A PROPOS D'UN OUVRAGE
DE
M. FREAM
Dans l'Europe tout entière, il n'est plus question aujourd'hui que d'agriculture savante, de champs d'expérience, d'analyse déterres et décomposition d'engrais. C'est avec un sentiment de fierté que chaque nation recherche sa part d'action dans les origines de ce mouvement scientifique. Si la France cite le nom de Bechelbronn, l'Allemagne de Mœckern, l'Angleterre cite le nom de Rothamsted.
On a plusieurs fois décrit le vieux prieuré de Rothamsted, aujourd'hui la célèbre demeure de sir John Lawes. On a décrit le parc avec ses avenues d'arbres séculaires, ses grandes pelouses au gazon toujours vert, un peu plus loin la ferme et ses champs de céréales, et surtout le laboratoire qui donne à l'exploitation son véri-
table caractère : car à Rothamsted, tout repose sur la méthode expérimentale, et l'exploitation de M. Lawes n'est qu'un laboratoire de culture.
C'est en 1834, que M. Lawes hérita du domaine paternel de Rothamsted. Les travaux de Saussure sur la végétation et les conseils de lord Dacre, son voisin, le décidèrent à entreprendre des recherches d'agriculture expérimentale. Tl commença par des plantes en pots et continua presque aussitôt par des céréales en plein champ. Ces premières expériences démontrèrent l'effet excellent que produisent, sur les racines, le phosphate de chaux, les os, les cendres d'os, l'apatite dissous pur ou encore des mélanges. Aussi, bien avant que Liebig ne publiât dans sa Chimie appliquée ses célèbres recherches sur les phosphates et les os, M. Lawes créait à Deptford près de Londres et ensuite à Barking des usines pour la fabrication d'engrais solides et pulvérulents connus depuis sous le nom de superphosphates. Réservant toutes ses forces à la direction générale de ces entreprises industrielles, il s'associa, pour la direction pratique du laboratoire de Rothamsted, le docteur Gilbert qui prit en 1843 la succession du chimiste Dobson et dont le nom restera attaché à l'œuvre scientifique de M. Lawes. En 1854, un nouveau laboratoire fut construit par une souscription d'agriculteurs et offert à M. Lawes en souvenir des services rendus. Depuis 25 ans, le service de ce laboratoire est fait sous la direction de M. Gilbert, par deux et trois chimistes, un botaniste et des aides. Un grand nombre d'expériences et d'analyses ont été. faites à Londres et réexpédiées dans les collections du laboratoire de Rothamsted. Tandis que MM. Lawes et Gilbert publiaient le résultat des analyses
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faites dans le laboratoire de Rothamsted, M. Lawes faisait fortune dans les usines de Deptford et de Barking. En 1872, il se retira et céda son établissement à une compagnie puissante qui prit le nom de Lawes chemical manure. M. Lawes, par une fondation sur ses bénéfices, assura à son laboratoire et à ses champs d'études, une somme de deux millions de francs, dont l'intérêt est consacré à subvenir après sa mort aux dépenses qu'imposera la suite des expériences de Rothamsted. Cette courte histoire montre que Rothamsted est depuis quarante ans une institution scientifique.
