‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 169 sur 220 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Elle avait peur de tout, surtout du toDuerre, des araignées, et des lapins. Pourquoi les lapins? je l'ignore; ce que je sais, c'est qu'elle ne les supportait pas, même en peinture ; à peine en écoutait-elle le nom sans pâlir. Elle nous amusait beaucoup, et ne s'en tourmentait guère'.

Nous eûmes la Belle Arsène ^ et Fanfan et Colas. Une vraie pièce de jeunes filles par sa moralité. Le sujet en est simple et naïf, il arrache des larmes. Les rôles de Fanfan et de Colas étaient joués : le premier, avec beaucoup de finesse, par madame Raymond; le second, par mademoiselle Caroline, qui y mettait infiniment de gnice et d'esprit.

Le lendemain 28, nous allâmes encore avec madame Tronchin, à la Comédie française; on jouait Crispin médecin. A propos de cette pièce on répétait un mot de Préville assez drôle, au sujet d'un événement peu édifiant et qu'explique le lieu où il se passa.

Une actrice de la Comédie avait mis au monde un enfant, attribué, suivant les uns, au ûquv Dazincourt (le fameux Crispin), et selon d'autres, au médecin de cette actrice. Un soir, que l'on se disputait beaucoup au foyer, pour savoir à qui cet enfant appartenait, en réalité, et quel nom lui donner par conséquent :

— Vous voilà bien embarrassés, dit Préville, appelez-le Crispin-Médecin ?

' C'est madame Tronchin qui, lors de la révolution, disait : Sans mon café à la crème, je ne tiendrais pas à la vie.

Le Théâtre-Français fit sa clôture le premier avril, au moment de mon départ. Ce fut donc la dernière fois que j'y vins de ce voyage, et je ne reverrai plus ni Brizard, ni madame Fanier, ni M. et madame Préville qui se retiraient. Ce furent des pertes irréparables pour le théâtre.

Les jours suivants je fis des visites ; je vis beaucoup de monde, soit chez moi, soit chez madame la duchesse de Bourbon. J'allai rue d'Anjou, chez le bon maréchal de Contades, gouverneur d'Alsace, qui, malgré ses quatre-vingts ans, est encore aimable. Je vis les avocats des procès, je vis madame de Talaru, née de Bec-de-Lièvre, dame pour accompagner madame Adélaïde. Le marquis de Talaru est lieutenantgénéral, grand'croix de Saint-Louis, premier maîtred'hôtel de la reine, en survivance, gouverneur de Phalsbourg.

Le vicomte de Talaru est maître-d'hôtel de la reine en pied; c'est le fils du vicomte de Talaru, cordon bleu, mort en 1782.

Je vis encore la comtesse de Beaujeu,chanoinesse du chapitre royal de Saint-Louis de Metz. Elles portent une croix d'or à huit pointes, attachée à un ruban blanc, liséré de bleu. Il faut, pour être admis dans ce chapitre, prouver sa noblesse d'extraction, et une filiation non interrompue jusqu'à 1400.

Madame de Beaujeu est parente du chevalier de Beaujeu, qui a été sous -gouverneur. C'est une femme d'esprit, maligne et mordante à l'excès. Nous

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