AP. IX
commentateurs bien graves. Mais chez un Alexandrin l'érudition ne perd jamais ses droits ^
Aphrodite complète le cortège d'Éros. Jadis, dans cette cour, elle eût régné en maîtresse. Mais les immortels eux-mêmes vieillissent, et la gloire du fils marque l'âge de la mère. Méléagre leur partage le domaine des amours : à Cypris, les ardeurs légitimes; à Cupidon, les voluptés contre nature. La vaincue reconnaît sa défaite et dit : « L'audacieux enfant a triomphé ^. »
Mais elle reste encore chère à l'écrivain. Il juré par elle. Il fait éclore dans l'écume des flots ce corps dont les blancheurs éclatent sur le fond bleu des mers helléniques 3. On croit voir ces statuettes oii la déesse, provocante et nue, repose entre les valves d'une coquille ^». Ou plutôt, on devine que Méléagre avait dans la mémoire l'image de quelque tableau. Aphrodite laisse deviner ses charmes sous la transparence des vagues. C'est ainsi que Pausias montrait à travers le cristal de la coupe le visage enluminé de la buveuse.
Éros, vainqueur de sa mère, étend son pouvoir sur tous les dieux. La mythologie grecque était un drame tendre et passionné; au temps des Ptolémées, elle devient
1. Homère dit (Iliade, VI, 182 sqq.) en parlant de Lycurgue :
"Oç TCOTE |jLaivo|xivoio Atwvudoio Tif)r,va; . XeOe xaT rjyàôeov Nucryîiov...
Cf. ApoUodore, III, A, 3 : ... aOxov 'Epixr,? irpo; Nu|xça? ex6[xt(Tev èv Nûo-yj... xaTOixoûffaç. Phérécyde et Eustathc sont cites dans le Thésaurus d'H. Estieniie. an mot ^Yâz.
2. AP. XII, 86. Cette idée est en germe dans AP. XII, 17 (Asclépiade on Posidippe). Je crois avoir démontré que la pièce est d' Asclépiade. Cf. ma thèse latine, cap. II.
... v/jÇafxévav ^apoTtoî; èv\ x\5{xa<n Kuitptv. V, 176:
... Stà Y^otyîtoto favsî(Ta Ky|xaTo;...
4. Cf. Collection Lécuyer, pi. E, n* 2 ; Panofka, Terrakotten des kôniglichen Muséums, Berlin, i8/»2, planches XVIl et XVIII.
même un vrai roman où Zeus et Apollon tiennent les principaux rôles '. Méléagre dit un mot d'Apollon '. Quant à Zeus, ses aventures sont une excuse pour le débauché, un thème facile pour l'artiste. L'amant de Zénophile invoque la longue nuit qui protégea la faute d'Alcmène 3. Hypnos, «qui enchante jusqu'au maître du monde » ^ reporte notre pensée vers le XIV* chant de V Iliade, où les ruses d'Héra trompent l'inconstance de son époux. Mais, aux joies du mariage, aux voluptés de l'adultère, le céleste libertin préfère les amours philopédiques. Une transformation commence, qui nous explique les vers de Straton, préface d'un recueil infâme : « Débutons par Zeus, pour parler le langage d'Aratus 5. »
L'allégorie plaisait aux sculpteurs alexandrins, qui représentaient l'Occasion vêtue de court et la tête rasée ^. Méléagre accommode le personnage de Kronos au goût du i*"* siècle. Le père de Zeus n'est plus engourdi dans une immobilité hiératique; il se réveille; ses ailes et ses pieds légers l'entraînent, aussi rapide que le temps dont il est le symbole 7. On devine que plus tard les dessinateurs lui donneront la faux et le sablier 8.
Un récit légendaire s'enfermait difficilement dans les limites d'une épigramme, et, seuls, les malheurs de Niobé attirèrent un instant la curiosité de Méléagre. Homère 9,