POST-SCRIPTUM
La commission chargée par la Société Impériale de Médecine de Marseille de lui présenter un rapport sur les maladies qui ont régné dans cette ville en 1852 , a émis une opinion qui est en parfaite harmonie avec la mienne , et qui a été partagée par la compagnie , puisqu’on lit dans le procès-verbal de la séance publique , tenue en décembre dernier , et dont vient de me donner connaissance son ancien président, M. le docteur Fouillot (1) :
« Parmi les causes qui ont pu faciliter le développement de l’affection typhoïde à Marseille en 1852 , il en est une sur laquelle votre commission m’a chargé d’appeler votre attention :
(( Pendant toute l’année nos rues ont été labourées dans tous les sens , on a ouvert de larges tranchées pour le passage des tuyaux destinés à distribuer les eaux du Canal et le gaz des nouvelles Compagnies. Tout le monde a pu voir ces terres noires, fétides , sursaturées d'hydrogène sulfuré , et apprécier les effets primitifs de ces émanations sur la respiration, pendant que le médecin réfléchissait aux conséquences qui pouvaient résulter de leur absorption par les voies respiratoires, et de leur transport dans la circulation,
« Les médecins de tous les temps ont constaté que l’enlèvement des terres, les terrassements même dans un sol vierge, donnent naissance aux fièvres essentielles , à plus forte raison quand ces terres renferment des principes insalubres.
« Il y a vingt-cinq ans on ne connaissait et on ne traitait à Marseille que les fièvres intermittentes qui no^ls arrivaient des environs et on les observait surtout sur des sujets travaillant au canal d Arles, aux Martigues , et qu'on dirigeait sur notre Hôtel-Dieu. Plus tard nous avons été à même d'étudier celles qui nous arrivaient d Afrique ; à V Hôpital Militaire , en 1852 , on a traité un grand nombre
(1) Celle Commission se composait de MM. les docteurs Roux , Beullac. Ducros , Gaudineau, Girard, Mcli , l’irondi, Seux , Ulo, et Dugas, rapporteur.
de fébricitants, tous évacujs de V Algérie; cinq d'entr^ eux ont présenté des accès pernicieux heureusement enrayés par la vigilance et le coup-d’ œil de Vhabile confrère qui dirige les salles ; mais il n'a pas échappé à votre commission que depuis quelques années les fièvres d'accès naissent sur place-, la garnison en a offert des exemples, de même que le service de l'octroi et celui de la douane , etc.
(( Les membres de votre Commission des maladies régnantes , ajoute M. le docteur Dugas , ont été frappés d’une réflexion générale qui semble résulter de la constitution médicale des dernières années.
(f II leur est apparu que dans les maladies aiguës, les réactions des centres nerveux et circulatoire sont moins énergiques que par le passé ; on est bien moins souvent en face de ces inflammations exquises suraiguës qui exigeaient largement et hardiment l'emploi des moyens antiphlogistiques. Dans une pneumonie , par exemple , chez un homme fort et robuste , après deux saignées générales, une ou deux locales, la nécessité de poursuivre cette médication cesse, l'état du pouls , l'aspect des autres symptômes arrêtent le praticien et l'engagent à recourir aux évacuants , aux dérivatifs , on guérit tout aussi bien, mais par une autre voie; les maladies sont moins franchement inflammatoires , il se présente dans leur cours d'autres éléments à combattre.
« On peut citer des pneumonies cédant au septième jour pour faire place aux symptômes de la fièvre typhoïde. »
Le secrétaire du Conseil de Salubrité, affirme de son côté (Compte- Rendu de 1853, page 2i9) : « Que de simples ophtalmies des plus bénignes pour la guérison, desquelles l’emploi d’un traitement le moins compliqué possible suffisait ordinairement, ne trouvaient la fin du retour de leurs exacerbations périodiques que dans l’usage du sulfate de quinine.
Les mêmes observations ont été faites à Toulon ma ville natale dans ces derniers temps; les fièvres intermitentes, les fièvres typhoïdes, les états larvés et pernicieux, les névroses jadis très-rares dans cette ville, y sont devenus très-fréquents depuis vingt ans.
Or, il est impossible de ne pas faire remarquer que c’est précisément à cette époque que l’éclairage au gaz a été adopté dans cette ville comme à Marseille. En dehors des arguments que j’ai présentés dans ce Mémoire, trop de témoignages se réunissent donc en faveur de ma manière de voir sur l’influence qu’exerce l’éclairage au gaz sur la santé publique, pour que l’autorité ne lui prête pas une attention sérieuse ou n’appelle pas sur la question que j’ai soulevée les lecherches des chimistes et des médecins, car je n’ai pas la prétentions de l’avoir jugée moi-même en dernier ressort ; peut-être
n’ai-je fait qu’écarter un coin du voile que d’autres sont appelés à déchirer tout-à-fait.
Je souhaite donc vivement que ce travail dont s’occupent en ce moment même plusieurs Académies de Médecine à qui je l’avais soumis avant de le faire imprimer, soit lu et commenté sérieusement par tous les hommes compétents. Fort de mes convictions , qui sont celles d’un grand nombre de savants confrères, je ne saurais redouter la controverse, et je l’appelle de tous mes vœux, parce que je sais par expérience que lorsqu’elle ne dégénère pas, c’est-à-dire lorsqu’elle se maintient strictement sur le noble terrain de la science, la vérité y trouve toujours sont compte. Je ne demande pas mieux que de reprendre la plume, le cas échéant, pour achever ce que je commence aujourd’hui, et pour développer in extenso les nombreux faits que je possède sur la nocuité des émanations d’acide-sulfhydrique, et que les bornes de ce travail m’ont empêché de rapporter.
Abstraction faite des maladies graves du système nerveux, et des affections typhoïdes qui n’ont cessé de se montrer dans certaines maisons de cette ville qu’après la réparation des conduites de l’éclairage et la cessation des fuites qui viciaient l’air; je pourrai raconter en temps et lieu, et lorsque mes recherches à ce sujet seront terminées , l’épidémie qui, il y a quelques années, fut attribuée à Londres à la même cause , et qui sévit spécialement sur les individus que leur profession forçait d’habiter les rez-de-chaussée, les magasins, les basses- offices des maisons où l’odeur du gaz de light était permanente.
Je me réserve enfin de faire connaître aussi, plus tard, le jugement qu’ont porté sur cet opuscule les compagnies savantes et les médecins éminents auxquels je l’ai adressé.
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