‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 34 sur 85 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Apres avoir adressé aux Fidèles qui Nous sont confiés, les instrietions et les avis que nécessistent les circonstances où nous nous trouvons, Nous croyons de notre devoir de donner aussi au clergé des regles de conduite qui puissent le diriger au milieu des difbcuités de l'heure présente,

Avant tout, Nous insisterons sur l'union qui doit régner entre tous les membres de l'ordre sa-erdotal. Cette harmonie fera notre force dans l'avenir comme elle l'a faite par le passé. C'est à elle que le clergé doit en grande partie la salutaire influence qu'il exerce sur le peuple. Unis tous ensemble de cœur et d'esprit, de sentiments et de pensées,, sous la direction de ses chefs, les prêtres forment comme un tout complet, homogène et indivisible, comme une phalange impénétrable et invincible : at castrorum acies ordinati (Cant. VE 9.). Dans la véritable Eglise seule peut ainsi exister, non seulement l'unité de loi, mais encore l'unité de discipline : “* Observantia enim haec indubix est tessera filiorum Evclesiæ,” nous dit Fimmortel Pie IX. Cette belle union seule donne à l'Eglise la puissance de repousser la fureur, la ruse et l'audace de ses ennemis: ‘sa constituit inerpugnabilen vin üleon unilatis, que sole retundere potest osorurr dlius furorem, dolum, audaciam. "Voilà aussi pourquoi F'Apôtre SN. Paul nous dit: Quod si tnvicem mordetis et comeditis, videle ne ab invicem consumamini (Gal. V. 15).

Ah ! messieurs, les adversaires du Clergé et de la Religion l'ont bien compris partout, ici comme ailleurs; aussi ont-jis concentré tous leurs eflorts pour diviser les esprits, pour rompre l'unité, et aflaiblir ainsi des forces qui toutes de

concert devraient être dirigées contre l'ennemi commun: “ dissociant animos, unitaten discerpunt, vuesque conjunctun opponendas adversarüs onfirmant. "Et le moyen le plus direct, le plus assuré, qu'ils adoptent pour opérer cette malheureuse, cette désastreuse division, dons les rangs du Clergé, c’est de briser d'abord :es liens qui unissent les peuples aux Evèques, pour essayer ensuite de relächer

ceux qui unissent les Evêques au Vicaire de Jésus-Christ : “ommes Erclesiæ hostéum machinationes eo spectant, ut... vincula frangant qua populos Episcopis, Episcopos devinerunt Christi vicario, ”

Prenons garde, Messieurs, que quelques-uns de notre corps. sous des prétextes plus où moins spécieux, ne viennent à seconder les desseins perfides de

nos habiles ennemis, en lcur tendant une main amie: ‘amicam eis manum porri-

gerent, ‘’ en se séparant de leurs confrères et de leu}s supérieurs. Toute maison divisée contre elle-même ne subsistera point, nous dit le divin Maitre : “ omuis.. domus divisa contra se non stabit* (S. Matthieu, XII 25.) Qu'au contraire tous les membres de la sainte tribu dans chaque diocèse se serrent autour de leur Evéque ; qu'ils acceptent son commandement et marchent à sa suite. “ Obedite præpositis vestris et subjacele eis (Hébr. XIIT. 17.).

À cette docilité filiale vous joindrez constamment le respect : ce sont deux devoirs inséparables. ‘ Promittis mühi reverentiam et obedientiam ?—Promito.” (Pontifical) Quelque soit l'âge, quelle que soit la science, quelle que soit la capacité d'un prèffe, jamais il ne lui est permis de se substituer à ses supérieurs ecelésiastiques pour guider soit le Clergé, soit les fidéles, d'ériger, pour ainsi dire, chaire contre chaire, de critiquer, de censurer, de juger Les actes ou les documents épiscopaux, et d'acroutumer ainsi le peuple à en faire peu de cas, à les soumettre lui-même à son jugement privé. Jamais les talents ni les connaissances ne donnent droit de mépriser l'autorité sur eeux qui ont reçu d'en haut la mission et la gràce pour gouverner l'Eglise de Dieu : “‘flatosque superbiie vento prudentiores sæ illo censere cui peculiwre el perenne promissum fuil livèrmem auxiltum L'effet naturel de ces critiques est d'ebramler ke salutaire pouvoir de l'Episcopat et d'amener mne déplorable amarebme : Uhi mon est gubernator, populus corruet. (Prov. XI. 14) Car, d'apres St. Cygne, 11 n'y à qu'un “piscopat, partagé entre différents membres, dont chacun possede solidairemment une partie : * Æynscopatus

unus est, cujus à singubis in solèdum pars ænetur (De mmtate Eeclesir.)

