‹ Mélodies poétiquesChapitre 26 sur 38 · PARLER D'AMOUR · texte numérisé non relu

PARLER D'AMOUR

Ah ! si tu comprenais combien j'aime t'entendre, Toi qui sais t'exprimer avec tant de douceur, Tu laisserais souvent ta voix suave et tendre Me délecter l'oreille et m' émouvoir le cœur !

Quand sur ta bouche rose un mot d'amour expire, Plus doux que des accords sur la lèvre des flots, Je me sens tressaillir comme sous le zéphyre La feuille harmonieuse au front des verts bouleaux.

Oh ! tandis que la nuit prête une ombre imposante A l'homme sur la terre, à l'astre dans les cieux, Parle-moi donc, sans bruit, comme parle une amante, Le sourire à la bouche et l'âme dans les yeux !

Si tu veux m'enivrer par un bonheur suprême Et me remplir le cœur d'un ineffable émoi, Tu n'as qu'à répéter ce mot divin : " Je t'aime," Que tu me dis tout bas, en t'inclinant sur moi.

Maintenant que tu sais combien j'aime t'entendre, Toi qui parles d'amour avec tant de douceur, Oh ! laisse donc encor ta voix suave et tendre Me délecter l'oreille et m'émouvoir le cœur !

Comme un lis qu'une brise en jouant berce et penche, Relève un peu ton front qu'incline la pudeur, Et laisse ta prunelle, où mon aveu s'épanche. Me faire sous ses feux tressaillir de bonheur.

Mais tu baisses tes yeux !... Pourquoi donc,jeune fille, Ne veux-tu pas laisser les miens, un seul moment, Errer dans l'infini de ta douce pupille, Que semble contempler la lune au firmament ?

As-tu peur que j'effleure un penser trop timide

Que je pourrais saisir si tu me regardais ?

Ou crains-tu que ton âme, ainsi qu'un flot limpide,

Contre ton gré, s'épanche avec tous ses secrets ?...

Ah ! si tu ne peux pas, sans qu'une rougeur vive Ne fasse sur ton front rayonner sa splendeur, Soutenir mon regard que ta beauté captive, C'est que d'amour pour moi tu sens battre ton cœur !

ALTERNATIVE EROTIQUE

A l'occasion d'un pèlerinage

Laisse donc en ce jour, ô douce bien-aimée, Ma bouche, que ta lèvre a si souvent charmée, Savourer sur la tienne un suave baiser, Ce doux fruit de l'amour que donne toute bouche A celle qui, timide, en tressaillant, la touche, Ne semblant presque pas s'y poser.

Laisse aussi mon regard, que ton regard attire, S'attendrir aux douceurs de ton gentil sourire, Qui semble un reflet d'âme au coin de ton œil noir, Contempler longuement ton front pâle et candide, Où le souffle des ans ne traçant nulle ride, N'a pas encor cueilli l'espoir.

Oh ! je veux t'embrasser !... Mais, quoi donc, je ne

[l'ose !...

Ali ! c'est que le Seigneur a sur ta lèvre rose Descendu ce matin pour se donner à toi ! Ce Dieu permettra-t-il que je baise la vierge Qui vient de recevoir, sous les regards du cierge, Le baiser de l'éternel Roi ?

M.l'.KRT FERLAND

Oui, le Seigneur permet à l'amant qui l'adore, A chaque crépuscule ainsi qu'à chaque aurore, De mettre un baiser pur près du baiser divin; Et c'est bien sans remords que j'effleure, ô ma chère, Ta bouche par où Dieu, rencontrant ta prière, A daigné descendre en ton sein.

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