OBSERVATION. — Goutte avec des nodosités
C*** (Antoine- Nicolas), âgé de vingt-deux ans, orfévre, fut affecté, à l’âge de quinze ans, de douleurs rhumatismales. H fit les campagnes de 1812, 1813 et 1814, et bivouaäqua souvent pendant le siége de Magdebourg. IT contracta , en 1812, uné blennorrhagie et un ulcère siphilitique sur le gland, dont if fut traité à hôpital de Lille par le sublimé corrosif. En septembre 1814, il eut à Cologne une nouvelle blennorrhagie, qu’il traita ét guérit lui-même. De retour à Paris, son pays natal, ïl se fivra aux excès de la table, abusa des liqueurs spiritueuses, et vit bientôt reparaître l’écoulément blennorrhagique : au bout d’un mois, il survint des douleurs dans les jambes et sur-tout aux malléoles internes. Ces douleurs, augmentant toujours et s’étendant à plus sieurs articulations, il entra à lhôpital des vénériens , er passa de 1à à l’hospice de clinique interne de la faculté le 4 janvier 187 S trois mois après l'invasion de {a maladie. H offrit alors les symptômes,
{ 116 ) suivans : rougeurs, gonflemens considérables et douleurs des articulations phalangiennes , métacarpo - phalangiennes , et carpophalangiennes, des articulations radio - carpiennes et humérocubitales, ainsi que de Farticulation scapulo-humérale du côté droit. Des nodosités de la grosseur d’un œuf de pigeon existaient aux articulations des phalanges des mains ét des pieds.
Mêmes symptômes aux malléoles internes, ainsi qu'aux talons, et sur-tout au droit. Augmentation des douleurs pendant [a nuit et quand le malade faisait quelqués mouvemens.
Jusqu'au 20 janvier, il-fit usage des tisanes sudorifiques, et frotta les parties douloureuses avec un liniment volatii. Les douleurs parurent. d’abord se calmer un peu; mais elles revinrent bientôt plus intenses , et se firent sentir en même temps à la fesse gauche. Le 20 janvier, on commença à fui administrer la liqueur de Wan-Swieten ; le 31,1e gonflement et es douleurs avaient subitement diminué: ces accidens revinrent dans [es premiers jours de février, et furent accompagnés d’une céphalalgïe occipitale très-intense. Des accidensétrangers à la maladie principale firentsuspendre ce traitement , qu'on n’a pas repris depuis cette époque, Au commeéncement de mars, le #onflement des pieds disparut, en partie, par l'usage des bains chauds; les douleurs des mains diminuérent: mais ce léger mieux ne fut que momentané; les douleurs devinrent aussi intenses qu'auparavant.
* Enfin le 27 mars, C*** put être soumis, pour la premiére fois, aux fumigations sulfureuses. Dès le premier bain, ïl crut remarquer qu’il remuait les doigts avec plus de facilité; les suivans ne firent. qu’ajouter au soulagement qu’il avait d'abord éprouvé. Dès le31 mars, lé gonflement des articulations avait sensiblèment diminué ; le 3 avril, les douleurs des malléoles augmenterent un peu ; mais, les jours suivans, elles diminuerent de nouveau , ainsi que celles des diverses articulations. Les mouvemens des doigts, ceux des coudes et des pieds devinrent de plus en plus faciles, à mesure.que le gonflement de ces parties diminuait. | Le 12 avril; aprés dix-huit fumigations d’une heure, le volume des phalanges qui était le plus remarquable reprit son état naturel; le malade put fléchir entièrement les doigts et se promener tous les jours sans éprouver de douleurs.
: CY*** sortit de la clinique parfaitement guéri le 29 avril, après avoir pris trente-deux fumigations. Les nodosités ont entiérement disparu... |
(114 | 2. OBSERVATION. — Dartre rongeante située au nez, :
F*** (J.B.), âgé de quarante-deux ans, d’un: tempérament fymphatique, d’une bonne constitution, est né à Metz, département de la Moselle, où il exerçait la profession de pâtissier. Son grand-père , son père, son frère et sa sœur ont été affectés de dartres. era te + Hope
À lâge de trente-cing ‘ans (il y a sept ans), F*** éprouva, après une débauche de table et de femmes, des symptômes d’embarras de Pestomac et un gonflement des parties génitales, qui disparurent promptement après emploi d’un vomitif, de boissons déläyantes et de l’eau froide appliquée inconsidérément sur Îa verge et le scrotum. De petits ulcères se manifestèrent bientôt'au palais; ils firent des progrès rapides , et la voûte palatine fut percée par la carie. Ces ulcères se cicatrisèrent après un traitement mercuriel qui dura trois mois. 1 Ms
Dans lPannée 1811, une pustule rouge , arrondie, et de [a grosseur d’un pois, se développa à la partie moyenne du front; une douleur d’abord sourde, qui devint ensuite prurigineuse ; obligeait Te malade à se gratter, et ne lui laissait aucun repos, Li déchira la pustule; il s’en écoula une matière ichoreuse.si âcre, que tout le tissu dermoïde environnant fut corrodé , et qu’il en résultæ un large ulcère à bords irréguliers et violets : la peau qui lentourait était dure , bosselée et couverte de petites pustules . milraires, Aucun moyen, autre que lapplication du beurre frais, ne fut opposé au progrès de cet ulcère, qui cependant se cicatrisa; mais le malade éprouva, pendant toute l’année 1812, des douleurs sourdes dans tous les membres, un sentiment de fournrilientent sur toute la peau, et, de temps à autre, des ardeurs vénériennes qui firent craindre plusieurs fois le satyriasis. | |
“En°1813, une nouvelle pustule parut à la cloison du nez, et donna lieu à un ulcère ayant le même caractère de reptation que celui qui avait existé au front : Fos vomer fut carie.
