‹ Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantiqueChapitre 7 sur 39 · CHARLES DOVALLE · texte numérisé non relu

CHARLES DOVALLE

i 83o. Le SylphEj poésies de feu Charles Dovalle, précédées d'une notice par M. Louvet, et d'une préface par Victor Hugo. In-8; Ladvocat, au Palais-Royal. Couverture noire, imprimée en argent.— Exemplaire tiré sur grand papier rose.

Charles Dovalle n'est point une des étoiles radieuses de la poésie moderne, c'est plutôt une nébuleuse au reflet doux qui se mêle, sans s'y confondre, à la trace lactée des poètes de la première phase de notre renaissance poétique. Dans cette période où la poésie française cherchait à se régénérer par l'étude du sentiment, en attendant la rénovation puissante de forme et d'expression que devait lui donner l'auteur des Orientales, Charles Dovalle eut son heure ; sa voix a été entendue, écoutée, et méritait de l'être. Il a eu même son jour de gloire et ce jour-là, malheureusement, a été le lendemain de sa mort. Les œuvres de Dovalle ont le caractère de la poésie du temps où il apparut, ce caractère un peu vague, cette forme un peu voilée, un peu abstraite de la poésie des Edmond Géraud, des Loysons, des Brugnot, et des premières œuvres de Rességuier, de Fontaney et de Labenski, de tout ce chœur en un mot qui procédait plutôt de Lamartine que de Victor Hugo, mais que la pu-

blication des Ballades et des Orientales allait pousser vers une facture plus sévère et plus savante.

L'œuvre de Charles Dovalle, interrompue à sa vingtdeuxième année par un événement sinistre, a conservé toutes les incertitudes d'un art qui bégaye. Mais ces incertitudes même d'une muse de vingt ans sont-elles sans grâce? « Une poésie toute jeune, a écrit M. Hugo, enfantine parfois; tantôt les désirs de Chérubin, tantôt une sorte de nonchalance créole; un vers à gracieuse allure, trop peu métrique, trop peu rhythmique parfois, mais toujours pleine d'une harmonie plutôt naturelle que musicale ; la joie, la volupté, l'amour, la femme surtout, la femme divinisée, la femme faite muse; et puis partout des fleurs, des fêtes, le printemps, le matin, la jeunesse, voilà ce qu'on trouve dans ce portefeuille d'élégies déchirées par une balle de pistolet...» Ajoutons seulement que la poésie de Dovalle a souvent des cris, un mouvement, un sentiment, ou plutôt un appétit de la forme rhythmique qui permettent d'affirmer qu'il eût facilement acquis de lui-même la fermeté d'exécution qui manque aux œuvres de sa jeunesse. Son œuvre est une aurore pâle comme toutes les aurores, mais qui eût pu avoir son midi coloré.

Les poésies de Dovalle, publiées par ses amis l'année même de sa mort, sont devenues fort rares. On a respecté sur la dernière pièce trouvée dans le portefeuille qu'il portait le jour du combat, la trace de la balle qui l'a traversée. C'est à propos de cette publication que M. Victor Hugo écrivit cette lettre mémorable, insérée plus tard dans les deux volumes de Littérature et philosophie mêlées, et qui sera le passe-port de Dovalle pour la postérité.

La vie de Dovalle ressemble à son œuvre : une enfance

douce et laborieuse, se développant joyeusement dans la liberté de la vie de campagne, et d'une campagne pittoresque, toute pleine de vieux souvenirs et hérissée de vieux châteaux ; succès précoces, amours timides, excursions poétiques, vol de papillon sur les fleurs et sur les ruines. Il arrive à Paris à vingt ans, le portefeuille et le cerveau plein de rimes, et de ce premier choc avec la réalité de la vie, le poê'te est écrasé.

Il y a quelques années, un ami posthume et un compatriote de Charles Dovalle, M. Emile Grimond, lui a consacré dans la Revue de Bretagne et de Vendée (n° d'octobre 1857) une notice biographique qui aurait besoin d'être complétée par l'histoire de sa vie à Paris. Dovalle était né à Montreuil- Bellay, petite ville du département de Maine-et-Loire le 23 juin 1807. Il mourut à Paris le 3o novembre 182g, des suites d'un duel causé par un article de journal (1). Ses amis lui ont élevé un tombeau dans le cimetière Montmartre.

(1) L'article avait paru dans le Journal rose (V. Deschiens), n° Go5 au supplément. Le duel eut lieu le 9 novembre; l'adversaire de Dovalle était Mira-Brunet, fils de l'acteur Brunet.

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