‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèqueChapitre 47 sur 85 · QUI SE SONT RÉALISÉHS · texte numérisé non relu

QUI SE SONT RÉALISÉHS

J'ai déjà dit qu'il y avoit bien peu de rapprochemens piquaus à saisir dans tous ces livres divinatoires, depuis les Oracles des Sibylles (i) jusqu'aux Oracles divertissons du sieur de la ColomJDière (2).

(1) 2IBTAAIAKOI XPH2MOI : hoc est Sibyllina oracida , noiis illustrata a lohnnne Opsopoco. Parisiis, 1607. — Dracula metrica Jovis , Apollinis, Hecatis, etc., a loaniie Opsopoco collecta. Ibid. , 1607. — Oracula magica Zoroastris , studio Johannis Opsopoei. Ibid., 1607, in-8. 3 vol. en i; iiiar. rouge, rel. pai- Parleloup ou Chameau.

Comme je suis tout-à-fait d'accord avec Freytag, Adparatus litterarius, tome III, pages SS-gS, sur le compte des pages de ces trois parties, savoir : pour la première, 524, 70, et 8 f. préliminaires; pour la seconde, ii4, 10 f. préliminaires, et 5 terminaux ; pour la troisième, ii4 pages, je doute si peu de ta conformité des éditions de iSgg qu'il indique, et de 1607 qui est la mienne, que je n'ai pas pris la peine de vérifier. Freytag confirme d'ailleurs mon opinion par l'obsei-vation suivante , que j'ai faite aussi sur mon exemplaire : Caussam vero, quam ob rem, a tjpographis liber, p. 7, inchoatus fuerit, ignoramus. Non nulla in nostro exemplari, et forte Opsopoei prcefationem desiderari existimabamus. Cette conjecture me paroît très plausible, mais il auroit fallu ajouter qu'elle s'applique aussi aux Oracula mctrica, dont la signature A ij est également chiffrée 7.

Les bibliographes se trompent en indiquant le traité de Sibjllis et carminibus Sibyllinis d'Onuphrius Panvinus comme une partie séparée; il occupe les 55 premiers feuillets de la première partie, et n'est pas chiffré séparément.

(2) Les Oracles divertissans , où. l'on trouve la décision des questions les plus curieuses pour se re'jouir dans les compagnies , avec un traite' très récréatif des couleurs, aux armoiries, aux livrées et aux foveurs ; et la signification des plantes , Jleurs et

fruits, par le sieur IV. D. L. C. (Wlson de la Colonibière. ) Goude , 1649, in-8. ; vélin de Hollande.

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Le Lwre ineiveilleux (i), qui est du moins aussi célèbre que le Mirabilis Liber, dont il n'est pas la traduction , comme son titre devroit le faire croire , paroît avoir pour objet spécial d'effrayer le clergé sur les suites inévitables de ses déréglemens, et de lui faire pressentir le schism.e cpie le désordre des moeurs des catholiques et les excès de la cour de Rome amenèrent , en effet, peu de temps après l'époque où l'on conjecture qu'il fut écrit. Le Chant du Coq français (2) est plus ciuneux , et la prédiction qui place la destruction de l'empire ottoman sous le règne d'un souverain qui réunira l'Espagne à la France est une de ces combinaisons

(i) Livre merveilleux , contenant en bref la Jlevr et svbstance de plusieurs traitiez , tant de prophéties et révélations qu'anciennes croniques , faisant mention de tous les faictz de t église universelle, comme des crimes, discords et tribulations advenir en l'église de Rojne, et d'un temps auquel on estera et tollira aux gens d'église et clergé leurs biens temporelz, tellement qu'on ne leur laissera que leur viure et habit nécessaire. Item, aussi est faicte mention des souuerains éuesques et papes, qui après regnero?it et gouverneront l'église, et spécialement d un pape qui sera appelé Pasteur angéliquc, et d'un Roy de France, nommé Charles, sainct homme. Paris, pour Thibaut Bessault, i565, in-8. ; V. lilas.

(2) Le Chant du Cocq françois , au Roy, oit sont rapportées les prophéties d'un Hermitc, Allemand de nation, lequel vivait il y a six vingt ans, dont aucunes ont été desia accomplies au royaume de Bohême , et Palatinat : et les autres prédisent que le Roy doit réunir toutes les fausses religions à la catholique , et se rendre Empereur de l'vnivers. Paris, Dcnys Langlois , 1621, petit in-8. : mar. vcrl, rel. par Derome.

" QUI SE SONT RÉALISÉES. aSt)

conjecturaJes qui peuvent devenir un jour des prophéties réalisées. Je citerai ici , pour un autre genre de mérite, la Prognostication de Liclitenberg (i), qui est, dans mon édition, le plus rare et le plus joli de tous ces petits livres, et que je ne fais même aucune difïiculté de compter parmi mes volumes les plus précieux; il est orné de 44 vignettes en bois , sans compter le frontispice et une figure finale cpii représente le prophète, et l'initiale de tous les chapitres est une lettre gi^se. Le tout est d'un travail extrêmement remarquable, surtout sous le rapport de la composition , et l'exécution typographique est très belle. Ce bijou est bien connu de Bauer, qui le cite page 290 du tome II , d'après Bunemann , page 1 1 1 , comme inconnu de Maittaire ; il auroit pu trouver dans Jugler, Bihliotheca historiae litterariae, tome III, page 1807, des détails plus étendus. Engel le désigne aussi inter rarissimos dans la Bibliotheca selectissima y post partent II , p. ly. Ce Pronostiqueur n'est pas, d'ailleurs, entièremeiit dépourvu de l'attrait qui s'attache à ces rencontres singulières et frappantes

{\) Pronnsticatio Johannis Lichtenbergers , iS^S. Et adcalcem, cxcusum est hoc prognosticwn impensis honesti et spectati uiri Pétri Quentel, civis coloniensis , mense Januario, anno niillesimo quingentissimo viccsimo nctavo ; très petit in-8.; mar. brun café, rel. par Vogel.