En 1814, un autre ulcère, également la suite d’une pustule, affecta l'aile droite du nez et l’altéra profondément ; il resta stationnaire jusqu'en 1815; alors il attaqua l'aile gauche du nez, divisa son lie latéral et gagna rapidement la partie gauche de la lèvre supérieure. Les mercuriaux, les sudorifiques et les bains sulfureux furent vainement mis en usage contre cette affection; ses progrès furent toujours croissans.
F#** vint à Paris dans le mois de mars 181$, et se présenta à Phêtel Jabach, chez le docteur Galés, pour consulter sur son
état. MM. Leroux et Hallé virent le malade, et lui conseillérent les fumigations sulfureuses , qu’ils savaient déjà avoir réussi contre une semblable maladie. Trente de ces fumigations furent administrées avec quelque avantage. :
Le malade entra à la clinique interne de Ja faculté le3 avril 1815, pour y subir le même traitement. Son nez était comme spongieux et presque du double de son volume; sa surface offrait une couleur de lie de vin foncée ; elle était chagrinée, semblable à l’extérieur d’une truffe ; l’affaissement des cartilages latéraux et de la cloison empêchait le passage de Pair par les fosses nasales. Un ulcère rongeant existait sur [e Iobe droit du nez et sur la partie gauche de la lèvre supérieure : il était accompagné d’une démangeaison brûlante ; l’odorat était nul; la membrane muqueuse de la bouche était d’une couleur d’un rouge livide; la voûte palatine, percée par la carie, rendait la prononciation nasillante ; l’haleine était fétide. | |
Les premières fumigations prises à la clinique ne produisirent aucun effet avantageux; après la huitième, Îe nez commença à diminuer de volume, la douleur prurigineuse cessa, les ulcères se hornèrent, lichor qui s’en écoulait devint moins abondant.
Après la vingtième fumigation, la lèvre supérieure , qui était fortement engorgée, reprit son volume ordinaire.
À la trentième fumigation , il y eut une légère éruption psoriforme sur les bras et sur les cuisses, et le soir un petit mouvement de fièvre. Cet état fut [e précurseur d’une amélioration rapide et d’un appétit plus grand ; quelques douleurs fugaces, qui se faisaient ressentir dans les extrémités thoraciques et pelviennes, diparurent entierement.
Les progrès vers la guérison furent moins prompts pendant le mois de mai; dans les premiers jours de juin, ïls se suspendirent ; ce qui engagea, et sur-tout d’après aveu que le malade fit alors que le principe de sa maladie pouvait bien dépendre de l'infection vénérienne, à employer la liqueur de Wan-Swieten conjointement avec les fumigations sulfureuses. Ce traitement eut tout lavantage que l’on devait en attendre; les ulcères se cicatrisèrent peu-apeu , et le malade est sorti de [a clinique parfaitement guéri le 27 juillet. :
L’infusion de camomille , la tisane sudorifique , la Jiqueur de Wan-Swieten et cent huit fumigations, sont les seuls moyens qui ont été employés pour guérir cette maladie, qui avait résisté à beaucoup d’autres traïtemens.
ados)
3° OBSERVATION. — Paralysie des extrémités supérieures el inférieures, avec rétraction des muscles fléchisseurs des doigts.
M." P##* (M. M.), âgée de vingt-sept ans, d’un tempérament sanguin et d’une bonne constitution, née à Macy, département de Seine-et-Oise , se livra, dès l’âge de quinze ans, aux travaux de la terre pendant huit mois de l’année, quelle que füt la rigueur du temps. Parvenue ainsi à l’âge de vingt-cinq ans, et à la fin du mois d’octobre 1812, elle éprouva de Ia douleur et de lengourdissement dans tout le trajet de la partie supérieure de la jambe à tout le pied gauche; et se confia aux soins d’un chirurgien, qui lui conseilla l’usage d’un liniment résolutif, des bains locaux du membre malade dans une décoction aromatique. Ces moyens furent infructueusement employés pendant quatre mois.
