LA MORT DE SON MARI
0 mon Pierre-François, Par qui commence ma ruine !
Vous étiez ma fleur, Ma rose sans épine ; Vous étiez mon appui Des monts à la mer.
( 1 ) L'abbé Decorde, dans son Dictionnaire du patois du pays de Bray dit que les poules qui chantent le coq ne pondent plus; j'ai vu des poules qui étaient dans ce cas et pondaient fort bien.
Et je vous enlace avec les pieds, Je vous caresse avec les mains!
Vous étiez mon mari , Vous étiez mon espérance, 0 mon Pierre-François !
Source de mes douleurs.
0 mon navire en haute mer,
Celui qui va débarquer, Mais la bourrasque est venue Et il n'a pu gagner le port.
Avec ses précieux trésors Il va donc faire naufrage.
0 mon cyprès touffu , Mon raisin moscatelle , Ma pâtisserie sucrée , Ma douce et belle manne !
0 pour moi quel coup fatal Et pour Griscio , mon étoile !
0 Griscio , ma fdle !
Viens où est ton père ; Dis-lui que dans le paradis Il veuille prier le bon Dieu Qu'il te donne un plus heureux sort
Que celui de ta mère.
Il était ma colonne , Il était mon soutien ; Il était ma grandeur, Il était mon frère, Ma perle orientale Mon trésor le plus cher!
Il était mon orange colorée , Mon plus rare décor, Mon gobelet d'argent Tout ciselé d'or; Mon plat d'honneur, Mais aussi le comble de ma douleur.
Lui mon huile distillée,
Mon esprit de vin , Ma face délicate Où se mêlaient le lait et le vin ; Mon verre brillant Mon miroir constant.
Avant que je puisse
Oublier votre nom,
Je veux que mes deux yeux Se changent en deux fontaines.
0 mon Pierre-François, Toujours je veux vous appeler.
0 ma boîte d'or
Pleine de tabac musqué !
0 mon riche vêtement
Tout brodé d'or !
11 faisait ma splendeur
Celui qui était à mon côté.
0 vous, mes armes redoutées, Mon épée finement trempée !
0 mes tristes destins, Ma dernière ruine !
Vous paraissiez à mes yeux Comme une voile vue du port.
0 remède précieux !
Encens tout parfumé !
0 quel fatal dommage Le Seigneur m'a porté !
0 blessures mortelles Qui me traversent le cœur.
0 mon coq au plumage pompeux Mon faisan le plus beau ,
Cherobjet de mes vœux , Oiseau que j'avais distingué!
Vous ne me cacherez plus Sous votre menton !
0 mon Pierre-François !
Je veux prier le Seigneur Pour que vous soyez reçu Dans le paradis , ô ma fleur !
C'est là l'unique espérance Qui console mon âme.
(Extr. des Voceri de la Corse, par A.-L.-A. Fée. Paris ,n850, in-8°^de 266 p.)
Vocero de mort naturelle; reproduction sur bois d'une lithographie de l'album la Corse illustrée, de l'abbé Galletti,
communiquée par M. le Dr Mattei.
CHANSONS
Le Vieillard (rompe,
(Vals, Ardèciie. )
Un jour tout en me promenant
Le long d'une prairie, Dans mon chemin j'ai rencontré
Une aimable bergère.
Bergère, si tu veux m'aimer, Je te servirai de berger.
— Mon bon vieillard , retirez-vous ,
J'ai grand tort de le dire, Mon bon vieillard, retirez-vous,
Il n'y a rien à faire ici pour vous ,
Mon bon vieillard , retirez-vous , Il n'y a rien à faire ici pour vous.
— Belle, j'ai que quatre-vingts ans,
C'est une bagatelle ; J'ai cent louis à te donner
Mon aimable bergère ; Je te les donne de bon cœur, Accepte-moi pour serviteur.
— Monsieur, ce n'est pas d'refus ,
Lui répond la bergère.
Et le vieillard, sans différer,
Sa bourse lui a donné, Et la belle n'a pris l'argent S'en retourne bien promptement.
— Monsieur, je vois venir le loup
Parmi mes brebinettes , Je ne peux pas être partout,
Faut être fille honnête , Je ne peux pas être partout,
Faut être fille honnête.
Et la belle s'en est allée
D'un air aussi gaillarde, S'en va monter sur le rocher, L'homme vieillard n'y peut monter.
S'en va monter sur le rocher, L'homme vieillard n'y peut monter.
— Belle, rendez-moi mon argent,
Je n'entends pas ce rire.
— La belle lui répondit :
Contentez-vous de perdre La bourse et les cent louis Vous gagnerez le paradis.
I^es Mensonges. (SElNE-ET-OlSE.) (Air de la Boulangère aux écus.)
Je vais vous dire une chanson Qui vous fera bien rire,
S'il y a un mot de vérité J'en veux perdre la vie
Ion" la J'en veux perdre la vie.
J'ai pris ma charrue sur mon dos, Mes chevaux dans ma poche ;
Et puis j'ai été labourer
Dans un chemin de pierres
Ion la Dans un chemin de pierres.
Dans mon chemin j'ai rencontré Un prunier plein de pommes ,
Je l'ai pris et je l'ai secoué , 11 tombait des groseilles
Ion la Il tombait des groseilles.
La femme à qui était Pprunier Elle a voulu me battre,
Elle a appelé son chien , son chat Et sa cane pour me mordre
Ion la Et sa cane pour me mordre.
Us m'ont mordu par le talon ,
Je saignais par l'oreille Et par le bout de mon soulier
On voyait ma cervelle Ion la
On voyait ma cervelle.
A mon retour à la maison ,
J'ai trouvé des merveilles ; La poule qui était à la cave
Qui coulait la lessive
Ion la Qui coulait la lessive.
L'âne qui était au grenier
Qui changeait de chemise,
Le chat qui était au coin du feu Qui écumait la marmite
Ion la Qui écumait la marmite.
Il a voulu goûter au pot ,
Il s'est brûlé la griffe.
La mouche qui était au plafond
Qui s'étouffait de rire Ion la
Qui s'étouifait de rire.
Elle a tant ri qu'elle est tombée , Elle s'est cassé la cuisse;
On la mène à la Charité Avecque des béquilles
Ion la Avecque des béquilles.