CHAP. VII. LA MYTHOLOGIE
quelques mots de meilleur augure. Méléagre invoque Éros hospitalier. Ce dieu est inconnu à la mythologie. L'épilhète appartient à Zeus. Mais c'est à bon droit que le poète rapproche les deux maîtres de l'Olympe, et dépossède le vieux souverain ^ .
Dans le fils d'Aphrodite certains modeleurs voient surtout un enfant, et devant sa grâce ils finissent par oublier sa puissance. L'idéalisme grec et le réalisme alexandrin s'accommodent également de ces légères figures, qui prêtent à la vie de chaque jour les ailes de la fantaisie. Éros bondit, prêt k lancer une balle ^ Du haut d'une lampe qui figure un char, il conduit un attelage de paons 2. Des copies romaines, inspirées d'originaux hellénistiques, nous montrent les amours cordonniers, fleuristes, gladiateurs, vendangeurs, laboureurs. L'Éros esclave s'appuie sur une bêche et traîne aux pieds une chaîne qui se rattache à sa ceinture ^. Déjà pullule l'essaim des petits génies qui, sur les trumeaux du siècle dernier déroulent des cartes ou brandissent des compas.
Tous les auteurs alexandrins ont contemplé ces statuettes. Quelques-uns cherchent à les imiter 5. Méléagre a plus d'ambition. L'image fournie par le modèle est interprétée comme un symbole. Éros, qui perdait son caractère divin, le retrouve, grâce à l'invention d'une subtile métaphore. La partie de dés a pour enjeu la vie du poète ^\ La balle est un cœur enflammé qui vole aux
I. AP. XII, 85. Cependant Pollux (Onomasticon, éd. Dindorf, I, ai) mentionne des ^évioi 0eot, et Pausanias (III, ii, ii) parle d'une 'AOyivôc ^evt'a.
3. Poltier et Reinach, La nécropole de Myrina, p. 178, 826, 828, 333, 34o, 35/1, 533, 53/,, 536.
3. Collection Léciiyer,i. II, planche H 4, figure 8. Cf. La nécropole de Myrina, t. II, p. 533, et Les statuettes de terre cuite..., p. 208, figure 68 (Éros de Tarentc).
4. Cf. Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, publié sous la direction de Ch. Daremberg et Edm. Saglio, art. Cupido.
5. Apollonius, chant III, ii/| sqq. ; AP. XVI, 300 (Moschus).
mains d'Héliodora '. Que la jeune fille le garde; le renvoyer serait une infraction aux lois de la palestre. Les paons qui traînaient le char font place aux désirs frémissants et domptés de Méléagre ^ Travesti en cuisinier, l'enfant cruel torture une ame qu'il arrose de larmes amères et de miel bouillant 3. De telles bizarreries sont presque intolérables. Elles n'ont pas plus de valeur qu'un joli rébus.
Parfois l'auteur se donne moins de peine. La statuette lui suggère une comparaison. L'Amour porte une chlamyde et un pétase : qui peut le distinguer d' Antiochus ^ ? Ailleurs, la figurine, s'animant, prend un rôle dans un drame. Le bambin, les pieds serrés dans des entraves, va être vendu aux mariniers qui mettent à la voile ; mais il s'enfuit : récompense à qui le ramènera. Quelle joie de brûler ces traits douloureux, de couper ces ailes infatigables ! Dans ces petits tableaux revivent deux personnages familiers à tout archéologue ^ : l'Amour battu et l'Amour esclave.
Faisons un pas de plus. Méléagre se met en face du dieu et lui demande raison de son attitude. Pourquoi cette mélancolie? Pourquoi cet arc tenu d'une main