‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 64 sur 103 · DEVANT LE PORTRAIT DE VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

DEVANT LE PORTRAIT DE VICTOR HUGO

PEINT PAR CHATILLUN

Comme le noble enfant que le peintre Lawrence Couronna d'avenir, de gloire et d'espérance.

Loin des jeux du collège il s'asseyait souvent, Et, parmi les jasmins qui pendent de la treille, Sous le ciel espagnol il ouvrait son oreille Aux voix qui parlent dans le vent.

11 écoutait les pins, orchestres des collines, La molle sérénade avec ses mandolines Sur les rives du Tage ou du Guadalété, Les bruits mélodieux que Togive des Mores Mêle au balancement des larges sycomores Dans les tiédes nuits de Tété.

Enfant, il a couru sur ces rives aimées Que de ses belles fleurs Tltalie a semées Du golfe de Venise à Thorizon toscan ; Et, côtoyant les flots de la mer de Tyrrhéne, 11 a vu Parthénope, indolente sirène.

Qui dort d'amour sous un volcan.

Puis il est revenu, rapportant dans sa tête Un souvenir immense, un monde de poète, Étincelant chaos, arabesque sans fin, Mêlé de bruit d'airain, de longs coups de tonnerre, D'éblouissants tableaux, de fanfares de guerre, D'hymnes ravis au séraphin.

11 grandissait ainsi : ses premiers vers timides Réveillèrent le Nil, ruisseau des Pyramides; Us célébraient Moïse, autre sublime enfant, Qui plus tard, rayonnant de sainte poésie, Vers la terre de miel, par Dieu même choisie, Guida son peuple triomphant.

11 grandissait, chantant toutes les nobles choses, Prenant pour lui l'absinthe et nous donnant les roses, Semblable à cet apôtre en tunique de lin, Qui, voyant Rome au bout du chemin de Solime, Et marchant, l'œil baissé, planta la croix sublime Sur le fronton capitolin.

Dans sa vive jeunesse, ardemment occupée, Il a chanté tous ceux qui sont morts par Tépée, Tous ceux qui furent grands, les peuples ou les rois, Il a chanté la Grèce et les mille hécatombes Que TÂrchipel scella dans ses humides tombes Ouvertes au nom de la croix ;

11 nous a fait rêver sous Togive gothique, Où le prêtre romain entonne son cantique.

Sous le cintre païen d'un vieux temple toscan : Muse sainte ou profane ont soufflé sur sa tête Ces sons mystérieux qui viennent au poète De rOlympe ou du Vatican,

Un jour, le front chargé de rêveuse tristesse, Debout sur Notre-Dame, il contempla Lutéce; Il évoqua les morts qui passaient sous ses yeux ; Puis il laissa tomber, du haut des tours jumelles. Des pages de granit, colossales comme elles.

Ecrites la main dans les cieux.

Par lui, l'hymne lyrique a réchauffé nos âmes; II a des feux de Tode embrasé tous ses drames. II a voué sa vie au triomphe de l'art.

Quand on le voit passer, quand un ami le nomme, On reste confondu de trouver un jeune homme Lorsqu'on attendait un vieillard.

Si de libres chemins s'ouTrent devant ce maître, Et s'il nons donne tout, car il peut toat promettre. Ce fils du del moderne et de l'Olympe ancien, Aucun des monuments qui restent sur la terre Pour marquer tous les pas de l'art héréditaire Ne sera plus beau que le sien !

Et nous, pour adoucir cette longue agonie Qui déTore le cœur des hommes de génie, Pour passer devant eux sans honte et sans remords, Quand ils vivent, brûlons sur le seuil de leur porte Un peu de cet encens que la foule leur porte A pleines mains quand ils sont morts.

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