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Mémoire au roi et aux deux chambres

A la suite (l’une carrière de plus d’un demi-siècle de services rendus à l’Etat , dans les ports et arsenaux maritimes, sur les vaisseaux de guerre, dans les colonies et établissemens lointains (avec des fonctions supérieures et importantes depuis plus de quarante ans), je suis rentré l’année dernière dans ma patrie, après une absence de plusieurs années : et comme de toutes les missions pénibles et difficiles que j’ai remplies, j’ai obtenu des témoignages de l’approbation des Ministres sous les ordres desquels j’ai agi, j’ai dû me flatter d’être traité avec les égards et l’attention que j’ai toujours éprouvés sans les rechercher; du moins avec justice.

Je répugnerois à penser qu’il me fût

necessaire , pour parvenir à l’obtention de cette justice , et à la tranquillité à laquelle j’aspire, après tant de travaux, de voyages et de fatigues, de recourir à l’autorité et à la surveillance auguste du Roi, et d’en donner connoissance aux deux Chambres , de recourir à cette heureuse Trinité qui, dans un Gouvernement constitutionnel , avec un parfait accord de principes et d’intentions, forme un faisceau indestructible, et assure une prospérité toujours croissante à cette Nation qui (plus qu’aucune autre connue) mérite d’être bien gouvernée.

Mais en sollicitant l’examen de notre auguste Monarque et des deux Chambres sur le Mémoire qui va suivre, quoique relatif à l’intérêt d’un particulier, je ne pense pas à moi seul : je n’ai rien d’un égoïste, et je compte offi’ir ioi un grand but d’utilité générale, celui de

soutenir le courage et les dispositions vertueuses de cette jeune et intéressante population , qui, sous les leçons et à l’exemple de leurs dignes instituteurs, se forme pour devenir des hommes utiles et précieux dans les diverses conditions et positions où ils seront placés dans la société'.

Que ceux qui sont destinés à remplir des fonctions utiles à la patrie, sachent, qu’ils aient toujours devant les yeux, qu’une conduite honnête, vertueuse et désintéressée, leur assure dans la vieillesse les égards, les procédés et un sort tranquille; qu’ils soient bien convaincus que jamais le Gouvernement ne laisse dans l’embarras et dans le de'nûment les hommes qui ont fidèlement servi l’Etat.

Que les magistrats s’occupent cons-

tamment et sans relâche du soutien des

opprimés, et de procurer une prompte justice à tous ceux qui sont dans le cas de recourir à leurs décisions; que l’administrateur néglige ses intérêts personnels, qu’il les oublie, pour se livrer tout entier à remplir les devoirs qui lui sont imposés, qu’il songe exclusivement à faire le bien de ses administrés, et à faire chérir et respecter l’autorité; que le guerrier vole avec empressement à la défense de la patrie, qu’il protège les propriétés, et fasse chérir de ses compatriotes ceux qui font la terreur de nos ennemis. Après une carrière honorablement parcourue, qu’ils soient tous assurés d’un asile dans les bienfaits du Gouvernement, en même temps qu’ils seront entourés de l’estime publique, qui est au-dessus de toutes les richesses.

Il est des peuplades de l’Amérique

parmi lesquelles l’usage existe de donner la mort aux vieillards lorsqu’ils ne sont plus utiles à la socie'të.

Il existe des hommes en place (puis-je le dire sans frémir d’horreur!) dont la conduite à l’égard des anciens serviteurs de l’Etat, tendroit à cet affreux résultat, de les faire périr de désespoir et de chagrin : et toute l’impression que produiroient de pareils malheurs sur ces sangsues politiques, seroit une froide satisfaction de se voir ainsi débarrassés de solliciteurs importuns, dont la présence est un reproche pour eux , et un objet défavorable de comparaison. Je connois, entre plusieurs autres, une illustre victime de cette insouciance et de cet égoïsme de quelques fonctionnaires publics, qui, après avoir en vain réclamé ses droits, et lutté contre l’in-

fortune et les infirmités , a succombé

aux misères et au chagrin de sa triste position.

Restati in pace } anima bella !

Quant à moi, que quelques personnes paroîtroient vouloir traiter de même, j’ai l’âme forte, quelque expérience des hommes, et une santé vigoureuse.

Je vivrai pour être encore utile à ma patrie, si ce n’est pas dans une situation aussi active qu’autrefois, du moins par quelques bons conseils : je vivrai pour faire connoître la vérité, et je ferai voir surtout, sinon en action, du moins par l’évidence de la démonstration , que je sais faire beaucoup avec une dépense modique, et que je ne suis pas de ceux qui causent à l’Etat des mises dehors énormes , sans lui procurer aucuns résultats avantageux.

Je n’aurai point la pusillanimité de

m’affecter et de me laisser abattre par l’injustice systématique de quelques hommes : il faut savoir supporter

The insolence of office, and the spurns

Whicli patient merit, from th’unworshy tahes.

Que pourroit-on craindre d’ailleurs?

Le Roi est là , qui s’est solennellement déclaré l’organe et le soutien de tous les

principes constitutionnels que la France chérit : les Chambres législatives son t là , dignes représentans de la nation , fidèles à cette Charte constitutionnelle et à leurs mandats : cette précieuse Charte est là pour servir de guide , et porter le flambeau dans le dédale ténébreux, où quelques hommes en place voudraient entraîner les affaires publiques. Tout acte injusticiable sera redressé ou annulé par la sagesse et la justice.

Cette persuasion rassurante m’encou-

rage dans la respectueuse liberté que je prends, de solliciter l’examen du mémoire ou exposé ci-joint de mes services, des droits quils m’ont acquis aux bontés du Gouvernement, et de ce qui leste a fane pour etie juste, et pour me tuer dune situation pénible et extraordinaire, a la suite de cinquante-cinq ans de travaux au service de l'Etat.

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