Signé A 2 — L iij, avec une planche finale tirée au verso.

Très joli exemplaire.

a4o PRÉDICTIONS

dont j'ai parlé tofut à l'heure ; et avec tme imagination plus accessible que la mienne à cette es-pèce d'impression , je n'aurois pas été en peine d'en citer des exemples fort remarcjuables. En voici un qui n'exigeroit pas même un de ces grands efforts de crédulité que les imposteurs attendent de leur auditoire ; je le copie textuellement à la page signée L ij , et je suis prêt à en donner communication aux douleurs, car mon exemplaire pourroit bien être unique à Paris.

In illo anno 'veiiiet Aquila a parte Orientali, alis suis super soleni extensis cwn magna multitudine pullorum suorum , in adjutonuni jilii hominis , tune castra destruent, timor jnagnus erit in mundo.... Perdet Lilium coronam, quamaccipiet Aquila , de qua postmodum filius hominis coronahitur et caetera.

Il faut avouer que cet et caetera ingénieux a l'air d'être écrit d'aujourd'hui; et je lui ai au moins l'obligation d'avoir pu copier toute la phrase de l'auteur original , sans prendre part à cpielcpie insinuation séditieuse.

Il n'y a rien de plus facile à comprendre que le goût de tous les peuples poui^ les livres prophétiques. Cette manie est le résultat tout naturel des plus naturels de nos penchans, l'amour du merveilleux et la curiosité. Il y a, aussi, peu de genres de charlatanismes qui aient été plus souvent et plus gi'ossièrement exploités : mais si l'on

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tompte dans cette carrière un nombre incalculable d'imposteurs , il est juste d'avouer que ce n'est pas tout-à-fait la faute des écrivains philosophes , qui n'ont rien négligé pour les discréditer. Outre la Prognostication pantagruéline de Rabelais, qui a été imprimée près d'un demi-siècle avant les Centuries de Nostradamus, et qui est certainement la satire la plus comique et la plus ingénieuse de cette ridicule infirmité de l'esprit humain, notre vieille poésie françoise a produit la Prognostication des Prognostications (i), qui mérite d'être connue. L'auteur l'a intitulée ainsi, parce qu'il porte sur toutes les pronostications la pronostication suivante :

Par ainsi donc , o monde lunatique !

Ayés pour tous cestuy seul prognostique : C'est que (pour vray) tous les prognostiqueurs Sont , et seront ou mocquez , ou mocqueurs : Et tiens cecy pour un mot bien notable , Qu'ilz ne diront rien qui soit véritable Pour cestuy an , ny pour l'autre a venir , Ny a jamais, s'il t'en peult souvenir.

N'est-il pas étonnant que la raison des peuples,

(i) La Prognostication des Prognostications , non seulement de ceste présente année M D XXXVII, mais aussi des aultres à venir, voire de toutes celles qui sont passées, composée par maistre Sarcomoros, natif de Tartarie, et secrétaire du très illustre et très puissant Roy de Cathai, serf de vertus; iS'5'] , une feuille très petit in-8. ; mar. rouge, rel. par Ginain.

Joli exemplaire d'un petit livre très rare.

a4i PRÉDICTIONS RÉALISÉES,

alors si avancée, paroisse rétrograder cent quatrevin£;ts ans après, dans les rêveries imbécilles des Le Roux (i) et des Guynaud? (2) Pourquoi la société raarche-t-elle d'un pas si inégal dans les voies de la vérité, si ce n'est parce que ses institutions sont en arrière sui^ l'intelligence commune?

(i) La Clef de Nostradamus , isagoge ou introduction au véritable sens des Prophéties de ce fameux auteur, avec la critique par un solitaire^ (L. R., ancien curé de Louvicamp) ('). Paris, 1710, in-i2.; V. fauve, rel. par Vogel.

(2) La Concordance des Prophéties de Nostradamus avec l'Histoire, depuis Henri II jusqu'à Louis-le- Grand, par M. Guynaud. Paris, 1712, in-i2.; v. fauve, rel. par Vogel.

(*) Le Catalogue de la Bibliothèque du Roi, Y 4639, le nomme Le Roux.

DES LIVRES COMPOSÉS PAR DES FOUS, a^'i

Des Livres qui ont été composés par des Fous.

La Sexte.ssence diallactique et potentielle , tirée par une nouuelle façon d'alambiquer suiuant les préceptes de la saincte magie et inuocation de Démons , conseiller au présidial d'Amiens , tant pour guarir l'hémorragie , plajes , tumeurs et (ulcères vénériennes de la France , que pour changer et conuertir les choses estimées plus nuisibles et abominables en bonnes et i'iiles. Paris , Estienne Preuosteau, iSgS, in-8.

Très rare.

Au-devant de ce volume , sui^ la première garde , se lit ce qui suit : Ce Hure appartient à la vefue de feu monsieur Démons , antien consilier, demeurant en la rue au Lin ^ près le Befroy. La seconde garde est chargée de vers latins et françois signés Démons. La post-garde contient aussi quelques lignes non signées, mais qui sont également de l'écriture de l'auteur.

Cette note, qui fait de cet exemplaire une spécialité très remarquable, m'a mis sur la voie de la famille de l'auteur, cpii existe encore très honorablement à Amiens , et qui , je crois , y possède

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