‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 76 sur 103 · A L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

A L'AMÉRIQUE

4 juillet 183-2

Monde nouveau, lancé comme un navire immense Entre deux Océans, ton avenir commence.

Tu ne regrettes rien dans un passé lointain : Sous la glace du pôle et sous la zone ardente. Rien ne peut ralentir ta course indépendante ; Tu commandes à ton destin.

Tu n*as pas de voisins qui convoitent en rêve Un grain de sable, un brin de roseau sur la grève, Pour élargir le sol de leur royaume étroit; Et tu n'as pas un Nord qui va chercher querelle Au Midi, pour sortir de sa glace éternelle.

Quand il trouve son soleil froid.

Chez toi, place pour tous, au soleil comme àTombre. Veut-on de la fraîcheur : Dieu seul coimait le nombre De les vastes forêts, pleines d'arbres géants ; — Et veut-on labourer la campagne ou les ondes : Toujours on trouve aux bords des savanes fécondes Cent fleuves et deux Océans.

On y trouve partout FEden du premier âge, Le jardin virginal et le tiède rivage.

Et la douceur des fruits et la douceur des eaux, Et ces riches couleurs dont la grande nature Pour éblouir les yeux se fait une ceinture Avec des fleurs et des oiseaux.

On y trouve partout la rivière tranquille, Le golfe, le port vierge et la vierge presqu'île, Qui n'ont, jusqu'à nos jours, que Dieu pour possesseur! Où sans doute, demain, une ville va naître, Et des vieilles cités se fera reconnaître, Ou comme fille, ou comme sœur !

Oui, l'avenir est là, pour les races futures, Quand tous les Océans uniront leurs ceintures : Croyez-moi, ce n'est point un présage trompeur; Et notre Europe alors, regrettant d'être antique, Pour mieux se rajeunir, passera l'Atlantique Sur les arches de la vapeur.

Le soleil et la mer, dans un grand hyménée.

Ont fécondé la lave où l'Amérique est née.

A ROGER DE REAUVOIR

JIOTRE CONVIVE.

Jeuue seigneur du moyen âge.

Qui, par la mort, fut oublié.

Noble artiste en pèlerinage.

Avec Van Dyck il fut lié.

Il a visité la Castille,

Le front ombragé d'un cimier;

Il fut reclus à 1^ Bastille

Au siècle de François Premier.

Seigneur de joyeuse folie.

Gomme tous ceux que nous aimons, Avec Brantôme en Italie.

11 courait au delà des monts.

Il a revêtu la cuirasse, Il a fondé les rose-croix ; Sur des chevaux de noble race, Il a couru dans les tournois.

Artiste, chevalier, poêle, 11 a parcouru l'univers, Tenant à sa main, toujours prélc, Le pinceau, Fépée ou les vers.

II s'est fait, en galant jeune homme, Notre contemporain ce soir; Ainsi qu'au vieux temps, on le nomme Le sire Roger de Beauvoir.

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