut améliorer la condition des étables en leur assurant du jour, de l'air. C'est une révolution.
Les moutons appartiennent surtout à la variété à laine fine de Leicester et de Lincoln. Plus récemment, l'attention a été ramenée vers les moutons à poil court, les South-Downs, les Oxford-Downs et les Shropshires. Il
y a vingt ans, le poids de, la laine n'était que de trois livres par toison : maintenant il est de cinq livres. En même temps, les fermiers ont entrevu les avantages de l'exportation, et l'exportation des moutons s'est élevée de 10.000 à 100.000.
La supériorité du bétail (moutons et chevaux) reconstitué depuis vingt ans, dans la province d'Ontario, est parfaitement reconnue par les Américains, qui sont continuellement en relations d'affaires avec les cultivateurs de ce pays, et à la recherche des types les plus purs des races définitivement acclimatées.
Les cultivateurs canadiens, et notamment les cultivateurs de l'Ontario, recueillent les profits de la création d'un bétail de choix. Ce n'est pas seulement aux Etats- Unis, c'est en Angleterre que l'exportation se fait avec de bons profits. Fort au courant des sévérités de la loi anglaise et des ordres du conseil qui en exagèrent encore la rigueur, les éleveurs canadiens prennent toutes les précautions pour tenir leurs marchandises au-dessus de tout soupçon, et garantir leur bétail de toute maladie contagieuse. Ce commerce, dont les origines ne remontent pas au delà de 1874, grandit de jour en jour, et, en 1885, sur une exportation totale de 144.441 têtes, 68.556 ont été dirigées sur les îles Britanniques.
Le bétail se répartit ainsi :
Chevaux
Bêtes à cornes. . . .
Dont vaches laitières.
Bêtes à laine. . . .
Dont à laine fine. .
Race porcine. . . .
Basse-cour
Télés. Têtes.
LA COLONISATION ET l' AGRICULTURE AU CANADA. 485
On voit que la production et l'élevage des bestiaux pur sang a joué déjà un très grand rôle dans l'agriculture du Canada comme dans l'agriculture de Etats- Unis. Depuis environ dix ans, des milliers d'animaux de race ont envahi les rangs du bétail américain pour l'améliorer et le transformer. Le Kentucky, l'Illinois, T Yowa et l'Ontario se sont distingués à cet égard entre tous les Etats. C'est la nécessité qui a peu à peu précipité ce courant de résolutions et d'efforts. D'abord, l'élevage des bestiaux est plus avantageux que la culture du blé : il demande moins de travail ; enfin il s'est imposé dans tous les États où la production ininterrompue de la culture des grains a fini par épuiser la terre. C'est ce qui est arrivé dans l'Ontario. Quand les riches moissons qui avaient récompensé le défrichement des pionniers eurent fait place à de maigres récoltes entre les mains de cultivateurs ignorants, quand la vieille coutume de semer blé sur blé sans engrais parut conduire à la stérilité et à la ruine, chacun se mit à souffrir et à réfléchir. Un très grand nombre d'exploitations se trouvait naturellement dans les conditions les plus favorables à l'industrie des bestiaux et de la laiterie et la substitution de l'industrie des bestiaux à la culture des grains s'accomplit comme par enchantement.
On pourra trouver dans le rapport déjà cité de MM. Read et Pell des détails très précis sur le système d'agriculture que cette situation nouvelle a fait adopter
Iau Canada, et sur les heureux effets de cette évolution agricole.
Si le voyageur demeure, dans l'Ontario, frappé de l'aspect de certaines terres qui sont épuisées par le défaut
486 LA COLONISATION ET l'aCxRICULTURE AU CANADA.
taie de ceux qui les ont exploitées à outrance sans les soigner et les nourrir, il sera, d'autre part, aussi étonné que charmé du tableau qui s'offrira à ses regards quand il visitera les fabriques de beurre et de fromage. Le système adopté pour travailler le laitage a fait d'énormes progrès. Le principe diviseur du travail est pratiqué dans tous ses détails et poursuivi dans toutes ses conséquences. C'est un des cas fort rares où l'association a réussi en agriculture. Les réunions, les conférences, les meetings des associés se renouvellent sans cesse pour étudier les moyens de perfectionner la fabrication et suivre tous les besoins de la consommation. Assurément, il reste beaucoup à faire, surtout au point de vue de la fabrication du beurre. Assurément, le succès n'appartient pas forcément au système des crémeries et des fromageries coopératives, aux syndicats de propriétaires et de fabricants, mais on sent que ces efforts continus n'en ont pas moins donné un grand essor à l'industrie et au commerce du fromage.
Pour les fromages, l'augmentation a été de 39 millions de livres en 1882, à 67 millions de livres en 1884, et 71 millions de livres en 1885.
On n'a pas de statistique précise sur les beurres; mais on adopte partout le système des crémeries communes, afin d'obtenir la meilleure qualité possible.
Belleville est située sur le lac Ontario. C'est un des centres les plus importants de la fabrication des fromages dits fromages de Cheddar.
On compte dans la province 471 factoreries-fromageries, dont 306 ont produit, en 1882, 25.562.431 livres de fromage, soit une production moyenne, par établissement, de 84.322 livres.
LA COLONISATION ET l'aGRICULTURE AU CANADA. 487
La concurrence, comme nous l'avons déjà dit, l'exploitation des territoires du Nord-Ouest, semble nuire à la culture du blé dans le bas Canada, et précipite heureusement et inév itablement les cultivateurs prévoyants dans l'élevage des bestiaux, les fermes de laiterie et la fabrication des fromages.
Les terrains salés de l'Ontario couvrent une surface de 1.200 milles carrés, et l'on a reconnu que l'épaisseur des couches de sel gemme situées sur les bords du lac Huron, au port de Goclerich, était de 126 pieds. Les explorations géologiques de Logan avaient révélé que des groupes de blocs de sel devaient se trouver dans l'ouest de l'Ontario ; mais ce n'est qu'en 1866 que le sel fut découvert. Ces dépôts de sel sont les vestiges d'un ancien lac d'eau salée embrassant une partie du Michigan et de l'Ontario. En 1880, la commission d'agriculture de la province constata que la question du sel avait pris une importance considérable, au point de vue de la confection des fromages, des beurres salés, des salaisons de porcs, et même de la nourriture des animaux et de l'engrais des terres. Il fut résolu qu'on chercherait à s'affranchir du sel anglais dont le Canada avait été jusqu'alors tributaire, et l'exploitation des dépôts de sel de l'Ontario fournit aujourd'hui aux industries agricoles un secours très important.
On a creusé des puits dans le but d'extraire du sel par blocs, pour les expédier à Chicago, Cincinnati et Saint- Louis, les grands centres de la confection et de l'expédition des viandes salées.
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