I.ÉONIE (A part
Ii m’amuse... mais j’y songe... (Haut.) Monsieur...
BEAÜFICEL.
Madame ?...
LÉONIE
.T’attends de vous un petit service...
BEAÜFICEL.
Un service !... Oh ! parlez!... et fût-il en argenterie...
LÉONIE
C’est moins coûteux... je vais sortir...
BEAÜFICEL.
Il fait bien du brouillard...
LÉONIE
Je ne voulais pas laisser voire ouvrier seul ici, mais, puisque vous voi I h , vous aurez bien la complaisance de rester jusqu’à ce qu’il parle.
Permetlez!..,
LÉONIE, allant à la porte.
Et vous le presserez, n’est-ce pas?...
BEAÜFICEL.
Mais je ne fais que ça.
LÉONIE, elle essaie d’ouvrir la porte sans pouvoir y parvenir.
Eli bien !... ça n’ouvre plus...
BEAÜFICEL, allant vers la porte.
Qu’avez-vous donc. Madame?...
LÉONIE
J’ai, monsieur, que celte porte...
BEAÜFIf
Il se pourrait (A part.) Mon v effet, je ne puis l’ouvrir...
(Essayant, haut.) En
iO
LÉONIE
C’est iaouî... la serrure marchait parfaitement tout-àl’heure...
BEAOFICEL.
Le froid... l’humidité... et puis ces quincaillers sont si voleurs...
LÉONIE
Il faut que je sorte, monsieur... il le faut absolument.
BEAUFICEL, allant à la porte à droite, 2 e plan.
Mon concierge est serrurier... je vais lui dire... (Appelant.) Théocri te. *
LÉONIE
Vous verrez que je serai en retard... (Regardant la pendule.) Par exemple... j’aurais juré qu’il était plus tard que ça... Oh ! alors, j’ai le temps... ** (Elle va s’asseoir à la table.)
BEAUFICEL, à part.
Elle s’assied... Comme j’ai bien fait de retarder la pendule...
LÉONIE, qui a pris le journal.
Publications de mariage... (A part.) Tiens, c’est de circonstance pour moi... (Lisant.) M, Leblanc et mademoiselle Lenoir, même maison... M. Petit et madame veuve Legrand, môme maison... Toujours même maison.
BEAUFICEL.
Vous riez? c’est pourtant très- commode... On est sûr de partir ensemble pour la Mairie.
LÉONIE, se levant.
Sans doute, mais ça m’agace... en pareil cas mon premier soin serait de déménager.
BEAUFICEL.
En quoi peuvent vous intéresser les publications de mariage?
LÉONIE
Plus que vous ne pensez, peubêlre (Riant.) ah ! ah ! ah ! ***
(Elle remonte au fond.)
BEAUFICEL, passant il droite.
Celle hilarité... aurais-je un cordon qui passe... ou une queue de papier dans le dos?.,.
LÉONIE
Non, je pense à la figure que doit faire le monsieur qui m’attend...
* Léonie, Beauficel.
** Beauficel, Léonie.
**' Léonie, Beauficel
Un Monsieur!...
LÉOME.
Un Monsieur... qui... pendant que vous me faites la cour, car vous me faites la cour...
BEAUFICEL.
Quoi, vous auriez deviné?
LÉOME.
Oui, je vous trouve môme très-drôle...
BEAUFICEL.
Drôle!... (A part.) Elle m'abime.
LÉOME.
Et l’autre... lh-bas... en gants blancs... souliers trop étroits... ah ! ah ! ali!
BEAUFICEL.
Enfin... ce Monsieur...
LÉOME.
Un futur... si vous voulez bien le permettre.
BEAUFICEL, frappant sur la table.
Un futur !
LÉOME.
Mais prenez donc garde... vous déchirez ces journaux... mes amis prétendent que je ne puis rester veuve... Ils en parlent bien à leur aise... prendre un second mari... c’est grave...
On ne peut plus grave... surtout, si le premier...
LÉOME.
Le premier était le meilleur des hommes, il se prêtait à toutes mes fantaisies, à tous mes caprices, et ils sont nombreux, car vous avez dû vous apercevoir que j’étais un peu folle, un peu étourdie, que j’avais une tète...
BEAUFICEL.
A ferre tourner toutes les autres...
LÉOME.
Ah! et vous-, monsieur, vous n’avez donc jamais songé...
BEAUFICEL.
A me marier?... (Avec intention.) Je n’y avais pas pensé jusqu’à présent, parce que le mariage impose des devoirs... Ali ! c’est qu’une fois passé devant M. le Maire, plus de zigzags... la ligne droite... je ne connais que ça...
LÉOME.
Mais voilà d’excellents principes... krntiyjn m’a trouvé un futur très convenable, dit-on, d’une hwM^amille et avec lequel je dois me rencontrer aujourd'hui?!? pour la première fois. (Ello regarde la pendule.)
BEAUFICEL.
Ah! vous avez le temps...
LÉONIE, impatientée, allant à la cheminée.
Non, monsieur, je n’ai pas le temps... (a part.) C'est singulier... cette pendule... cette serrure...
BEAUFICEL.
Et si j’osais... vous offrir... ici... ce soir, près de votre petite cheminée qui va si bien... une modeste tasse de thé... j’en ai d’excellent.
LÉONIE
Ce soir?;.. Ici ?... Je vous admire... Et en vertu de quoi, je vous prie?... Arrangez-vous d’abord pour faire ouvrir celte porte... car je m'impatiente à la fin, et si vous avez cru me condamner à un têle-à-tèle forcé... vous vous êtes trompé, je vous cède la place... Je vous cède la place. (Elle
entre dans sa chambre.)