‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 14 sur 220 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

bits des enfants, dont je fus charmée pour ma part. On cessa de leur saupoudrer la tète à blanc, comme on le faisait autrefois. Ils étaient tout à fait défigurés, avec ces rouleaux pommadés, ces boucles et tout cet attirail. Rien n'était plus ridicule que ces petites créatures, avec une bourse, un chapeau sous le bras et Tépée au côté. Depuis la révolution établie dans la chevelure, les enfants portèrent les cheveux en rond, bien taillés, bien propres et sans poudre.

On amena un jour à Étupes le plus joli petit garçon du monde , fils d'un gentilhomme du voisinage ; il entra paré comme son grand-père, se tenant droit, très-occupé de son épée et de son habit brodé, et parfaitement ridicule, j'en réponds. Mademoiselle de Domsdorf vint me dire tout bas qu'il fallait faire une conspiration pour mettre cet enfant à la mode. Elle emmena donc la mère du petit bonhomme, pendant cjue son père faisait sa cour, et fit si bien, que celle-ci partagea bientôt son désir de délivrer d'un tel supplice son pauvre héritier. Les conjurées, fortes du consentement de la mère qui voulut faire semblant de ne rien savoir, emmenèrent l'enfant dans la chambre de madame Hendel, où l'on fit venir le valet de chambre-coiffeur des jeunes princes; en une demi-heure le changement complet s'opéra, et il reparut au salon, tout à son avantage. Ce furent de grandes exclamations de diverses espèces. Le père, mécontent d'abord, n'osa pas trop

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mal prendre la chose, et finit par reconnaître le mérite de la métamorphose.

Les femmes se mettaient alors de la poudre d'Iris, un peu plus que Monde, ce qui fait qu'elles avaient toutes l'air rousses. C'est apparemment pour accorder les blondes et les rousses qui chacune veulent ||c être les plus belles, et qui chacune, il faut le dire, avaient des partisans. En vérité, les modes font sou- h vent de grandes extravagances, elles servent à gâter « ce qu'a fait la nature ; ce qui ne nous empêche pas de I nous trouver, tant que nous sommes, charmantes ainsi affublées.

Plusieurs princes arrivèrent successivement à Montbéliard : d'abord l'archiduc Maximilien, électeur de Cologne, qui, s'il apeu d'esprit, est d'une bonté extrême. Il m'honorait particulièrement de sa bienveillance, et la conversation roulait toujours sur un bourgeois dont la maison gênait sa vue dans un de ? ses châteaux, et qu'il ne pouvait se décider à en chasser. .

— 11 n'a pas voulu me la vendre; on me conseilla i de m'en emparer en lui en payant le prix, mais je :• ne le ferai point ; ce pauvre homme est né là, son père y est mort; on comprend cela, n'est-ce pas, madame la baronne? Pourtant ce toit rouge me cou- ^ trarie bien. — Et c'était toujours à recommencer. |

— Monsieur l'archiduc n'a donc qu'une seule idée ' dans la tête? disait madame la princesse.

— C'est apparemment, répondit M. de Yernouillet, qu'il n'a pas de quoi en changer.

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