Ce qui a manqué à Rothamsted, c'est un recueil périodique dans lequel MM. Lawes et Gilbert auraient exclusivement consigné leurs travaux. Tout au contraire, depuis 1845, c'est-à-dire depuis quarante ans, les travaux de Rothamsted ont été dispersés dans un grand nombre de recueils scientifiques parmi lesquels nous citerons en première ligne le Journal de la Société royale d'agriculture d' Angleterre , les comptes rendus de Y Association britannique pour l 'avancement des sciences, et le Journal de la Société chimique de Londres. En juin 1887, l'année dernière, M. Lawes publia un Mémorandum, du plan et du résultat des expériences de Rothamsted. Dans le Mémorandum se trouvent, d'une part, Findication des divers sujets soumis aux expériences de Rothamsted, les analyses du sol, les eaux de pluies, le drainage, la physiologie végétale, la botanique, les engrais, les animaux; d'autre part, la liste des 104 Mémoires de Rothamsted, 74 relatifs à la végétation, et 30 relatifs aux animaux et aux questions de fourrage et d'ensilage. On sait tout l'intérêt qu'excite la publication immédiate des découvertes et expériences dans les recueils pério-
diques ; mais personne n'ignore que cet intérêt prend le caractère d'un service durable, si la publication a pour objet le classement des matières, des notes et mémoires dispersés. M. Boussingault a certainement donné à son œuvre une plus grande influence, une plus grande autorité, en réunissant tous ses travaux dans un recueil qui résume sa vie scientifique et permet dans l'ensemble d'en apprécier aisément tout le mérite.
On accuse souvent les Français d'ignorer ce que font les étrangers. Depuis une vingtaine d'années, ce reproche est tout à fait injuste. Les expériences de Rothamsted m'en fournissent un exemple. Dès 1855, M. Risler signalait le mérite exceptionnel des expériences de M. Lawes dans le Journal d! agriculture pratique. Depuis, ce bon exemple a été suivi et renouvelé par un grand nombre de praticiens et d'écrivains agricoles, mais entre tous il faut citer M. Ronna qui publia en 1877 : Rothamsted, trente années d' expériences agricoles. Ce livre réunissait une série d'articles publiés depuis 1874 dans ^Journal d agriculture pratique. Il est excellent à tous égards et tout le monde peut encore le consulter, même les Anglais. Mais le temps a marché et les expériences se sont accumulées et il faut aller chercher dans les publications scientifiques de l'Angleterre la suite des études de M. Ronna arrêtées en 1877. Il ne sera donc pas inutile de rappeler un certain nombre d'articles qui ont été insérés dans les Annales agronomiques de M.Dehérain, et qui permettent de compléter les recherches de M. Ronna.
Nous devons noter également les articles si intéressants que M. Eugène Marchand a publiés dans le Journal a" agriculture pratique et dans lesquels il ne s'est pas borné à rendre compte des expériences de Rothams-
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ted, mais à les contrôler par ses propres expériences. Je ne sais si l'exemple de M. Ronna a servi de modèle; mais voici qu en Angleterre un des professeurs les plus distingués de l'Ecole de Downton, et l'un des collaborateurs les plus goûtés du Journal de la Société royale d'agriculture d'Angleterre, M. Fream, frappé des difficultés qu'offre à tous les hommes d'étude et de bonne volonté la dispersion des Mémoires de MM. Lawes et Gilbert, a tenté de vulgariser les expériences poursuivies avec une persévérance victorieuse dans le laboratoire de Rothamsted. M. Fream, sous la forme d'un manuel, a repris et exposé les résultats saillants des expériences de Rothamsted au point de vue du blé, de l'orge et des prairies naturelles. C'est ce petit livre très utile et très bien fait que j'ai l'honneur de présenter à la Société. D'ailleurs, je ne saurais, ce me semble, en mieux justifier l'intérêt, qu'en laissant la parole à M. Fream, dont je vais tâcher d'être le fidèle interprète. Ces explications m'ont paru la préface la plus naturelle qu'on puisse donner à la traduction suivante des conclusions de M. Fream.
RÉSUMÉ D'EXPÉRIENCES FAITES DANS UNE CULTURE CONTINUE DE RLÉ SUR LE MÊME TERRAIN
Les expériences sur la production continue du blé embrassent une durée ininterrompue de 40 années. Elles ont fait ressortir, en ce qui concerne le sol, les points suivants :
Sol. — Une parcelle de terre n'ayant reçu aucun engrais a donné 40 récoltes annuelles successives exclusivement produites par sa fertilité native, avec un rendement moyen de 14 bush. par acre (12hect ,57 par hectare).
