‹ Mémoire et rapports sur les fumigations sulfureuses appliquées au traitement des affections cutanées et de plusieurs autres maladiesChapitre 78 sur 83 · IL RAPPORT · texte numérisé non relu

IL RAPPORT

SÉANCE du 31 Août 1815.

Par une lettre en date du 13 avril 1813, Son Excellence le Ministre de l'intérieur a chargé la Faculté de s'occuper d'expériences positives, afin de reconnaitre quels avantages l'art de guérir pourrait retirer des diverses méthodes nouvellement proposées pour le traitement de a gale.-

La Faculté a nommé une commission , qui à suivi ces expériences sur les diverses méthodes comparées entre elles, et cette commission en a rendu compte,

M. Galés, d’après la théorie qu’il a cru devoir adopter sur Ia cause de fa gale , théorie fondée sur l'existence d’un insecte, chercha un moyen de tuer linsecte de Ia gale: le soufre, dont les vertus antipsoriques étaient déjà reconnues , fut Ia substance qui luï parut la plus convenable; mais son application sur le corps par l’intermède de l'axonge entraînait des inconvéniens, soit sous le rapport thérapeutique , soit sous le rapport économique ; inconvéniens qui avaient engagé le Gouvernement à appeler l'attention des médecins sur ce point médical, La vapeur du soufre en combustion fut Île moyen qui fui parut le plus convenable. Franck avait déjà proposé vaguement d'employer la vapeur du soufre ; mais M. Galés a été le premier à en faire un usage réfléchi, I fit ses premiers essais par le moyen de Ia bassinoire, qui, quoique avantageux puisqu'il guérit trois cent trente-cinq galeux (1}, lui présenta des inconvéniens dus à limperfection du mode d'application. |

Îf parvint à établir un nouvel appareil fumigatoire que Ie temps et l'expérience ui ont fait successivement perfec-

(1} Voyez e Rapport de M. Mourgue, la Lettre d'envoi de malades de MM, Chamsru et Prat, le Certificat de M, Baïlly, sous les n.°s 1,2 et 3.

( 125$ ) tionner. II le construisit de manière à remplir toutes les conditions qu’il se proposait; et s’il doit par la suite recevoir des modifications , elles ne pourront point s’écarter des principes qui ont guidé l'auteur dans sa construction.

Les avantages multipliés que M. Galés retirait de sa méthode , avaient engagé M. le docteur Duchanoy, membre de la commission des hospices civils, chargé du service de santé, à faire constater d'une manière authentique Îes succès obtenus par ce nouveau mode de traiter la gale {1}. Des expériences comparatives furent faites avec les procédés ordinaires.

MM. Delaporte et'Ruffin, médecin et chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Louis, reconnurent, d’après les expériences qui furent faites, que les fumigations sulfureuses avaient Ia supériorité (2). Le résultat de ces expériences fut soumis à M. Mourgue, membre du conseil de l'administration des hospices civils, et chargé de la surveillance de l'hôpital Saint- Louis. D'après son rapport, adressé au conseil général (3), ïl fut décidé qu'un jury médical composé de MM. Pinel, Dubois #Esparron, Tartra et Bouillon -Lagrange, suivrait ces expériences pour en constater plus authentiquement les résultats. Les conclusions de ce jury furent toutes à l'avantage de M. Galés, tant par rapport à lefficacité et à linnocuité de sa méthode, que par rapport à l’économie qu'elle présente. Ces expériences firent même pressentir à ces messieurs que si l'emploi des fumigations sulfureuses était si avantageux pour le traitement de Ja gale, ce procédé pouvait encore être employé contre de, affections de la peau (4). M. Mourgue envoya au conseil des hôpitaux fe travail de ce jury , qui l’adressa au préfet de Ia Seine pour le

1) Voyez pièce n.° 2 2) bn ‘3.

(3) Jéid. le Rapport de M. Mourgue, piége n.°,7,/ ) Hbid. le Rapport du jury.

| ( 126 ) L faire passér à Son Excellence le Ministre de l'intérieur , afin de donner fa plus grande publicité à cette méthode , et de provoquer l'attention du Gouvernement (1). Son Excellence Je Ministre de l’intérieur renvoya toutes ces pièces à Ia faculté, en Fengageant à porter la plus grande attention sur cet objet. | |

Le dépouillement des procès-verbaux des expériences faites d’après Ja méthode de M. Galés, offre à votre commission les résultats suivans :

Sur douze galeux, trois employèrent chacun cinq jours pour leur guérison complète, trois autres huit Jours, trois autres dix jours, et les trois derniers onze jours, ce qui fait pour lé traitement de ces douze galeux cent deux jours, dont lé terme moyen est dé huit jours et demi pour chaque individu adulte. |

3 guéris en cinq jours chacun.......,. 15.

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Terme moyen pour fa guérison huit jours et demi.

En calculant Ié peu dé dépénse qu’entraîne le procédé de M. Galés, on peut apprécier combien sa méthodé , employée dans les grands établissemens, serait économique. Ces résultats déjà indiqués dans Je mémoire de M. Galés, renvoyé par Son Excelleñce à Ia faculté, sont établis sur des pièces authentiques , et le prix des substancés émployées basé sur le cours ordinairé.

