‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 86 sur 103 · MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE

Chère à mon souvenir, jamais je ne t* oublie,

Éternel sujet de mes pleurs, Sois toujours avec moi, douce mélancolie.

Volupté des nobles douleurs!

Attachons notre esprit au malheur qui nous blesse,

Qu'il suive chacun de nos pas; Soyons fiers de soufTrir sans indigne faiblesse :

Souvenons-nous, n'oublions pas!

Éternel entretien de ma sainte pensée,

Ange adoré que je perdis !

Sur la terre un instant le ciel l'avait placée;

Elle a revu le paradis !

so

Dans la divine erreur où parfois tu me plonges,

Sommeil, baume délicieux, Je la vois, sur le fond azuré de mes songes,

Qui m'ouvrent la porte des deux !

Elle est plus belle encor: c'est la beauté première

Des jeunes vierges du Jourdain, Quand l'ange du Thabor dorait de sa lumière

Ces lis du céleste jardin !

Elle mêle sa voix mélodieuse et tendre Au concert de l'hymne sans fin ;

douce illusion, je crois encor l'entendre, Comme l'entend le séraphin !

Puis je la vois courir sur des fleurs inconnues

Aux jardins du terrestre lieu , Fleurs d'or et de saphir, qui descendent des nues

A chaque sourire 'de Dieu !

Et son visage alors exprime une allégresse Que notre monde cherche en vain ;

L'âme seule ressent cette angélique ivresse, Épurée au souffle divin.

El je la vois aussi, pour quelque chant sublime,

Saisir la noble harpe d'or, Celle qui faisait taire autrefois dans Solime

La voix des sibylles d'Endor.

mensonges du rêve, ô vérité divine,

Venus du firmament vermeil .

Qui montrez à mes yeux tout ce que je devine

Avant les heures du sommeil ;

Songes d'or et d'azur, oh ! revenez encore !

Aux douleurs un remède est dû :

A travers ces vapeurs, qu'un doux rayon décore.

Rendez-moi le bonheur perdu !

Oui, je le sens, un ange écoute ma prière.

Ce monde fuit devant mes yeux ; Un invisible doigt a touché ma paupière.

Le sommeil va m'ouvrir les cieux.

Dors, ô mon bien-aimé, dors, me dit-elle ; oublie Les tourments de l'esprit, les orages du cœur; Je me souviens toujours du serment qui nous lie, Notre corps peut mourir, mais non l'amour vainqueur!

Tu viendras dans un monde où Dieu n'a plus de voiles : Je t'attends sur les fleurs de ce jardin béni,' Où nos jours sont dorés par des gerbes d'étoiles. Où, d'un regard, nos yeux embrassent l'infini !

CHANT DES BORGÎA

Lierres au front, pampre à i*oreille, Les doigts rougis par les raisins, Quel vin Bacchus, dieu de la treille.

Buvait sur les coteaux voisins?

Il buvait Teau douce

Et le cristal pur

Qui baigne la mousse

Des bois de Tibur !

11 n*avait ni table ni nappe, Les buveurs l'invoquent en vain :

Bacchus n*a trouvé que la grappe, Nous avons inventé le vin.

Uonte à la Grèce', notre mère !

Dans File blanche de Milo,

 la santé du vieil Homère, Les bacchantes ont bu de Teau.

Avant la nuit noire.

Tombant sur la mer,

Phœbus n'a pu boire

Que le flot amer.

Le vainqueur de l'hydre de Lerne N'a pas connu ce jus divin.

Horace a mangé le falerne, Et nous avons trouvé le vin.

Le vin, c'est le feu qui pétille En pleurant sous un ciel vermeil.

Aux rocs de Chypre ou de Gastille, Gomme une larme du soleil.

Nobles jeunes hommes.

Les coupes en mains.

Oui, c'est nous qui sommes Les seuls vrais Romains.

De leur gloire si peu féconde Nos aïeux se targuent en vain ; Nos aïeux ont conquis le monde.

Et nous avons conquis le vin.

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