Au début, le sol renfermait une forte proportion d'azote organique provenant de la végétation antérieure ; il contenait également en abondance des matières minérales propres à la nutrition. Chaque année, une portion de l'azote organique a été nitrifiée sous l'influence d'organismes vivant dans le sol. Une partie des nitrates ainsi produits a servi à faire croître la récolte du blé, tandis qu'une autre partie a été entraînée par les eaux naturelles qui en ont dépouillé le sol, ou s'est perdue par une cause quelconque. Cette perte d'acide nitrique est plus grande pendant la saison humide, ce qui par conséquent diminue d'autant la proportion absorbée par le blé. D'où il suit que les saisons sèches doivent être relativement plus favorables à la production de grosses récoltes de blé que les saisons humides. Le stock de fertilité du sol sous forme d'azote organique a été considérablement réduit; il en a été de même pour les stocks de potasse et d'acide phosphorique. Néanmoins, le stock de fertilité qui reste emmagasiné dans le sol paraît suffire à la production de récoltes de blé pendant une période très longue ; mais cette production doit forcément devenir de plus en plus faible avec le temps.
Encjrais. — Voyons ce qui se passe pour les engrais. Les récoltes qui n'ont eu à leur portée que des substances minérales, sans autre engrais, ont pou progressé, tandis que celles qui ont reçu des engrais renfermant de l'acide nitrique seulement, ou bien quelque composé azoté
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facilement nitriiiablc, ont an contraire augmenté considérablement. D'où il suit que le sol contenait un stock de substances minérales que la récolte n'a pas pu utiliser faute d'un approvisionnement suffisant d'azote assimilable.
Les engrais renfermant de la potasse, de l'acide phosphorique et de l'azote (sous forme de sels ammoniacaux ou de nitrates) paraissent susceptibles de produire d'une manière continue de grosses récoltes de blé.
Avec les rotations ordinaires, telles qu'elles sont pratiquées en Angleterre, la quantité disponible des constituants minéraux, immédiatement utilisablespar la récolte deblé, estpresque invariablement en excèsparrapportàla quantité immédiatement utilisable de l'azote atmosphérique, ou par rapport aux approvisionnements d'azote accumulés dans le sol lui-même.
De plus, et à très peu d'exceptions près, plus est mauvaise la soi-disant condition de la terre, c'est-à-dire plus la terre est épuisée dans le sens agricole de l'expression, plus paraît frappant l'effet produit par les engrais azotés comparé à celui que produisent les engrais exclusivement minéraux.
Un poids donné d'azote, sous forme d'acide nitrique (ou de nitrate), a favorisé le développement végétal à un plus haut degré que le même poids d'azote sous forme de sels ammoniacaux.
Le montant d'azote fourni par les engrais est de beaucoup supérieur au montant recueilli dans la portion qui représente l'augmentation des récoltes. Quand un certain degré de développement ou d'augmentation de la récolte a été atteint, toute augmentation nouvelle exige une application d'engrais proportionnellement plus forte.
Quand Je prix du blé est élevé, on peut produire probablement de plus fortesrécoltes que lorsque ce prix est bas.
Sous forme de fumier (engrais de ferme) il faut un montant d'azote considérablement plus fort pour produire une augmentation donnée de récolte. D'autre part, bien qu'un poids donné d'azote sous forme d'acide nitrique soit susceptible de produire plus de récolte que le même poids donné d'azote sous forme de fumier, l'influence du nitrate s'amoindrira beaucoup à chaque récolte successive.
Rien jusqu'ici ne démontre avec évidence que l'effet intégral de l'azote est plus grand avec un engrais donné qu'avec un autre.
Engrais non épuisés. — Relativement aux engrais non épuisés, il semble, quand le sol est dépourvu de végétation, ou quand on les applique aux plantes cultivées dans des proportions dépassant leurs besoins, que la potasse et Y acide phosphorique forment avec le sol des composés insolubles qui restent disponibles pour des récoltes futures.