D'ailleurs. Messieurs, si nous tragoms aux ecrivams laiques les règles à observer dans les polémiqmes, les prètres potrrasemt-ils s'en croire affranchis ? Ni nous rappelons au peuple l'obligation qu'il = de se soumettre à l'enscignement de ses pasteurs dams toutes Les choses qui concemment directement ou indirestement 2 morale, lu conscience, et per consequemt la Keligion, soit dans sa vie privée, soit dans su vi publique me devoms-nems pas à plus forte raison exiees de nos pretres bo méme soummssion, la même dkdéremee r ur nos jugements et déevisions * N'avoms-nous pas meme plus demmetifs-de lewr dire : Défiezvons des eandsdate«t des gpærtus qui, par lewrs aies, lews amis, soutiennent des pmerpes et des dowtrines comdammes par l'Eglise er dangereux à la socitté? Ce sont somvent des emmemis caches: ils déemesemt leurs tendances aussi longtemps que leur imierét l'exige, 11s se démasqgment des qu'ils croient pouvoir le faire 1impunément

Ces adversaires de la Religion, qui cependant prétendent au titre de cathohiques, sont les méèmes partout : ils flattent ceux de ses ministres qu’ils espèrent gagner à leur cause: ils imjurient, ils outragent les prétres qui dénoncent ou

qui combattent leurs desseins pervers. Ils les accusent d'exercer une influence

die de semvertir ka chatre de verité en tribune politique : ils osent quelque-

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fois les trainer devant les tribunaux civils pour rendre compte de certaines fonctions de leur miaistère ; ils chercheront même peut-être à les forcer d’accorder la sépulture chrétienne en dépit de l'autorité ecclésiastique.

En présence de semblables menaces, plusieurs d'entre vous, Messieurs, Nous ont demandé de leur tracer une ligne de conduite. Elle est clairement indiquée par les règles canoniques.

19 Un prêtre, accusé d’avoir exercé une énfluence indue dans une élection pour avoir rempli quelque fonction ou donné des avis ou des conseils, comme prédicateur, confesseur ou pasteur, et cité pour cela en justice, devrait récuser respectueusement, mais fermement, la compétence du tribunal civil, et invoquer le recours au tribunal ecclésiastique.

29° Un prêtre qui, ayant suivi exactement les décrets des Conciles Provin claux et les Ordonnances de son Evêque, serait néanmoins condamné pour in-

Huence indue par le tribunal civil, devrait souffrir patiemment cette persécution,

par amour pour la Nainte Eglise.

Avant de terminer cette circulaire, Nous pensons à propos de vous répéter Messieurs, les sages prescriptions du IXme decret du Quatrième Concile de Québec. Dans les circonstances ordinaires, bornez-vous à développer à votre peuple les regles générales qui doivent le guider dans les élections : “nec ultra procedant in circumstantis consuetis. S'il se présente quelques circonstances particulières où extraordinaires, ayez bien soin de ne rien dire, de ne rien faire, sans avoir consulté votre Erêque : “nec quidquam moliantur inconsu!lo Episcopo.

Dans notre pastorale nous insistons fortement sur les droits du Clergé comme citoyen, parce que ses ennemis veulent le lui dénier pour lui fermer la bouche en tout temps: mais l'exercice de ces droits, comme de beaucoup d’'autres, se trouve nécessairement restreint par les règles que vous imposent vos supérieurs ecclésiastiques, à qui seuls il appartient de juger jusqu'à quel point il est opportun d'en user. Le décret du Quatrième Concile de Quéhec est biert clair et bien formel sur ce sujet.

Notre pastorale expose également en quel cas le prêtre peut et doit élever la voix, non seulement comme citoyen, mais aussi comme ministre de la religion : nous croyons utile de vous faire remarquer que, même dans ces circons tances, vous devez avant tout prendre l'avis et l'ordre de votre Evêque, car ces questions sont toujours de la plus grande importance et elles tombent a fortion sous la restriction imposée par notre Quatrième ('oncile

Les difficultés actuelles drivent aussi faire sentir à chacun de vous l'importance des recommandations contenues dans le XVIITe décret de notre Cinquième Concile : ilud deeretum (le précédent) prudenter, breviter, clare et pravia matura præparalione, et dum animi quieli sunt, suis ovibus explicent antequam de electionibus faciendis aga-

lur.

S'il est nécessaire de mettre les fidèles en garde contre les mauvaises doctrines sociales et religieuses, et de les instruire des vrais principes, av isi bien que des devoirs imposés à leur conscience, pour le choix d'un candidat et le vote qu'ils ont à donner: d'un autre côté, il est aisé de comprendre qu'il faut s'abstenir de traiter en chaire de questions purement temporelles et profanes, et d'y adresser des injures ou des personnalités à qui que ce soit, comme le dit notre Premier Concile dans les avis qu'il donne aux prédivateurs. (Décret XV No 8,). :

Ordinairement méme il convient à un prêtre de ne pas se méler activement aux luttes de partis: sa considération et son caractère seraient exposés à n'y rien gagner. Bien plus, quand, à raison des principes, des antécédents ou des alliances compromettantes de quelque candidat, il sera obligé de se prononcer dans l'intérêt de la religion et de la patrie, sa parole aura beaucoup plus de poids et d'autorité, s’il ne l'a pas prodigute inutilement.

Puissent, Messieurs, ces avertissements paternels, ces directions que notie charge pastorale Nous engage à vous adresser, contribuer à rétablir complètetement cet esprit de corps, cette union de famille, qui a toujours distingué le Clergé Canadien, cette uniformité de parole &t d'action qui lui a permis de rendre à notre cher pays des services si nombreux! Puissiez-vous tous n'avoir qu'un cœur et qu'une âme avec vos EÉvêques, comme vos Evéques sont étroitement unis entre eux et avec le Chef Supréme de l'Eglise, par une parfaite communauté de vues et de soutiments !

C'est dans cet espoir que Nous vous bénissons affectueusement ainsi que les Fidèles confiés à vos soins.

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