LES ENVIRONS DE LA PLACE
A portée du ciinon de la place le long des deux bords de la flicr , 1(; pays n'A assez uni , mais sur la largeur de 4 à 500 loiscs à niesuio qu'il s'éloigne , il bossillo jusqu'à former des inonlagnos d'une hauieur considérablo.L'une desquelles, savoir: la plus prochaine et la moins élevée cùloye la place et l'approche de si près qu'il est foit mal aisé d'éviter que la plus grande partie de ce que l'on y f(!ra pour l'agrandir n'en soit plongé. Cette uiéme hauteur a trois défauts désavantageux à la place. — Le premier est qu'elle forme une portion de cercle qui environne la paille qui en doit appi'ocher à moins d'une demi -portée de canon, do sorte qu'il est très dinîcile de rien faire do sou côté qui n'en soit incommodé ; cependant ce n'est que de relui-ci qu'on peut s'éîendre. — Le deuxième est que par le côté qu'elle s'en approche , elle s'abat en pentes douces qui fournissent des assiettes de batterie à l'ennemi à toutes élévations et pour tant de canons qu'il en voudra mettre, et qui toutes plongeront le
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rfalaiis do la place, sans que pas un puisse incommoder ses tranchées qui seront toujours bien au dessous. — Et le troisième, que son sommet le dérobe aux vues de la ville , de manière que les camps que l'on melira dessus en seront foi't près , sans être vus.
L'autre montagne qui est sépan'e de la précédente par la rivière de la Divette est beaucoup plus élevée , et a le même défaut; mais elle en est plus éloignée , et ne voit la place que par une tête étroite. Les abords de celles-ci sont avantagés de grands bois qui sont d'une profondeur immense, et ceux de l'autre coupés de grands valions dont les rampes pour gagner le sommet des montagnes sont roides, et d'un accès diilù-ile du côté des secours; et ce qui l'est le moins est tellement coup!": do grosses haies , decheaiins ereu\ , q:i'il est im^tossible que des troupes y puissent ùire aucun mouvement sans avoir toujours la pioche, la serpe et la hache à la mnin.
Ces deux montagnes sont donc très avantageuses à l'attaque à près de moiii(; de la circonva'lation ; mais les deux extrémités du pays qui aboutissent à la mer la reculent très considérablement , et ne lui fournissent que des situations très désavantageuses en ce qu'il est très difficile que l'ennemi puisse metti'e des camps en lieu où il ne soient crois('S à portée raisonnable du canoii de la place et de celui des hauteurs plus prochaines qui sont toutes supérieures aux endroits où ils se pourroicnt mettre , à moins que de les occuper , ce qui l'éloignera beaucoup do la place. Ce qu'il y a de mieux pour la défense, c'est que ce pays déjà couvert et coupé de haies et de fossés en rendra toujoui's l'accès très difficile , et môme on peut dire que la cavalerie ne peut êtr'c de nul service aux secoui'S : et pour peu qu'il y ail de mauvais temps, le canon et le charrois n'en ap[)rocheront q'.'.'av^'c des peines infinies.
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IMPORTANCE DE CnERBOURG.
Elle a été de tout temps très considérable pour ceux qui cn^ ont été les maîtres ; mais infiniment plus présentement que par le passé, et je puis dire n'en pas cdnnoîlre une dans le royaume qui le soit tant eu égard aux malheurs qu'elle pourroit faire par la piraterie à nos ennemis les plus naturels, si son port était un peu accommodé , et à l'empécliement qu'elle peut donner à leurs dessciiîs; car il fout convenir que de tous les endroits du royaume où ces mêmes ennemis peuvent faire une descent<'. , aucun ne leur convient mieux que cette presqu'isle où nous avons fait remarquer qu'il y en a jusqu'à cinq toutes assurées pourvu que l'on s'y prenne à marée basse.