Les nitrates et les sels ammoniacaux ne paraissent pas, dans des conditions semblables, former des composés insolubles avec le sol, ce qui les expose à se perdre par le lavage du sol par la pluie, ou autrement.
L'application d'une quantité d'azote, sous forme de nitrates ou de sels ammoniacaux, supérieure à celle que pourrait utiliser la récolte, paraît n'avoir aucun rapport avec la nitrification de Yazote organique du sol. Par conséquent, le stock de ce dernier peut subir des réductions, malgré l'apport annuel des premiers, même quand ils dépassent les quantités d'azote assimilées par la plante cultivée.
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Lorsque de grosses récoltes de blé ont été produites à l'aide de nitrates ou de sels ammoniacaux, associés à des engrais minéraux, le sol ne semble ni gagner ni perdre en fertilité. La nitrification pourra s'être opérée comme d'habitude, mais la perte se trouve compensée par le montant de l'azote emmagasiné dans les chaumes et dans les parties souterraines des grosses récoltes ainsi obtenues.
Quand on applique d'une manière continue le fumier de ferme, l'accumulation de fertilité non épuisée devient très considérable, et l'absorption par les récoltes de la substance ainsi accumulée peut s'étendre sur une longue série d'années. Par conséquent, le fumier appliqué à la terre dans la pratique ordinaire de l'agriculture ne sera entièrement épuisé qu'après un grand nombre d'années à partir de son application.
RESULTATS SOMMAIRES DE VINGT ANNEES D EXPERIENCES DE CULTURE CONTINUE d'oRGE SUR LA MÊME PLACE
Sol. — Le champ consacré aux expériences relatives à Forge est contigu à celui sur lequel ont été faites les expériences sur le blé. Sol et sous-sol ont un caractère général similaire. C'est un loam un peu lié, reposant sur un sous-sol d'argile rouge jaunâtre, sous lequel on rencontre du calcaire perméable, ce qui place la terre dans de bonnes conditions d'assainissement.
Bien que, dans les saisons humides, un sol pareil ne
convienne pas bien à Forge succédant à des racines consommées sur place par les moutons, comme c'est la coutume dans la localité, il n'en résulte pas moins, d'après les résultats relevés, que cette céréale, quand des circonstances favorables ont présidé à son développement, donne., sur une pareille terre, de grosses récoltes de bonne qualité.
Engrais. — Sans engrais, le rendement moyen de la période entière de 20 ans a été de 21 bushels par acre (18.86 hectolitre par hectare) de grain nettoyé au tarare, pesant 52 livres un tiers par bushel (65.40 kilogrammes à l'hectolitre), et de 12 quintaux de paille (1507 kilogrammes par hectare). La quantité de la paille et du grain a diminué considérablement, mais la qualité du grain a été bien supérieure pendant la seconde période décennale que pendant la première.
Comparée au blé sans engrais, l'orge a rendu plus de grain, moins de paille, mais dans l'ensemble à peu près la môme quantité de produit total. Toutefois, dans les dernières années de la période expérimentale, on a constaté que la diminution du rendement en grain était relativement plus grande que dans le blé, tandis que la diminution du rendement en paille était à peu près la même dans les deux cas.
Avec l'engrais de fe?*me, le rendement annuel moyen a été de plus de 48 bushels de grain trié par acre (43.10 hectolitre par hectare), pesant 54 livres (67.50 kilogrammes à l'hectolitre), et de 28 quintaux de paille (3bl6 kil.). La quantité de grain et paille, et la qualité du grain ont été, dans la seconde période décennale, bien supérieures à la première.
