LE CERF-VOLANT
Qu'il s'envole Mon charmant Et frivole Cerf-volant, Que l’haleine Du zéphyr Fait sans peine
Tressaillir !
Dans l'espace, Où, gaîment, L'oiseau passe
En chantant,
Il s'élève Plus léger Que le rêve
Mensonger.
Sur la plage
On vient voir Son image
Se mouvoir Dans l'eau pure Du grand lac, Qui murmure
Sous le bac.
Plus charmante Que les fleurs Et riante
Quoique en pleurs,
Cette aurore De ses feux Le décore
Dans les cieux.
Oh ! qu'il vole Mon charmant Et frivole Cerf-volant, Que l’haleine Du zéphyr Fait sans peine
Tressaillir !
L’'ATEUL ET L'ENFANT
‘ Couche-toi, mon enfant! C’est l'heure où la nuit [sombre
Voit la chauve-souris tournoyer dans son ombre, Comme un pâle lambeau dans le sein des remous. Au fond de la forêt et sur le noir rivage,
D'avides chats-huants mêlent leur voix sauvage
Aux formidables cris des lugubres hiboux.
on LS]
‘ Les corbeaux croassent au milieu des ténèbres, Où leurs chants sont redits par mille échos funèbres, à Répandent dans iles bois l’'épouvante et l'horreur. A leur sinistre aspect, croyant que leur plumage ; De l'ombre de la mort est l’effroyable image, 1
Les passants effarés frissonnent de terreur.
‘“ Un vert livide au front, drapés dans leur suaire, 1 Les morts, sous les cyprès de l’obscur cimetière, Poursuivent, l'œil hagard, un joyeux feu-follet,
Qui sortit d’une tombe en emportant leurs âmes
Dans les plis lumineux de sa robe de flammes,
Dont l'éclat sur les eaux brode un léger reflet.
‘ Des sylphes, des lutins, des goules, des fantômes
Suivis par les follets, les ondines, les gnomes,
uaire,
1tômes
ALBERT l'ERLAND
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Vont gaiment explorer les gouffres de l'enfer. Le démon qui les guide est un dragon horrible : Son regard est farouche et sa voix est terrible ;
[l a des pieds fourchus armés d'ongles de fer.
‘ Les loups-garous velus surles monts, dans la plaine,
Passent, vagues aux yeux, comme une ombre incer- [taine,
Et le gai farfadet danse au bord des marais, Le griffon plane au loin en gobant les étoiles Qu'on voit tomber du ciel à travers les noirs voiles,
Qui cachent les splendeurs des ombreuses forêts.
“ Les esprits tapageurs que Lucifer rassemble, À sa voix, vont bientôt danser, hurler ensemble,
En tournoyant autour d’un immense chaudron,
Où bouillonne à grand bruit un horrible mélange
De venin de crapauds, de bitume, de fange,
De lave de volcan et de sang de dragon.
‘ Oh ! si dans leur fureur les loups de la montagne, Qui, les yeux flamboyants, parcourent la campagne, Venaient de ton sang pur rougir leurs longues dents ! Si le vampire errant, ce monstre fantastique,
Qui naquit dans le sein de quelque tombe antique,
T’emportait dans la fosse où résonnent ses chants !
‘ Mon enfant, va dormir, écoute ton grand'père ! De peur qu'un noir sorcier n’entre dans la chaumière, Afin de rallumer ses grotesques flambeaux,
Ou qu’un vieux nécromant, dans sa ronde nocturne, Ne vienne, accompagné de son chien taciturne,
Pour te faire priser la poudre des tombeaux.”
Te!
Comme il disait ces mots, sous l'effort de l'orage, Qui dans la nuit grondait, rugissait, faisait rage,
L’aïeul vit sur ses gonds le contrevent frémir ;
| Et le petit enfant qu'envahissait la crainte, ne, De quelque revenant croyant ouïir la plainte,
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ii] S'enfuit, pâle, éperdu, vers son lit pour dormir.
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