(1) Voyez l'Arrèté du conseil général d'administration des hospices civils de Paris, nes. |

(2) Voyez la Lettre de M. le Préfet déla Seine au Ministre de l'intérieur, n° 6, et la Lettre de Son Excellence le Ministre del’intérieur y A9

La méthode des fumigations sulfureuses, perfectionnée par M. Galés, est aussi sûre , plus expéditive et moins dispendieuse que les bains sulfureux, convient comme eux dans les hôpitaux, dans Ja pratique et dans les établissemens où un grand nombre de galeux se trouvent réunis.

Toutefois la commission ne croit pas ‘devoir dissimuler que ces deux méthodes, quoïque bonnes, ne peuvent être appliquées au service des camps et armées.

Arrêté cejourd’hui 22 août 1815.

Les Membres de la commission,

Signé PERCY, J. J. LEROUX, RICHERAND et DUPUYTREN.

La faculté , après avoir entendu la lecture du présent rapport, l’adopte en entier et arrête que copie en sera adressée à Son Excellence le Ministre de Pintérieur.

Pour copie conforme :

Le Doyen de la Faculté, signé J.J. LEROUX.

LA a me 8 4 à

Fait par M. LEROUX, Doyen et Professeur de clinique interne de la Faculié de Médecine de Paris , et

MM. HALiË, A° DuBois, PINEL a DurPuyr- TREN , Professeurs.

Les fumigations sulfureuses que M. Galés a mis le premier en usage dans la pratique de la médecine pour guérir les maladies de [a peau, estun moyen qui, dans plusieurs cas, s’est montré plus efficace que ceux qui ont été employés jusqu à présent , tels que les sucs et les apozèmes auxquels on a donné le nom de dépuratifs, le mercure à l'intérieur et à l'extérieur , les préparations d’antimoine , le soufre pur pris à l’mtérieur et ses préparations usitées, comme les bols, les pastilles, les bains sulfureux, naturels ou artificiels, les douches de même nature, &c.

Les avantages que nous avons vu retirer de Ia méthode de M. Galés sont fondés sur des observations recueillies la plupart sous nos yeux. Plusieurs des malades qui en font le sujet avaient été traités infructueusement par les divers moyens dont nous venons de parler, et particulièrement par les bains sulfureux et même par les douches avec les eaux sulfureuses.

Cette nouvelle méthode nous a offert , de plus, deux genres de succès importans pour la pratique de la médecine, en ce qui concerne encore les affections herpétiques.

C’est ainsi que par les fumigations sulfureuses on est parvenu à guérir, même des dartres héréditaires, ou qui, existant depuis le bas âgé, semblaient être devenues par leur ancienneté tellement imhérentes à l'économie des malades, que

Ton ne pouvait que désespérer de leur guérison ; maladies qui avaient aussi été déjà infructueusement combattues par un grarid nombre de moyens.

= Nous avons vu aussi les maladies de a peau entées sur le vu vénérien, dont on n'avait pu obtenir la guérison par

l'usage des sudorifiques et du mercure administré sous plusieurs formes et à différentes époques, guérir promptément par un léger traitement antisiphilitique , lorsque les malades ont été soumis préalablement aux fumigations sulfureuses.

Ces fumigations, paraïssant porter un effet excitant sur Île -système lymphatique, ont été ausst employées par M. Galés pour combattre quelques affections quidépendent du manque de ton de ce système, telles que les scrofules et certains engorgemens.

M. Galés a été aussi conduit par expérience à employer sa méthode dans des cas particuliers de goutte, de rhumatismes et de paralysie, et l’a fait plusieurs fois avec succès.

Maïs d’après l’aveu de M. Galés et d'après ce que nous avons observé, Îes fumigations n’ont pas produit une réussite aussi constante et toujours aussi complète pour Îa guérison de fa goutte que pour les affections de fa peau; cependant les goutteux qui en font usage nous ont souvent présenté de l'amélioration dans Îeur état : plusieurs ont été totalement guéris, et c'est sur-tout lorsque [a goutte était atonique et ancienne que l’on a pu en obtenir la guérison.

M. Galés, par sa méthode, a guéri plus facilement les affections rhumatismales , etc’est encore lorsque, comme Îa goutte, elles avaient un caractère chronique.

Le succès des fumigations sulfureuses nous a paru plus constant contre la paralysie , même quand cette affection succédait à l’apoplexie.

En donnant le résultat de nos observations, et encore d’après laveu de M. Galés, nous ne craignons pas d'indiquer l'inefficacité, dans certains cas, de l'emploi des fumigations sulfureuses ; inais les réussites constantes que lon en a ob-

(130 ) tenues pour Îles affections de la peau et les avantages que.la pratiqué en a déjà retirés pour Île traitement d'autres maladies, avantages que Îe temps et de nouvelles expériences peuvent encore étendre , déposent en faveur de cette méthode ; et nous devons le dire , si l'efficacité n’a pas toujours été Ia même, l’innocuité n’a été démeniie par aucun accident; bien entendu en y ajoutant les précautions qu'exigent des eflets immédiats et que tout médecin doit aisément préjuger Po après. la nature de ces effets.

Signé ÉErRoux', HALLE, AneDuBpois, PINEL et

D'UPUŸTREN:

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