D'ailleurs, les meilleurs de leurs ports et de leurs rades sont si bien situés pour de telles expéditions , qu'ils semblent faits exprès, vu qu'en moins de buit heures de temps ils peuvent être de ces porlsà nos càU'.s qu'ils pourroient surprendre, étant impossible de savoir ce qui se passe chez eux pendant la guerre, quand ils voudront bien se donner quelques soins pour cela : joint que , s'ils avoient mis une fois le pied à terre et occupé la presqu'isle , ce qui peut se faire du soir au malin , il n'y a point de pays au monde où il soit plus aisé de se maintenir , parce qu'il n'est point nécessaire de cavalerie, le pays y étant moins propre de beaucoup que dans les chàtellenies de Bcrgues et Fumes. Il n'en est point besoin non plus pour faire le siège de Cherbourg , puisque les bois n'en sont qu'à un quart de lieue , et tous les abords aux lignes tellement barrés de forêts , çl coupés de fossés et de haies si épaisses, qu'on pont dire que
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chactsnc d'elles vaut un bon rclranchomenl , et d'ailleurs si fréquentes, qu'à peine un bataillon pourroit y faire un quart de conversion dans les héritages qui y sont enfermés ; et comme cela se continue dans toute l'étendue de la presqu'isle, et que de plus son isthme est traversé de je ne sais combien de rivières et de marais qui ne se passent qu'en certains endroits, et par de longs défilés; il est sûr qu'Euic armée ennemie forte en infanterie < campée sur ledit isthme, empécheroit facilement Vcntrée de la presqu'isle, à toute autre, et trouveroit abondamment de quoi subsister devant et derrière pendant fort longtemps. Pour quoi il y a une chose à considérer, qui est que tout le Cotentin , et partie de l'évèché de Baycux, sont tous coupés de haies et de fossés comme la presqu'isle dont nous venons de parler. On ne peut pas douter que l'Angleterre ne puisse facilement mettre 20, 50 ù AO mille hommes pied à terre, et davantage quand elle sera maîtresse de la mer , ce qui apparemment sera toutes fois et quand nous aurons guerre avec elle , n'étant pas croyable qu'elle s'engage jamais seule à rompre avec nous. Cela supposé comme une chose dont le bon sens ne permet pas de douter , et les forces de cet Etat n'élaut pas diverties par les grandes armées de terre, ni par une grande quantité de places-ù garder comme les nôtres, il lui sera très aisé, non seulement de faire passer tout le monde qu'elle voudra , mais encore toutes les munitions de guerre et de bouche dont elle pourra avoir besoin : à quoi l'on peut ajouter que pour faire un siège comme celui de Cherbourg , elle ne manquera pas de monde ni de canon , ni de bombes , ni de mortiers , ni de rien de ce qui pourroit être nécessaire.
De toutes ces choses nous pouvons tirer plusieurs conséquences , dont la première est que s'ils mettent pied ù terre, i! leur sera très aisé de faire le siège de Cherbourg ; — la deuxième est que s'ils le font avec !a conduite et la précaution requises,
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il sera presque impossible de le soeoiiiir; — la Uoisièmc, qu'il leur sera aisé de subsister dtuis la presqu'isîe , noJamnionJ, s'ils vienucut à s'euiparer de Carentan; — la quaUicmc, que l'éloignement de nos armées leur donnera toujours le lemps de faire tout ee qu'ils voudront, puisque s'il faut (pi'elles viennent d'Allemagne on de Flandre, elles auront des 120 , 150 lieues de mai'che à faire, pendant quoi il se passera des mois entiers qui leur donneront le temps de prendre tous les établissements qui leur conviendront; — la cin(|uième, que par i'oeeupation de eetlc presqu'isîe, l'ennemi peut s'ouvrir une porledans le cœur du royaume, d'autant pUis facile, que n'ayant ni place, ni pays assez coupés, ni difiiciles pour lui empêcher le chemin , il s'ensuivra que le succès d'une entreprise de celle nature un peu bien menée peut causer l'abandon de noti-e frontière , nous attirer la guei-re tout d'un coup dans U; niiiicu du i-oyaume , et causer dos révolutions très dangereuses dans i'Elal,eu même égard au mécontenlement des nouveaux convertis qui n'est pas prêt de finir ; joint que cela pourroit donner lieu aux Anglois de réveiller leurs vieilles prétenlions sur la Normandie et sur les autres pays de leur ancienne domination , et tout cela sans qu'il y eut moyen d'empêcher leurs progrès que par l'apparition de ce qu'il y auroit de forces plus considérables dans le royaume; ce qui ne pouri-oit se faii'e qu'aux dépens de la frontière qui, de celle façon , se rrouveroit abandonnée et réduite à une très faible défensive. A quoi il faut ajouter que d'avoir à soutenir la guerre chez soi dans un pays tout ouvert, où il n'y a pas une ville fermée, pendant que l'ennemi de terre altaqueroit nos places et perceroit la frontière avec de puissantes armées, seroit bien à mon avis la plus mauvaise conjoncture où le l'oyaume pût se trouver.
