‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 66 sur 103 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

En quelque endroit où Dieu le place.

L'homme est un larmoyant bouffon ; Aucun chapitre ne le classe Dans les ménages de Buffon.

De tous les habitants de Tarche, C'est le seul aujourd'hui qui marche Sur deux pieds sans ailes d'oiseau, Seul qui pleure au sein de sa mère, Et qui, dans la vieillesse amére, Chemine à l'aide d'un roseau.

Puis, il a d'autres privilèges.

Quand sa vie est à son malin,

Il va sur les bancs des collèges Pour ne pas savoir le latin ; 11 passe des auteurs antiques Aux calculs des mathématiques ; il déjeune avec du pain sec, Et, sur une chaire pédante, Il voit Virgile, Horace et Dante, Qui semblent tous lui parler grec.

Après dix ans de servitude, Il sort, un accessit aux mains, Courbé par Tissot et Tétude, Raillant les Grecs et les Romains.

Son père lui dit : — « Tu dois être Avocat, médecin ou prêtre :

Choisis des trois, il en est temps; Voyons, mon fils, que veux-tu faire? »

Le fils répond : — « Moi, je préfère Me promener jusqu'à vingt ans. »

En effet, le fils se promène.

En souvenir des doux jeudis ; 11 en met sept dans la semaine :

11 a trouvé le paradis.

Le jour, il arpente la ville; Le soir, il siflle un vaudeville, Ou, dans un café babillard.

Fume avec des amis intimes Un cigare à trente centimes En carambolant au billard.

Souvent (voilons bien celte chose) Une Aspasie aux cheveux noirs, Cachant Tépingle sous la rose, L'appelle dans Tombredes soirs.

Il accourt, beau d'étourderie, Et, pour sa lecture chérie.

Dés ce jour, il n*aqu*un auteur:

Il n*a que la brochure unique, Cours de morale hygiénique, OEuvre de Boyveau-LafTecteur !

Un soir, dans une comédie.

Au théâtre, il voit un cousin Lancé dans une intrigue ourdie Avec la femme du voisin.

Pour cet innocent badinage.

Il cherche dans son voisinage Un ami d'enfance et de coeur; Sa femme est jeune, blonde et belle ; Longtemps il la trouve rebelle, Puis rheure sonne, il est vainqueur.

Mais, pour payer à la patrie La dette qu'on paye à trente ans, 11 prend des mœurs et se marie.

Lassé des amours inconstants.

Cela marche bien deux années...

Après tant d'heures fortunées, Ce gendre, ayant un peu grossi.

Se brouille avec sa belle-mére,

Qui, dans une tristesse amére, Voudrait être sa fiile aussi.

Dés ce jour, la querelle abonde Dans la nuptiale maison, ' Un éternel tonnerre gronde, L'azur déserte l'horizon.

Au sein d'une oasis voisine.

Le mari cherche une cousine Pour lui confier ses douleurs ; Et TÀriadne délaissée Cherche déjà dans sa pensée Le Bacchus qui sèche les pleurs.

Alors le mari devient grave ; Il écrit de nombreux essais Sur le sucre de betterave Ou les cachemires français.

Parfois, il se fait antiquaire.

Ou d'une caisse hypothécaire Il devient agent principal, Et, de ses électeurs l'idole.

Promet à son front Tauréole Du conseiller municipal.

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