Les engrais minéraux employés seuls n'onl donné que
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de très pauvres récoltes, et dans les dernières années de la série expérimentale, grain etpaille ont notablement diminué en quantité. Si l'orge, dans ces conditions, a donné beaucoup plus de grain et plutôt moins de paille, elle a néamoins livré en produit total beaucoup plus que le blé.
Les engrais azotés employés seuls ont produit beaucoup plus d'orge que les engrais minéraux seuls, avec une diminution notablement moindre dans le rendement pendant les dernières années, et les récoltes d'orge, au cours des vingt années successives d'expérience, ont été sinon normales, du moins satisfaisantes.
Les engrais azotés associés aux engrais minéraux, pendant cette même période expérimentale sur la même place, ont donné un peu plus de grain et de paille que sur les parcelles fumées au fumier de ferme, et notablement plus que le rendement moyen de l'orge dans la contrée, avec un poids moyen de bushel compris entre o3et54 livres (66.25 à 67. 50 kilogrammes par hectolitre).
Une égale quantité d'azote et des mêmes engrais minéraux, appliquée pendant vingt années successives, en automne pour le blé, au printemps pour Forge, a fait produire à l'orge beaucoup plus de grain, plus de paille, et environ un tiers de rendement total (paille et grain) en plus qu'elle n'en a fait produire au blé.
Par conséquent, pour l'orge comme pour le blé, les engrais minéraux employés seuls n'ont pas pu mettre la plante en situation d'absorber assez d'azote et de carbone pour fournir une récolte normale. Quant aux engrais azotés employés seuls, leur efficacité plus grande tendrait à prouver que le sol, pratiquement épuisé au point de vue du blé, restait relativement plus riche en constituants minéraux utilisables qu'en azote disponible. Enfin, l'effet
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généralement plus grand obtenu par l'association des engrais azotés et minéraux comparativement au fumier de ferme, a montré que l'azote du fumier de ferme se trouvait dans des conditions d'utilisation infiniment moins rapide, et que son carbone disponible ne jouait, en tout cas, qu'un rôle très secondaire. Et cependant le fumier de ferme contenait non seulement beaucoup plus d'azote, mais encore une forte proportion de matière organique en décomposition riche en carbone, et probablement aussi plus de constituants minéraux que n'en contenait la récolte.
Bien qu'on ait l'habitude d'affirmer que la plante en végétation a besoin d'avoir à sa portée immédiate et en suffisance les constituants minéraux nécessaires à sa formation, il n'en ressort pas moins que les expériences, faites sur l'orge et sur le blé, démontrent que si un large approvisionnement de constituants minéraux dans le sol est essentiel, celui de l'engrais renfermant de l'azote disponible était beaucoup plus important encore. Le montant de la production dépend plus de l'abondance de ce dernier engrais que de n'importe quel autre constituant.
On a agité la question de savoir combien d'ammoniaque, ou de son équivalent en azote sous une autreforme, il fallait en moyenne pour déterminer un montant donné d'augmentation de grain et de paille, de blé ou d'orge. On est arrivé à cette conclusion qu'il fallait, en moyenne, environ 5 livres d'ammoniaque (ou son équivalent d'azote) pour déterminer l'augmentation d'un bushel dans le rendement du blé avec sa paille correspondante, tandis qu'il n'en fallait que 2 livres à 2 livres et demie seulement pour obtenir le môme résultat avec
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l'orge. En d'autres termes, s'il faut 5 livres d'ammoniaque dans l'engrais pour rapporter 61 livres de blégrain et 105 livres de blé-paille, soit un poids total de 166 livres de produit, il ne faut que 2 livres à 2 livres et demie d'ammoniaque pour produire 52 livres d'orge grain et 63 livres d'orge-paille, soit un produit total de 115 livres. D'où il suit qu'il faut beaucoup plus d'ammoniaque pour obtenir une augmentation donnée de rendement quand on l'applique en automne au blé, que quand on l'applique au printemps à l'orge.
