SUPERSTITIONS DU BESSIN
Infôtomi'.
Il arrive fréquemment, pendant les nuits de brouillards, qu'on ne peut reconnaître son chemin au milieu de nos grands herbages du Bessin ; s'égarer dans de telles conditions, manquer ou perdre le sentier qui conduit à la bréque ou à la. planque par laquelle on sort de la prairie dans Laquelle on est entré, est chose facile à comprendre ; mais L'imagination populaire a cherché à un fait aussi simple une cause surnaturelle; celui qui dans de telles circonstances ne retrouve pas son chemin et finit souvent, dans son trouble, par revenir, à force d'errer de tous côtés, au point d'où il était parti, a
marché sur une herbe mystérieuse. Laquelle ? D'aucuns disent le trèfle à quatre feuilles, le plus grand nombre la regarde comme inconnue ; mais cette plante a une vertu magique; quand on la foule aux pieds, on perd conscience de soi-même, on est, comme disent nos paysans anfôtomé. C'est le même mot sans doute que le Dictionnaire du patois normand a enregistré sous la forme enfantomé et en lui attribuant le sens de « ensorcelé » : définition qui manque de précision et fait supposer que MM. Duméril n'avaient pas une idée exacte de la croyance désignée par le vocable qu'ils avaient recueilli.
Charles Joret.
( C'est l'herbe qui égare dont M. F. Baudry a parlé plus haut, col. 13. — Mél.)
Chanter le €o<i.
Les poules — sous quelle influence ? je ne saurais le dire (4) — se mettent parfois à imiter le chant du coq, ce qu'elles font toujours d'ailleurs assez mal. C'est ce que nos paysans appellent chanter le coq; et ils voient dans ce fait plus bizarre qu'extraordinaire un signe de mauvais augure; c'est un présage de mort, à l'adresse du propriétaire, — à moins que ce ne soit à celle des ^^ ,,/poules. — On dit, en effet, d'une poule qui chante le ""'ft^'f coq qu'elle chante sa mort ou celle de son maître; on la tue et le maître est sauvé.
Charles Joret.