Je laisse à juger des autres conséquences qu'on peut inférer de là. Pqur moi je n'en aperçois que de terribles , et si fàcheu-
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ses qu'il YniuIroR cent fois miciix que les Anglois eussent fait descente à Calais ou à Boulogne que dans la presqu'isie de Cherbourg , parce que là du moins , ce sont pays ouverts où l'on l)Ourroit se servir de cavalerie , qui sont d'ailleurs fortifiés de bonnes places et près de nos armées. Mais ici il n'y a rieu de tout cela- Au reste, il ne faut pas se récrier sur les exemples de tout ce qui s'est fait par le passé; et dire puisqu'ils ne l'ont, pas fait autrefois, ds ne l'ont pas cru bien praticable. Pour se convaincre là-dessus , il n'y a qu'à se souvenir qu'ils ont eu Calais 210 ans entre leurs mains, et la Normandie , la Guyenne et le Poitou un fort long temps pendant que tous les pays de descente ('(aient pour eux ; aujourd'hui qu'ils n'ont plus ni les uns, ni les autres, ce n'est pas la même chose, et pouipeu que l'on ait les yeux ouverts, il est aisé de voir qu'auciui pays ne leur convient préscnlomenl que celui-ci , et ce d'autant plus que Cherbourg, et même Carenlan leur donneroit lieu d'assurer tous leurs derrières, et d'y (Hablir d'excellentes places d'armes, jusqu'à ce que d'autres progrès leur eussent donné moyen de se procurer ds plus grands établissements; enfin la chose parle ici tellement d'elle-même qu'il ne taui qu'avoir un peu de sens commun pour demeurer convaincu de ces possibilités.
Tout ce que dessus une fois bien examiné, il n'est pas difficile de conclure que Cherbourg est une place de la dernière conséquence, mais qui ne pouvant être secourue que par une espèce de miracle , il faut la mettre en état de pouvoir tout attendre de sa constance , et de celle de quelques petits camps volants que l'on pourra mettre le long des côtes. C'est pourquoi mon avis est de la fortifier tout du mieux que l'on pourra ; d'y mettre quantité de souterrains voûtés, et de magasins à preuve de bombe?, non seulement en vue d'y mettre une grand(î quanlitc' de munitions de guerre, mais même de blé cl de mou-
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lins , cai' il fjul compter que les balleries des hauteurs ne laisseront pas une toise de couverture en étal si une fois elle est assiégée, que les bombes y seront grosses, et leur chute fréquente comme la grêle, car c'est ce que les Anglois entendent le mieux, et même ils en tii'cnt de si grosses, que (!u temps de Ci'onnvell, assiégeant le château de Garnescy sui' les royalistes, une seule de leurs bombes étant tûmb;'!e dans un bastion près de la pointe, jeta les deux faces pai' terre, et y fit une si grande brèche, qu'elle obligea la garnison de se rendre.
De répondi-e à tout ceci par dire que puisque Cherbourg est si difficile à secourir, il vaudroit mieux le raser tout à fait que de le fortifier, ce ne seroit point parler juste, car quand cetteplace ne feroit autre chose que d'amuser l'ennemi un mois ou cinq semaines, ce seroit toujours rendre un service très considérable à l'Etat, puisque sa résistance donneroit le temps à nos armées de s'approcher, à la noblesse et à la milice du pays de s'assembler, et de prendre quelqu(^s postes pour l'empêcher de passer outre; joint que le rasemeui de cette place ne fiiroit que faciliter encore plus les descentes , ù meitre l'ennemi en état de s'emparer beaucoup plus aisément de la presqu'isle, de se porter daiis les premiers jours sur l'isthme, et s'emparer de Carentan , poste très considérable et aisé à fortifier , ensuite de quoi il pourroit rétablir Cherbourg à son aise , et en faire sa place d'armes : joint encore que sans une telle retraite, on ne s'opposera jamais que très nullement aux descentes ; au lieu que s'il y a une bonne place, cet asile fera que l'on s'y présentera plus hardiment, d'ailleurs 4,000 hommes de guerre dans celte place et dans le temps qu'il y aura lieu de craindre, quelques dragons ; Carentan un peu accommodé , et une petite garnison dans le château de Valognes ; tout cela, aidé des milices du pays et des retranchements et redoutes qu'on pourroil faire à loisir vis-à-vis des descentes, changera entièrement la face du pays : et il y
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a bien de l'apparence que s'il rloit en cet état, l'ennemi ne s'y joneroit pas, ou que s'il le faisoit, il en lireroil peu d'avantage, quand même il meltroit pied à terre, parce que si l'on avoit la précaution de faire retirer tout ce qu'il y a de meilleur dans le dedans du pays, avec les bestiaux , n'y trouvant pas de quoi subsister, et les mauvais temps pouvant contraindre les navires à s'éloigner, il seroit obligé de se rembarquer assez vite, ou de s'exposer à mourir de faim, ou du moins à manquer de toutes choses, el ce n'est pas ce qu'il faut aux Anglois.