Relativement à l'action du nitrate de soude, il ne faut pas perdre de vue qu'une surface donnée de sol a beaucoup moins de puissance pour retenir soit le nitrate de soude, soit tout autre nitrate, que pour retenir l'ammoniaque, et que leur azote, toutes choses égales d'ailleurs, risque plus d'être entraîné par le drainage des eaux. Toutefois, lorsqu'ils sont fréquemment employés dans le même champ, l'effet du nitrate ou de la décomposition de ses produits, secondé par un plus grand développement des racines, en déterminant la désagrégation et, par là, en augmentant la porosité et la surface du soussol argileux ; cet effet, dis-je, est tel qu'il semble que le sous- sol acquiert la faculté de mieux retenir l'humidité sous une forme utilisable. Il suit de là que la récolte en formation devient plus indépendante de la sécheresse, et que les nitrates sont retenus dans le sol beaucoup plus qu'on ne pouvait l'espérer quand on songe combien ils sont solubles ; il y a, par conséquent, à la suite des applications antérieures du nitrate, un effet plus durable qu'il n'était permis de s'y attendre.
D'un autre côté, là, comme c'est le cas dans les expériences de Rothamsted, où l'on s'est servi de fortes
quantités de nitrate de soude pendant une si longue suite d'années, il arrive que le sol a fixé tant d'humidité, qu'il devient difficile de le travailler quand le temps pluvieux y apporte le moindre contingent d'eau.
On peut ajouter que les risques de perte par l'écoulement des eaux souterraines (drainage), qui sont plus grands pour l'azote que pour les constituants minéraux des engrais, aident à expliquer pourquoi les constituants minéraux utilisables se trouvent en excès par rapport à l'azote utilisable, dans les terres cultivées d'après le système en vigueur dans la contrée (pays, district, localité).
D'une manière générale il est permis de poser comme règle dans ce pays-ci que l'on peut, sur les terres fortes, obtenir presque avec certitude de pleines récoltes d'orge de bonne qualité, succédant immédiatement à une récolte de blé. Mais on ne peut atteindre ce résultat qu'aux conditions suivantes :
Il faut que la terre soit bien ameublie.
Elle devra recevoir un labour quand elle est ressuyée, aussitôt que possible après l'enlèvement de la récolte précédente.
Au printemps, dès que la terre sera suffisamment sèche, il faut lui donner la façonpréparatoire aux semailles, autant que possible dans les premiers jours de mars.
Les engrais artificiels employés doivent contenir de l'azote, sous forme d'ammoniaque ou de nitrate (ou de matière organique), et des phosphates. On pourra répandre l'ammoniaque à la dose de 40 à oO livres par acre (ou ses équivalents d'azote sous forme de nitrate;. Pour fournir ces quantités, il faudra de 1 quintal et demi à 2 quintaux anglais de sulfate d'ammoniaque, ou 1 quintal trois quarts à 2 quintaux un quart de nitrate de soude.
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A Tune ou l'autre de ces matières fertilisantes, il conviendrait d'associer 2 à 3 quintaux de superphosphate minéral de chaux.
Le tourteau de colza est aussi un bon engrais pour l'orge; il en faut de 6 à 8 quintaux anglais par acre pour fournir en azote une quantité égale à celle contenue dans 40 à 50 livres d'ammoniaque.
Avec le tourteau de colza, de même qu'avec le guano, une addition de superphosphate devient inutile.
Mais quel que soit l'engrais employé, il doit être pulvérisé, passé au crible, répandu à la volée et enterré à la herse en même temps que la semence.
Relativement au choix de l'engrais à employer, le point essentiel à considérer est l'économie dans le prix de l'azote. D'après les expériences de Rothamsted, il semblerait qu'à prix équivalents, une quantité donnée d'azote sous forme de nitrate de soude produira à la longue plus d'effet qu'une quantité égale d'azote sous forme d'ammoniaque. Car, contrairement à l'opinion admise, le plein effet du nitrate ne s'est fait sentir qu'après l'emploi de ce sel pendant plusieurs années sur la même place.
