‹ Mélanges scientifiques et littéraires (volume 3)Chapitre 53 sur 67 · ALLOCUTION · texte numérisé non relu

ALLOCUTION

et pouvait avoir quelque connaissance. Je ne vous cachera! pas rémotion profonde qui m'a saisi et les souvenirs douloureux et reconnaissants qui m'ont oppressé. En ce moment solennel, je me suis recueilli et, au nom de vous tous, mes chers confrères et ses amis, je lui ai fait les derniers adieux.

Hier, j'ai reçu de son petit-fils, M. Eugène Chevreul, la fatale nouvelle. Ce dernier connaissait les liens qui m'unissaient à son grand-père et ceux qui attachaient M. Chevreul à la Société nationale d'agriculture. Il me prévenait que sa famille, d'un commun accord, désirait qu'aucun discours ne fût prononcé sur la tombe de M. Chevreul et que le souvenir des fêtes du Centenaire se maintînt dans toutes les mémoires avec l'éclat d'une solennité nationale.

Dans cette enceinte, vous ne vous attendez pas à me voir rappeler les services que M. Chevreul a rendus à la science et à la France. On ne demande pas à des enfants de parler le jour de la mort de leur père, et j'ose dire en votre nom que M. Chevreul avait la situation unique d'un patriarche au milieu de la famille sans cesse renouvelée de ses confrères.

Tous ceux qui auront l'occasion de s'occuper de l'histoire de notre Société verront avec surprise que, pendant près de quarante années, M. Chevreul n'a cessé de présider à nos destinées. Tous ceux qui ont connu les sentiments de son cœur et les habitudes de sa vie reconnaîtront que notre Compagnie était devenue l'occupation favorite de son étonnante vieillesse.

S'il nous a donné avec bonheur une partie de son existence, nous avons eu, à notre tour, le bonheur de lui donner un jour de joie. Souvent il m'a répété que rien

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