En octobre 1813, P*** fut obligée de travailler dans une habitation humide; la maladie prit alors un nouveau degré d’intensité, et les mouvemens des articulations fémoro-tibiale et tibio-tarsienne gauches devinrent de plus en plus bornés : à cet état succéda une rétraction très-considérable des muscles de la région postérieure de a jambe, qui entraînèrent le pied dans une extension forcée, |
Dans le mois de novembre 1813, P*** fut prise subitement d’une douleur entre les épaules, qui se propagea avec rapidité à tous les membres thoraciques : elles furent suivies d’engourüïissemens et d’une perte totale des mouvemens de ces extrémités. L'usage des baïns, Papplication d’un moxa entre les épaules et des frictions sur les membres supérieurs restèrent sans succés.
Admise, le 16 février 1815, à l’hospice de clinique interne de la faculté, Ia malade présenta les symptômes suivans et ceux déjà relatés : on observa une douleur permanente tout le long de la colonne vertébrale, un sentiment de froid universel, l'abolition de la sensibilité dans les membres, la flexion compiète des doigts sur la paume des mains et limpossibilité absolue de parvenir à les ‘étendre, |
On traita d’abord la malade par les bains, [a tisane sudorifique et des-frictions sur tous les membres, avec un liniment résolutif, sans qu'on pût obtenir une amélioration sensible. Le 27 mars, P*#*F fut soumise aux fumigations sulfureuses. La premiere ne détermina qu’une sueur à peine sensible, quoique Ja chaleur eût été poussée à un assez haut degré. A la deuxième fumigation, la
Hé
( 120 sueur fut plus abondante, et dès ce moment les douleurs qu’elle ressentait dans le dos etglans les membres diminuèrent ; la malade put légèrement mouvoir ses doigts. | ANR
La troisième fumigation détermina des suëéurs très-abondantes; la malade pnt marcher sans [e secours d’un bâton; tous ses mem Pres devinrent plus agiles. Tu
Après la quatrième fumigation , la malade ne ressentit plus de douleurs dans le jour : celles qu’elle éprouvait pendant Îa nuit étaient à peine sensibles ; son sommeïl n’en était pas troublé.
Aprés [a cinquième fumigation, la malade put monter et descendre Îes escaliers sans appui et sans éprouver de douleurs : d'agilité de ses doigts lui permit de s’habiller seule. =
Après la sixième fumigation , les membres avaient acquis I même degré de force dont ils jouissaient avant la maladie ; Îles mouvemens des doïgts étaient assez faciles pour lui permettre de coudre. | |
À prés la huitième fumigation, P*** jouissait de toute la liberté de ses membres ; son appétit ét son sommeil augmentérent. L’appa-: rition des règles fit suspendre les fumigations pendant sept jours; elle les reprit le 15 et les continua jusqu’au 29 avril 1815, époque où, entièrement guérie, elle sortit de l’hospice.
Cette malade est rentrée à la clinique, le 30 juin 181$, pour une douleur sciatique à la cuisse droite , qu’elle avait contractée en restant [ong-temps assise sur la terre humide; elle est sortie guérie de cette nouvelle maladie, après avoir pris dix-huit fumigations ét sans l'emploi d'aucun autre moyen thérapeutique.
OBSERVATION. — Rhumatisme voutteux.
M*** (Françoise), âgée de trente-trois ans, entra à la clinique, le 28 avril 181$, pour des douleurs rhumatismales dont ellé était affectée depuis deux ans. Elles éxistiient particulièrement aux articulations de tous les membres et augmentaient par la chaleur du lit et les variations de l'atmosphère. Cette malade fut soumise aux fumigations des son entrée à l’hospice. Les premières fumigations sulfureuses augmentèrent le gonflement des articulations ; mais à [a huitième, le gonflement diminua : cet état, d’amélioration se prolongea jusqu’à la quinzième fumigation. Alors l’engorgement des articulations reparut; on cessa les fumigations sulfureuses pour employer lés famigations aquèuses émollientes.
Leur usage fut suivi de sueurs extrêmement abondantes, de Îa disparition de la tumescence des articulations et des douleurs que la malade éprouvait. Avant sa sortie de Phospice , on lui fit prendre
D 0 quatre bains ordinaires. Depuis le 26 juillet, jour de sa sortie, cette malade n’a éprouvé aucune douleur.
$* OBSERVATION. — Douleurs ostéoropes.
C*** ( Euphrosine) , affectée de douleurs vénériennes aux jambes, a pris quelques fumigations qui n’ont déterminé aucun soulagement. Cette malade a été renvoyée dans un autre hôpital, pour être soumise à un traitement mercuriel.