Les risques de perte de l'azote contenu dans les engrais par le drainage varient considérablement selon les caractères du sol et du sous-sol, ainsi que ceux de la saison. Mais comme ces risques sont beaucoup plus grands dans l'arrière-automne ou pendant les mois d'hiver qu'au printemps et en été, on devrait toujours répandre le nitrate de soude, le sulfate d'ammoniaque, ou le guano du Pérou au printemps.
RÉSULTATS D'EXPÉRIENCES AGRICOLES SUR l'hERRAGE MIXTE DES PRAIRIES PERMANENTES
Dans cette partie, nous nous trouvons en présence d'un relevé de faits (depuis 1856 jusqu'en 1875, c'està-dire pendant une période de 20 ans), sur vingt parcelles, toutes recouvertes d'une végétation herbacée dont la composition avait été constatée au début, mais ayant reçu chacune un traitement spécial par des substances fertilisantes employées, soit seules, soit combinées. Le poids de chaque engrais, l'influence exercée par cet engrais sur la production, son action sur le développement relatif des végétaux divers qui composent l'herbage et sur la lutte qui s'établit entre ceux dont le nombre faiblit pendant que les autres se multiplient et tendent à dominer, ont été soigneusement notés année par année; les chiffres pendant l'expérience annuelle ont donné lieu à des moyennes périodiques qui, comparées entre elles, montrent des contrastes saisissants dont nos expérimentateurs expliquent les causes.
La complexité du sujet n'a pas paru permettre de condenser les observations faites dans une série de conclusions générales, comme on a pu l'essayer pour le blé et l'orge. Du moins M. Fream n'a pas cru devoir l'entreprendre : car il s'est attaché (et il était difficile qu'il en fut autrement) à résumer l'histoire expérimentale de chaque parcelle, et à faire suivre cette histoire par une série de chapitres où il déduit des recherches de MM. Lawes et Gilbert, ce qu'il appelle le sort de l'azote dans le sol, le sort des fertilisants minéraux dans le sol ; où il
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envisage les résultats obtenus par la seconde coupe du foin, et Pinfluence de la saison sur la production fourragère. P^nfin dans un dernier chapitre, il fait connaître les résultats botaniques des expériences sur l'herbage mixte des prairies permanentes à Rothamsted, et termine par ces paroles le travail qu'il a entrepris, dans l'espérance de vulgariser les recherches expérimentales de cette célèbre station agronomique :
« Jamais une série aussi complète d'expériences sur « les herbages ne s'est vue jusqu'ici. Les résultats obtenus « méritent l'étude attentive, non seulement de l'agricul- « teur, mais encore du botaniste, du chimiste, et de « l'évolutionniste. Peut-être s'écoulera-t-il beaucoup de u temps avant que les grandes leçons données par le parc « de Rothamsted s'infiltrent et arrivent à la connaissance (( de ceux pour qui elles ont le plus de valeur pratique. « Mais je ne désespère pas de voir arriver le moment où « l'emploi intelligent des engrais sur les herbages dans « un but spécifique fera partie de la pratique agricole « ordinaire. Ceux qui tiennent les mancherons de la (< charrue dans le cliamp des recherches agricoles doivent « se résigner à se mouvoir à pas lents dans leur sillon, « laborieux et obscurs. En chimie ou en électricité, une « semaine parfois, souvent un seul mois, suffisent pour « faire germer et surgir une découverte. En agriculture, « les découvertes, comme il est arrivé à Rothamsted où « Ton est à l'œuvre depuis plus d'un demi-siècle, ne se « laissent entrevoir, malgré la constante tension de l'es- « prit et la plus infatigable industrie, que sous la forme « d'un résultat lentement obtenu avec le concours de cet « associé inexorable qui se nomme le Temps. »
PRONONCÉ