A L AMÉRIQUE
4 juillet 1852
Monde nouveau, lancé comme un navire immense Entre deux Océans, ton avenir commence.
Tu ne regrettes rien dans un passé lointain : Sous la glace du pôle et sous la zone ardente, Rien ne peut ralentir ta course indépendante ; Tu commandes à ton destin.
Tu n*as pas de voisins qui convoitent en rêve Un grain de sable, un brin de roseau sur la grève. Pour élargir le sol de leur royaume étroit ; Et tu n*as pas un Nord qui va chercher querelle Ai^Midi, pour sortir de sa glace éternelle, Quand il trouve son soleil froid.
MELODIES. !2il
Chez loi, place pour tous, au soleil comme à Tombre. Veut-on de la fraîcheur : Dieu seul connaît le nombre De tes vastes forêts, pleines d'arbres géants ; — Et veut-on labourer la campagne ou les ondes : Toujours on trouve aux bords des savanes fécondes Cent fleuves et deux Océans.
On y trouve partout TÉden du premier âge, Le jardin virginal et le tiède rivage, Et la douceur des fruits et la douceur des eaux, Et ces riches couleurs dont la grande nature Pour éblouir les yeux se fait une ceinture Avec des fleurs et des oiseaux.
On y trouve partout la rivière tranquille.
Le golfe, le port vierge et la vierge presqu'île, Qui n'ont, jusqu'à nos jours, que Dieu pour possesseur! Où sans doute, demain, une ville va naître, Et des vieilles cités se fera reconnaître, Ou comme fille, ou comme sœur !
Oui, l'avenir est là, pour les races futures. Quand tous les Océans uniront leurs ceintures : Croyez-moi, ce n'est point un présage trompeur; Et notre Europe alors, regrettant d'être antique, Pour mieux se rajeunir, passera l'Atlantique Sur les arches de la vapeur.
Le soleil et la mer, dans un grand hyménée, Ont fécondé la lave où l'Amérique est née,
Et nos neveux unis, d'Age en âge, verront, Dans un sublime orgueil, ce qui déjà commence, Les trésors épandus de sa mamelle immense Où les peuples s'abreuveront !
L'isthme de Panama, vieille écluse du monde.
Tombera; le vaisseau, libre enfin sur son onde,
Vers rOcéan du Sud bondira d'un élan.
Et laissera bien loin, dans les glaces polaires,
Le cap de Horn, broyant d'inutiles colères
Sur les écueils de Magellan.
• L'or fera rayonner de nouvelles filières
Dans l'écrin étemel des hautes Gordiliéres
Pour payer tant de bras, qui creuseront enfin
Les déserts d'Amérique, où le sol est en friche.
Cette moitié du globe, où la terre est si riche.
Quand Tautre moitié meurt de faim.
Car ces mines d'or pur, que l'Amérique étale, Et qui bordent partout sa rive occidentale.
Dieu, sur le ilanc des monts, ne les mit pas en vain; Toujours les défricheurs de ce vaste domaine Trouveront leur salaire au bout de la semaine : Il est dans un trésor divin !
Aussi, gloire immortelle au héros de génie Qui, fondant l'avenir de votre colonie, Déploya le drapeau à' Union dans les airs I- Gloire au quatre juillet! votre aigle, avec sa serre.
Grava le chiffre d'or de cet anniversaire, Et prit son vol dans les déserts!
Aussitôt, dans les bois et sur le bord des fleuves S'élevèrent partout les toits des cités neuves ; Le laboureur reprit sa première fierté, Et du fond des déserts la peuplade accourue Du glaive des combats fît un soc de charrue, Seule arme de la liberté !
Vous qui n'avez jamais vu que des jours prospères, Fils des Américains, continuez vos pères :
L'avenir du vieux monde est encor dans vos mains ; Que tout peuple abordant votre terre chérie Au pied de chaque mont rencontre une patrie, Et la paix sur tous vos chemins !
Abreuvé par le Rhin, la Seine ou la Tamise, Si chacun a sa part dans la terre promise, Et ses fleuves de lait, et ses rayons de miel, — Sous l'étendard de France ou la bannière anglaise. On ne se battra plus, si chacun est à l'aise Comme le soleil dans le ciel !