‹ Méléagre et AtalanteChapitre 36 sur 38 · UN MESSAGER · texte numérisé non relu

UN MESSAGER

J'accours rempli de peur, de trouble et de tourment :

MELEAGRE Eï ATALANTE

La reine a disparu, nous ne savons comment, Et nous n'avons trouvé qu'un vampire à sa place Oui vient de s'envoler devant nous dans Pespace.

Ils ne t'entendent plus. Leur âme est loin de nous. Un marbre dur enclôt leur front et leurs genoux, Et le froid de la mort a gelé leur paupière. Peuple de Calydon, veillez sur cette pierre Oui recouvre le corps de celui que j'aimais, Témoignage d'un temps aboli pour jamais. Pour moi, veuve avant d'être admise à Fhy menée, Je retourne à ma fière et morne destinée. Héros et compagnons des âges révolus, Je vous fais mes adieux, vous ne me verrez plus, Car, repliée en la tristesse de mes voiles, Frissonnante, je vais me mêler aux étoiles !

Dans l'amphithéâtre d'Orange, par ce soir de mistral et d'étoiles, tandis que les chœurs antiques déroulaient leur théorie entre le figuier légendaire et les chapiteaux brisés, Paul Meyrargues, agronome, et le critique Denneretse reconnurent. Ils échangèrent par dessus les chapeaux un signe cordial et, dès l'entr'acte, se rejoignirent.

— Je te savais niché dans quelque coin de Vaucluse, dit le journaliste à son ami, mais j'ignorais lequel. Si je pensais à toi, c'était pour t'envier. o II y a là-bas, pensais- je, une claire fontaine qui chante encore pour les amoureux les sonnets de Pétrarque à Laure de Noves et l'on n'est pas malheureux quand on a cette musique-là dans le pays. ))

— Le joli couplet, fît Meyrargues.

— Le plaisir de te voir... et le métier.

Ils trouvèrent Reinine assise sur le fût renversé d'une colonne et songeant. Elle portait des bandelettes bleues autour de ses cheveux enroulés comme un fuseau de soie. Elle se leva. On voyait aux courbes de sa tunique la belle jeunesse de son corps.

— Mon vieil ami Paul Meyrargues, annonça Denneret.

La comédienne sourit. Meyrargues l'admira. Dans la sauvage verdure, parmi les ruines, Reinine évoquait une de ces vierges grecques qui rayonnent, à la faveur d'un vers d'Homère ou de Théocrite, au bord de la mer retentissante ou dans l'horreur des bois sacrés. Denneret le lui déclara et promit de l'écrire.

Cette parole gêna Meyrargues ; ce fut comme une ride à fleur de joie. 11 regretta en cette minute d'être voué à l'obscur labeur de la terre et de ne point posséder, lui aussi, dans un grand journal, une place où il pût manier de ces mots qui parent de poésie et de renom le souvenir des comédiennes.

Reinine s'éloigna écartant parfois des feuillages avec son bras nu, haut, clair et à demi ployé comme l'arc d'Artémis. Elle disparut ainsi qu'un accord s'éteint.

Denneret, dans un groupe, vantait l'excellence de ces fêtes antiques où le peuple est saisi à l'égal des lettrés par l'éternelle émotion des mythes et des rythmes.

Extrait du roman de Léon Lafage : Par Aventure (librairie Grasset, 3 fr. 50).

Nulle thèse : de la vie — de nobles cœurs dans de beaux horizons, la grâce et la vigueur comtadines avec un peu de la mêlée de Paris, des artistes et des ruraux, un amour né parmi les pierres romaines d'Orange et qui après maint hasard poignant ou pittoresque, y retourne exaucé, avec les grandes mélancolies que le bonheur laisse toujours derrière soi...

Il y a là une comédienne dont le cœur sort pur de la boîte à grime, un pâtre qui porte aux plis de son manteau la poésie agreste et tragique de toute une contrée, un boulevardier et un homme des champs qui luttent de scrupule et de noblesse jusqu'à ce que l'un deux apprenne dans le sacrifice à quel prix le cœur met l'amitié.

Histoire émouvante et saine, prose vivante et bien française. Voilà, certes de quoi nous dédommager de bien des improvisations quotidiennes et valoir à M. Léon Lafage, selon la prédiction de M. Léon Daudet au lendemain de la Chèvre de Pescadoire, « le plus franc et le plus beau succès ».

(Xole de l'éditeur.')

Que me veut-on ?

Que me veut-on? Le front plein de rimes, je songe,

Sur mon été le soir descend, Lucide, mais sans foi, mon regard pesant plonge

Dans les profondeurs de mon sang.

Qui se souvient de nous sur la terre où tout passe

Si nous n'avons pas su servir Quelque œuvre ou quelque idée, un front qui nous dépasse,

Un bleu morceau de l'avenir?

Je revois la maison, le vieux four de mon père,

Je lis Virgile, j'ai la foi, Et sens que refleurit, plus drue et plus prospère,

La France en deuil autour de moi.

J'entends mes compagnons dans les cours de l'école, Nos grands combats au fond des bois,

Quand nous allions rêvant de Sedan et d'Arcole, Dans l'étude, je nous revois,

Les yeux tournés vers l'Est où la Gloire se couche, Les poings crispés sur nos cahiers,

Mâchant, comme jadis on mordait sa cartouche, Des vers d'Hugo pleins de lauriers.

rHECA

Oh! comme, déchirant notre honte voilée,

Nous agitions noire chapeau Lorsque nous souriait la Revanche étoilée

Et que passait quelque drapeau !

Où sont-ils, tous ces jours chantants de ma jeunesse,

Tout cet élan des cœurs français?

Chaque aube, se peut-il que le soleil renaisse

Entre tes bras toujours blessés,

O ma mère, aux pieds d'or, aux grands fleuves paisibles,

. » Orna France, au large chemin, Où sans cesse l'on sent circuler invisibles Tous les courants du cœur humain.

Je t'aime d'un amour nourri de tous les autres,

O clair pays de mes vingt ans, Plaisir des exaltés, refuge des apôtres,

Paradis des désirs flottants,

Toi, qu'emporte toujours ton rêve humanitaire,

Qui prends l'Europe par la main, Et tends en souriant aux peuples de la terre

Le vif visage de demain.

Extrait du nouveau volume de vers de Joachi.m Gasquet Le Paradis retrouvé (librairie Grasset, 3 fr. 50).

Librairie Bernard Grasset, 61, Rue des Saints-Pères, Paris

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